La HAS se prononce en défaveur du remboursement de l’homéopathie

Aude Lecrubier

28 juin 2019

Saint Denis La Plaine—C’est officiel, la Haute Autorité de Santé (HAS) a rendu un avis définitif, défavorable au remboursement des médicaments homéopathique en raison de leur « efficacité insuffisante »[1].

Hier déjà, des fuites dans la presse avaient révélé la teneur de l’avis de la HAS déclenchant à nouveau la colère du laboratoire Boiron. Le spécialiste de l’homéopathie avait condamné, dans un communiqué, « une nouvelle violation des règles de la procédure d’évaluation » (les parties prenantes devant être informées des conclusions de la commission avant qu’elles soient rendues publiques), rappelé que ces fuites nuisaient « gravement à l’entreprise, à ses salariés et à ses actionnaires » et demandé une suspension du cours de Bourse[2].

Un avis adopté à la majorité

Au terme de 9 mois de travail, l’avis négatif de la HAS a été adopté à la majorité lors de la séance plénière du 26 juin, à l'issue de la phase contradictoire qui a permis aux trois laboratoires de faire valoir leurs arguments relatifs au projet d'avis adopté par la commission le 15 mai.

Il appartient désormais à la ministre des Solidarités et de la Santé de prendre la décision finale sur le maintien ou non du remboursement des médicaments homéopathiques par l'assurance maladie.

Plus de 1200 médicaments homéopathiques évalués pour 24 affections et symptômes

Pour rappel, contrairement aux autres médicaments, les médicaments homéopathiques n'ont pas été évalués scientifiquement avant d'être inscrits au remboursement il y a plusieurs décennies. Dans ce contexte, le ministère des Solidarités et de la Santé a saisi la HAS pour évaluer le bien-fondé du maintien au remboursement par l'assurance maladie des médicaments homéopathiques.

L’évaluation de la HAS a été réalisée par une commission médicale indépendante composée de médecins généralistes et spécialistes, pharmaciens, épidémiologistes, méthodologistes mais aussi patients et usagers.

Elle a concerné près de 1200 médicaments homéopathiques (1200 souches qui peuvent avoir chacune des taux de dilution différents et être combinées entre elles) et inclus plus de 1000 publications scientifiques, les contributions des parties-prenantes ainsi que les documents et dossiers déposés par les trois laboratoires concernés (Boiron, Weleda et Rocal-Lehning).

Au final, l’analyse a concerné 24 affections et symptômes traités avec des médicaments homéopathiques tels que troubles de l'anxiété, verrues plantaires, soins de support en oncologie, infections respiratoires aigües chez l'enfant, etc.

« Pour l'ensemble de ces affections et symptômes, la commission de la transparence a considéré que ces médicaments n'ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d'un remboursement », indique le communiqué de la HAS.

L’argumentaire de la commission de la HAS

 L’avis de la HAS a été motivé par plusieurs raisons :

-l’absence de preuve de l'efficacité (données cliniques ne permettant pas de conclure à une efficacité suffisante ou absence de données disponibles),

- pas de nécessité de recourir systématiquement à des médicaments (classiques ou homéopathiques) pour traiter des pathologies sans gravité ou qui guérissent spontanément,

-l’absence d'étude robuste permettant d'évaluer l'impact des médicaments homéopathiques sur la qualité de vie des patients,

-l’absence d'impact attribuable aux médicaments homéopathiques sur la consommation d'autres médicaments, la diminution du mésusage, le nombre d'hospitalisations, les retards à la prise en charge ou sur l'organisation des soins.

A l'occasion de cette évaluation, la HAS a, par ailleurs, souligné que « le recours à l'homéopathie ne doit pas retarder la prescription des soins nécessaires à la prise en charge des patients, en particulier pour les maladies graves et évolutives ».

Enfin, elle a tenu à rappeler qu’il fallait sortir de la culture du « tout médicament » et « de savoir recourir aux approches préventives ou thérapeutiques non médicamenteuses, comme l'activité physique, qui ont une efficacité prouvée sur la santé ».

Le laboratoire Boiron conteste la décision de la Commission

En réaction à l’avis négatif de la HAS, le laboratoire Boiron a déploré, dans un communiqué [3], que la Commission de la transparence n’ait pas intégré dans sa méthodologie d’évaluation :

-l’intérêt de santé publique de ces médicaments ;

-l’absence d’indications thérapeutiques résultant de leur statut réglementaire ;

-et le caractère individualisé du traitement homéopathique.

Il a, par ailleurs, rappelé que « plus de 20 000 médecins prescrivent régulièrement des médicaments homéopathiques et que plus de 1 100 000 Français ont d’ores et déjà manifesté leur attachement au maintien du remboursement de ces médicaments ».

 

 

 

 

 

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