Une vaste étude appuie l’hypothèse d’un lien entre hépatite C et Parkinson

Valérie Devillaine

Auteurs et déclarations

10 juillet 2019

Des études épidémiologiques suggéraient déjà que l’infection chronique au virus de l’hépatite C (VHC) pouvait constituer un facteur de risque de maladie de Parkinson. Cette nouvelle étude taïwanaise publiée dans le JAMA confirme et complète cette hypothèse. Les chercheurs, affiliés aux départements de neurologie de différents hôpitaux taïwanais, ont en effet observé que le risque de maladie de Parkinson était plus faible chez les patients traités par un antiviral (l’interféron) que chez les patients non-traités.

L’étude a été conduite entre juillet et décembre 2017. Les chercheurs ont inclus 188 512 patients dans leur analyse, grâce aux informations de la base de données de recherche du système d’assurance maladie national, entre janvier 2003 et décembre 2013. Des patients tous diagnostiqués pour une infection à VHC, avec ou sans hépatite. Les sujets âgés de 20 ans ou moins, ceux déjà diagnostiqués pour une démence, un Parkinson, un AVC, une cirrhose, un carcinome hépatocellulaire ou souffrant d’une décompensation hépatique ou ayant subi une chirurgie ou une transplantation du foie, ont été exclus. La cohorte retenue a ensuite été découpée en deux groupes : traités ou non par un antiviral. Les patients traités devaient avoir reçu une thérapie antivirale basée sur l’interféron pendant au moins 16 semaines, avoir été suivis pendant au moins six mois et ne pas avoir déclaré de maladie de Parkinson dans les six mois suivant l’initiation du traitement. Puis, les effectifs des groupes ont été égalisés : 39 936 patients traités et autant de non-traités, en veillant à une équivalence en âge et en sexe des deux groupes, bien que la population des patients traités soit sensiblement plus masculine et jeune comparée à celle des non-traités, notent les auteurs. Les comorbidités comme le diabète, l’hypertension, une blessure à la tête… et les autres traitements comme les statines ou les antidépresseurs ont également été renseignés pour les deux groupes.

Résultat : à l’issue d’un suivi de cinq ans, l’incidence de la maladie de Parkinson s’est révélée significativement plus élevée dans le groupe non-traité que traité (HR, 0.75; 95% CI, 0.59-0.96) et ses résultats se sont confirmés à la fin du suivi de la cohorte (HR, 0.71; 95% CI, 0.58-0.87), alors que le risque de développer la maladie n’était pas différent à 1 et 3 ans. Au total, l’incidence de Parkinson s’est élevée à 1,00 (95% CI, 0.85-1.15) pour 1 000 personnes-années dans le groupe traité et 1,39 (95% CI, 1.21-1.57) dans le groupe non-traité.

Les auteurs revendiquent ainsi la première étude de cohorte mettant en évidence cette association. Ils n’excluent pas que l’interféron ait un effet directement protecteur contre le développement de Parkinson, bien que ce soit peu probable. Ils misent davantage sur les biomarqueurs de l’inflammation impliqués dans les deux pathologies : infection à VHC et Parkinson. La baisse d’incidence de Parkinson chez les patients traités pourrait être liée à la réduction, voire l’élimination du virus de l’hépatite C.

Mais les chercheurs confessent quelques biais à leur étude, comme l’absence de données concernant le profil de fonction hépatique des patients, le génotype de leur virus, le taux d’ARN viral. Tout aussi inconnues sont les informations concernant l’hygiène de vie des sujets (tabagisme, consommation de café ou d’alcool). Or, les patients infectés par le HCV et consommateurs d’alcool « étaient notoirement moins traités à l’ère de l’interféron. Sans ajuster sur cette variable confondante, je ne vois pas comment on peut tirer des conclusions aussi robustes », commente le Pr Vincent Mallet, hépatologue à l’hôpital Cochin (Paris).

Néanmoins, dans un éditorial appuyé sur cette étude, les Drs Adolfo Ramirez-Zamora, Christopher W. Hess et David R. Nelson (Floride, États-Unis) se réjouissent de cette identification d’un facteur de risque traitable pour la maladie de Parkinson, pointant des résultats « pertinents à la fois pour les champs de la neurologie et de l’hépatologie, puisqu’ils révèlent un facteur de risque traitable pour la maladie de Parkinson ». Mais encore une fois, le Pr Mallet tempère : « ces résultats devraient être interprétés avec précaution ».

Les auteurs en appellent à des analyses plus détaillées, y compris sur des groupes ethniques et géographiques différents, mais surtout faudrait-il s’assurer que les patients souffrant de troubles alcooliques ou non aient un accès égal aux traitements antiviraux.

Enfin, la durée de suivi la plus longue dans l’étude (11 ans) est également une limite à l’étude du développement lent et progressif d’une maladie comme celle de Parkinson.  

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