Dyskinésie : quand le café se révèle être le traitement de choix

Valérie Devillaine

13 juin 2019

Pr Emmanuel Flamand-Roze

Paris, France – Empirique mais efficace, une prescription de café réduit de 90% les mouvements involontaires d’un enfant de 11 ans atteint d’une dyskinésie liée au gène ADCY5. Commentaires du Pr Emmanuel Flamand-Roze et du Dr Aurélie Méneret.

Mouvements anormaux et handicapants

La dyskinésie liée au gène ADCY5 est une maladie génétique orpheline qui commence à se manifester dans l’enfance. Elle se traduit par des mouvements anormaux qui peuvent toucher tout le corps et être exacerbés lors de crises, de nuit comme de jour. Elle handicape donc le quotidien des patients tout au long de leur vie, qui n’est pas écourtée par la maladie. Jusqu’ici, aucun traitement n’était connu pour soulager ces symptômes.

Une équipe du département de neurologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) et de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (CNRS / Inserm / Sorbonne Université), sous la direction du Pr Emmanuel Flamand-Roze et du Dr Aurélie Méneret, mène depuis cinq ans des travaux afin de mieux comprendre cette maladie et de trouver un traitement adapté.

Résultats spectaculaires avec le café

Il y a quelques années, ils ont reçu un père et sa fille, tous deux atteints de cette dyskinésie, qui affirmaient pouvoir prévenir leurs épisodes dyskinésiques en buvant du café.

C’est pourquoi, lorsqu’un jeune garçon de 11 ans atteint de la même pathologie se présente dans leur service, ils suggèrent à ses parents d’essayer ce même traitement. « Les parents du garçon n’ont pas été surpris, car le café est couramment utilisé pour traiter les malaises des enfants et des adultes à Madagascar, leur pays d’origine », note la lettre des Annals of Internal Medicine qui relate ce cas [1]. Le traitement commence donc avec une tasse le matin (environ 100 mg de caféine). La réaction est spectaculaire : 45 minutes après la boisson, les symptômes du jeune patient disparaissent, et ce, pendant 7 heures. Avec une seconde tasse dans l’après-midi et une demi-tasse au coucher, le garçon n’a quasiment plus d’épisodes dyskinésiques. « Il peut écrire en classe, aller à pied à l’école, faire du vélo », détaillent les chercheurs.

Sûr même chez les enfants

Ces résultats peuvent s’expliquer par le mécanisme connu de cette maladie génétique : « ADCY5 est le gène codant pour l’adénylate cyclase de type 5. La mutation du gène résulte en un gain de fonction. Cette enzyme, essentiellement exprimée dans le striatum, est inhibée par la dopamine et activée par l’adénosine », décrit l’article. Or, « la caféine se fixe sur les récepteurs de l’adénosine », complète le Pr Emmanuel Flamand-Roze. En bloquant ces récepteurs, la caféine inhibe donc l’adénylate cyclase de type 5 et réduit les troubles hyperkinétiques.

« L’avantage est que le café est le médicament le mieux connu du monde. On ne sait déjà beaucoup sur ses effets et sa sûreté, même chez les enfants », ajoutent les chercheurs. Et « les patients qui en ont fait l’expérience n’ont pas souffert d’effets secondaires comme des troubles du sommeil, même en consommant du café le soir », rapporte le Pr Flamand-Roze. Le chercheur prévoit des tests sur des modèles animaux pour confirmer les mécanismes moléculaires en jeu et des examens (IRM, tests neurophysiologiques) sur les patients pour comprendre l’effet sur les circuits du mouvement chez l’homme.

Le café est le médicament le mieux connu du monde Les chercheurs

Essai en double-aveugle contre placebo en vie réelle

En attendant, l’efficacité du traitement a déjà été vérifiée dans un essai en double-aveugle contre placebo en vie réelle ! En effet, un jour, les parents du jeune patient ont acheté sans le savoir du café décaféiné, ce qui a provoqué le retour immédiat des crises, à la même fréquence et intensité qu’avant le traitement. Après quatre jours, les parents se sont rendus compte de leur erreur, ont repris le traitement « normal » et ont vu l’état de leur fils s’améliorer à nouveau.

D’autres patients, suivis de près ou de loin par cette équipe parisienne, ont également commencé à expérimenter ce traitement.

« La maladie a été découverte récemment : le gène responsable a été identifié en 2012 et, le temps de comprendre le profil des patients qui correspondent, de faire les analyses génétiques, on ne connaît que quelques patients. Mais sans doute que des patients, sans diagnostic ni traitement médical, ont déjà constaté que le café soulageait leurs symptômes et en consomment donc pour cela », commente le Pr Flamand-Roze avant de conclure, « cela montre l’intérêt de bien écouter ce que les gens nous racontent et de prendre au sérieux ce qu’ils nous disent ! » À bon entendeur…

Cela montre l’intérêt de bien écouter ce que les gens nous racontent et de prendre au sérieux ce qu’ils nous disent !  Pr Flamand-Roze

 

 

 

 

 

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