POINT DE VUE

Gériatres « Wanted » !

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

17 juin 2019

France -- Le nombre de personnes de plus de 85 ans va être multiplié par 3 dans les 20 ans à venir. Et, en 2030, pour la première fois en France, les plus de 65 ans seront plus nombreux que les moins de 20 ans…Le nombre de patients âgés à prendre en charge va donc considérablement augmenter. Notre société et les médecins sont-ils prêts à relever ce défi ? Nous avons posé la question au Pr Olivier Hanon, chef de service de gériatrie de l’Hôpital Broca AP-HP, Président du Gérontopôle Ile de France.

Dessin Héloïse Chochois. Recherche gériatres désespérement

Medscape : Le DES de gériatrie a été créé il y a deux ans. Va-t-il permettre de former suffisamment de gériatres pour faire face à l’explosion démographique de personnes âgées ?

Pr Olivier Hanon

Pr Olivier Hanon : Il y a eu un progrès très clair avec la création de ce DES mais, pour l’instant, il n’y a pas suffisamment de postes pour combler les besoins en gériatres sur le plan national.

Chaque année, 250 à 300 postes de gériatres mis au concours de PH ne sont pas pourvus. Grâce au DES de gériatrie, nous aurons plus de gériatres dans les années à venir, mais il va falloir du temps pour les former. Je ne sais pas si nous serons prêts à temps.

Pour l’instant, nous avons obtenu 200 postes d’internes par an alors que l’objectif pour combler le manque de médecins gériatres serait de 400 postes par an.

 
Pour l’instant, il n’y a pas suffisamment de postes pour combler les besoins en gériatres sur le plan national. Pr Olivier Hanon
 

Il faut rappeler que le travail des gériatres est irremplaçable.

Il a été montré dans la littérature que les patients âgés qui bénéficiaient d’une évaluation gériatrique globale avaient une réduction de 25% de l’entrée en institution ou de la mortalité à un an versus ceux qui n’en avaient pas [1].

En termes de formation, les moyens mis en œuvre sont-ils suffisants ?

Pr O. H. : La gériatrie est une spécialité nouvelle, il n’y a donc pas beaucoup d’enseignants : seulement 50 PU-PH en gériatrie, ce qui est très différent des autres spécialités. Nous devons augmenter le nombre d’enseignants pour former les étudiants.

Faut-il aussi développer la gériatrie de ville ?

Pr O. H. : A ce jour, il n’y a pratiquement pas de gériatres en libéral mais développer la gériatrie de ville fait partie des objectifs futurs de cette spécialité. Pour développer la gériatrie de ville, il faudrait créer une consultation avec une nomenclature spécifique, ce qui, pour l’instant, n’existe pas. Les médecins généralistes resteraient bien évidemment le pivot de la prise en charge mais en cas de repérage d’une fragilité, ils orienteraient le patient vers un gériatre tout comme ils envoient leur patient à un cardiologue en cas de problème cardiaque.

Conseilleriez-vous la gériatrie à un jeune étudiant en médecine ?

Pr O. H. : Assurément ! La gériatrie est une spécialité très variée, très intéressante puisqu’on fait à la fois de la cardiologie, de la neurologie, de l’infectieux, de la rhumatologie, du digestif, de l’urgence…

 
La gériatrie est une médecine très humaniste où le lien aux autres et la qualité de vie sont au centre des préoccupations. Pr Olivier Hanon
 

Il est très intéressant de raisonner de façon globale et non organe par organe. Aussi, chez la personne âgée, il faut tenir compte de nombreux éléments comme les comorbidités, la iatrogénie médicamenteuse, l’alimentation, le niveau d’activité physique, la situation sociale.

C’est aussi une médecine très humaniste où le lien aux autres et la qualité de vie sont au centre des préoccupations.

Enfin, la gériatrie est une spécialité très formatrice pour les étudiants. Pourtant, seuls 25 % d’entre eux passent par un stage de gériatrie au cours de leurs études. Comment choisir une spécialité que l’on n’a pas connue en stage ? Une de nos demandes est qu’il devienne obligatoire de faire un stage en gériatrie lors des études médicales.

Que pensez-vous du nouveau rapport sur l’autonomie et le grand-âge ?

Pr O. H. : Le rapport Autonomie Grand âge ne s’est pas encore transformé en loi mais il contient de très bonnes idées. Son objectif est clairement de changer de regard sur la personne âgée.

 
Une de nos demandes est qu’il devienne obligatoire de faire un stage en gériatrie lors des études médicales. Pr Olivier Hanon
 

Il insiste notamment sur l’importance de développer la culture gériatrique dans les études de santé et dans les lieux de soins.

Le rapport préconise également de revaloriser les métiers autour du grand âge. C’est un sujet majeur.

Il propose aussi d’améliorer le parcours de soins des personnes âgés qui ressemble aujourd’hui à un parcours du combattant pour trouver des infirmières, des kinés, des aides à domicile. L’idée est de mettre en place un guichet unique, un numéro unique pour les médecins, les patients et les familles afin de les orienter au mieux en fonction de leurs besoins.

Enfin, il recommande de renforcer la prévention. Notamment de mettre en place des consultations de prévention à des moments de fragilité de la vie (retraite, deuil…) pour initier des mesures préventives et limiter la perte d’autonomie.

Reste que tout cela aura besoin d’un financement qui sera précisé avec la nouvelle loi fin 2019.

 

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