Canal carpien opéré : associé à la survenue d’une amylose cardiaque et d’autres événements CV

Dr Jean-Pierre Usdin

8 juillet 2019

Copenhague, Danemark -- Les patients opérés d’un syndrome du canal carpien développeraient douze fois plus souvent que la population générale une amylose dans les dix ans qui suivent l’intervention. Le risque d’insuffisance cardiaque et de troubles du rythme serait aussi, chez eux, significativement plus élevé. Si l’incidence de l’amylose reste faible malgré tout en cas de SCC opérés, les chercheurs en concluent tout de même qu’il faut considérer le SCC comme le signal d’une possible amylose future et annonciateur d’une insuffisance cardiaque plus fréquente. Tels sont les résultats de l’étude prospective d’Emil L Fosbøl et coll. (The Heart Center, University Hospital of Copenhagen) parus dans le JACC[1].

Amylose TTR et insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée

L’amylose Transthyrétine (TTR) est une cause émergente d’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, notamment chez les patients ayant une hypertrophie ventriculaire gauche et ceux opérés d’une valve aortique. Des options thérapeutiques sont en cours d’études [2].

Chez les patients ayant une amylose (TTR) héréditaire ou non, l’existence d’un syndrome du canal carpien (SCC) est une association fréquente (39-46% des patients). Récemment, une étude a montré chez 10% des patients opérés d’un SCC la présence de dépôts amyloïdes au niveau du tissu ténosynovial [3]. La découverte à un stade précoce d’une amylose cardiaque, en se fondant sur l’antécédent d’un SCC, représente un enjeu thérapeutique important compte tenu des limites actuelles du traitement médical de l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée.

56 000 patients opérés d’un SCC suivis 10 ans

Entre 1996 et 2012, les chercheurs ont comparé la survenue d’une amylose et d’une insuffisance cardiaque chez les patients opérés d’un syndrome du canal carpien (SCC) à partir du Registre National danois. 56 000 patients ont été comparés au même nombre de sujets appariés selon l’âge et le sexe. Tous ont été opérés d’un SCC et suivis pendant 10 ans pour la survenue d’une amylose et d’une insuffisance cardiaque. La survenue d’une fibrillation auriculaire, d’un bloc auriculo-ventriculaire, l’implantation d’un stimulateur ou défibrillateur ont été considérés comme une manifestation systémique d’amylose et répertoriés.

L’âge moyen des patients ayant un SCC et des sujets témoins est 54 ans avec 68% de femmes. La prise d’anti inflammatoires non stéroïdiens était plus fréquente dans le groupe SCC.

Dans le groupe des patients ayant une insuffisance cardiaque (avec et sans SCC), l’âge moyen des patients était de 73 ans et on comptait 58% de femmes. Les comorbidités et les médications étaient plus importantes dans le groupe SCC associé à une insuffisance cardiaque.

Association SCC/amylose élevée mais incidence faible

Le SCC est associé à une incidence plus élevée d’amylose cardiaque comparés aux témoins même si le risque est faible 0,10% (47 événements) à 10 ans vs 0,006% (3 sujets). Le diagnostic d’amylose est porté en moyenne 3,1 ans après l’intervention sur le SCC.

L’incidence cumulative de la survenue (en moyenne 3,7ans après l’intervention) d’une insuffisance cardiaque est de 5,3% en cas de SCC et de 3,2% chez les témoins.

Après ajustement, le SCC reste associé à un risque d’amylose et d’insuffisance cardiaque mais pas avec les décès. Le risque de survenue (HR) d’une insuffisance cardiaque avec SCC est de 1,51. En analyse de sensibilité, le HR est 1,45 pour la fibrillation auriculaire, 1,28 pour le bloc auriculo ventriculaire et 1,22 pour l’un implant cardiaque.   

De façon surprenante, le risque de décès chez les patients ayant une insuffisance cardiaque et un SCC est plus faible dans la période 0-7 ans mais plus élevée après 7 années.

SCC : signal précoce de la survenue d’une insuffisance cardiaque

« Ces données [suivi à 10 ans des patients ayant un SCC] suggèrent que le SCC peut, dans certains cas, être le signal précoce de la survenue d’une affection cardiovasculaire. Nous pensons que notre étude apporte un nouvel élément pour la détection de cette maladie et représente une opportunité pour une amélioration de son évolution » écrivent les auteurs. 

Selon eux, la faible prévalence de l’amylose dans leur étude pourrait être due à sa sous-estimation dans le registre, certaines formes de la maladie pouvant être méconnues. Ils remarquent que l’insuffisance cardiaque est communément diagnostiquée. « Si le SCC ne mérite pas toujours la recherche systématique d’une amylose, il peut néanmoins être considéré comme un drapeau rouge et une opportunité pour la détection précoce de l’affection [et ses conséquences cardiaques]» écrivent-ils.

Les auteurs reconnaissent qu’il s’agit d’une étude observationnelle, que les différents types d’amylose n’ont pas été identifiés, ni le type d’insuffisance cardiaque. Seuls les patients ayant été opérés d’un SCC ont été répertoriés, sachant que la population danoise est essentiellement caucasienne et l’amylose héréditaire TTR est plus fréquente dans les populations afro-américaines.

Le SCC un marqueur du développement d’une amylose ?  

Dans un éditorial accompagnant l’article, V-K TonS Patel et S. S. Gottlieb (Division of Cardiology University of Baltimore Maryland) remarquent que si le risque de survenue (12 fois plus important) d’une amylose chez les patients ayant un SCC est impressionnant [4], même si l’incidence de l’amylose est loin d’être éclatante (0,1%) ! D’autre part, l’incidence faible n’est-elle pas due à la « brièveté » du suivi de l’étude - 10 ans - a fortiori dans une population caucasienne ? Pour les éditorialistes, le travail d’Emil L Fosbøl et coll fait émerger trois questions :

« Faut-il rechercher systématiquement des dépôts amyloïdes (variété TTR) au cours de la chirurgie d’un SCC ? S’ils sont présents, quels tests pour dépister à un stade précoce l’atteinte cardiaque ? En cas d’atteinte cardiaque quel traitement préventif envisager, une étude familiale sera-t-elle nécessaire ? »

La conclusion des éditorialistes rejoint celle des auteurs : « Chez certains patients, le SCC pourrait être, plusieurs années avant, le signe annonciateur d’une amylose, fournissant aux cliniciens l’opportunité de dépister et suivre l’évolution de celle-ci ».

 

Le Dr Maurer a siégé au conseil consultatif de Pfizer, Eidos, AKCEA et Prothena; a siégé au comité directeur de Pfizer; a servi de consultant pour Ionis; et a siégé au conseil de surveillance des données et de la sécurité de Prothena. M. Gustafsson a été conseiller de Pfizer, de Corvia (non rémunéré) et d’Abbott; a été conférencier pour Novartis, Abbott Orion Pharma et Boehringer Ingelheim; et a été investigateur pour Novartis. Tous les autres auteurs ont indiqué qu'ils n'avaient conflit d’intérêt concernant le contenu de cet article.

Concernant l’éditorial, le Dr Gottlieb a reçu des subventions de Pfizer et Alnylam. Les autres auteurs ont indiqué qu'ils n'avaient aucune relation à divulguer concernant le contenu de cet article.

 

 

 

 

 

 

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