Dépression ou anxiété prolongée après un infarctus, danger

Dr Jean-Claude Lemaire

3 juillet 2019

Uppsala, Suède -- Une étude récemment publiée dans l'European Journal of Preventive Cardiology révèle que les sujets qui sont déprimés ou anxieux de façon durable après avoir surmonté infarctus présentent un risque accru de décès [1].

 « Se sentir un peu dépressif après un infarctus est fréquent et cela peut d'ailleurs être une bonne chose quand cela amène à "lever le pied" et reconsidérer certains agissements. Cela fait partie des fluctuations d'humeur temporaires qui modulent et régulent nos comportements. En revanche, une détresse émotionnelle chronique rend plus difficile l'adoption des changements de mode de vie qui améliorent le pronostic après infarctus » a déclaré le Dr Erik Olsson (Université d'Uppsala, Suède), dernier signataire de l'étude, faisant référence à l’arrêt du tabac, la pratique d’activités physiques, l'alimentation saine, la gestion du stress et la prise régulière des médicaments prescrits.

Une différence court terme / long terme

Il est connu que dépression, anxiété et de façon générale tout type de détresse émotionnelle, affectent le pronostic post-infarctus, mais cette étude est la première à s'intéresser à l'impact de la durée de la perturbation émotionnelle sur le pronostic. Cet aspect a été apprécié grâce aux données de 26 641 sujets de moins de 75 ans, ayant survécu au moins un an après un premier infarctus, inclus dans les registres nationaux SWEDEHEART et chez qui la détresse émotionnelle avait été appréciée 2 et 12 mois après l'infarctus via European Quality of Life Five Dimensions questionnaire (EQ-5D).

L'analyse montre que, lorsque la détresse émotionnelle persiste pendant 1 an, elle a une incidence sur le pronostic vital, ce qui n'est pas le cas lorsqu'elle n'est présente qu'à court terme.
 
Concrètement, lors de la période d'étude, 1680 décès ont été répertoriés (6,3% de la population globale) dont 615 d'origine cardiovasculaire.

L'analyse montre que, par rapport aux sujets sans détresse émotionnelle (52,9% de la population étudiée), ceux chez qui elle est présente lors des 2 évaluations (21,4%) ont, dans le cadre d'un suivi moyen de 4,3 ans (médiane 4 ans, maximum 9 ans), un risque de décès cardiovasculaire significativement majoré en moyenne de 45% (de 17 à 80%) et un risque de décès toutes causes confondues majoré en moyenne de 54% (de 30 à 82%).

Ces augmentations de risque de décès ne sont pas retrouvées chez les 15,1% de sujets dont la détresse émotionnelle n'est documentée que lors de l'évaluation à 2 mois.

 

L'analyse montre que, lorsque la détresse émotionnelle persiste pendant 1 an, elle a une incidence sur le pronostic vital, ce qui n'est pas le cas lorsqu'elle n'est présente qu'à court terme.

De l'importance du statut socio-économique

La même équipe avait précédemment montré à partir de données issues du même registre que la détresse émotionnelle persistante était principalement liée à des facteurs sociodémographiques [2], ce qui se vérifie ici encore puisqu'elle est plus souvent retrouvée chez les sujets plus jeunes, de sexe féminin, célibataires, nés à l'étranger, et sans emploi ou retraite.

« Une bonne éducation de base et un bon niveau cognitif sont des atouts pour gérer les difficultés et un travail bien rémunéré ou une retraite confortable permettent de mieux garder le contrôle sur les aléas de la vie, commente le Dr Olsson, précisant que ce n'est justement pas la situation la plus fréquemment retrouvée chez les sujets présentant une détresse émotionnelle persistante. La plupart des centres de réadaptation cardiaque pourraient apporter conseils et soutien, mais ils sont plutôt moins fréquentés par ceux qui auraient le plus besoin de cette aide ».  
Chez les 10,6% de sujets avec documentation d'une détresse émotionnelle uniquement lors de l'évaluation à 12 mois, il est rapporté une majoration moyenne de 46% (de 16 à 84%) du risque de décès toutes causes confondues, mais pas d'augmentation significative du risque de décès cardiovasculaire ce qui suggère que ces décès ne sont pas en rapport avec l'infarctus. « Dans la mesure où ces patients ressemblent, en termes d'éducation, d'état civil et d'emploi, à ceux qui souffrent de détresse persistante, il est possible qu'ils constituent un autre groupe fragile, suggère le Dr Olsson.

 

Ce travail a été financé par des fonds publics suédois (Heart and Lung Foundation et Uppsala University Psychosocial Care Programme).

 

 

 

 

 

 

 

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