Notre-Dame de Paris : risque d’intoxication au plomb après l’incendie

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

7 juin 2019

France — L’incendie de Notre-Dame de Paris est à l’origine d’une pollution au plomb aux abords de la cathédrale. Après l’identification chez un enfant d’une plombémie supérieure au seuil de déclaration réglementaire, l’Agence Régionale de Santé (ARS) Ile-de-France invite les familles ayant des enfants de moins de sept ans et les femmes enceintes vivant sur l’Île de la Cité à effectuer une plombémie de surveillance [1]. Elle rappelle, par ailleurs, dans ce même communiqué, les mesures de prévention de base. Rappelons que des associations avaient, dès les premiers jours qui ont suivi l’incendie, alerté sur les risques pour la population.

Des données rassurantes selon l’ARS et la Préfecture de Police

« L’incendie survenu à Notre-Dame le 15 avril dernier a exposé les zones environnantes à des résidus de combustion de plomb en raison de la présence importante de ce métal dans la toiture de la cathédrale [voir encadré en fin d’article]. Les résidus de plomb peuvent être présents dans l’environnement, soit sous forme de particules en suspension dans l’air, soit sous forme de poussières résiduelles en intérieur ou sur les sols extérieurs » écrit l’ARS dans son communiqué daté du 4 juin [1]. Elle s’était, jusqu’à présent, voulue rassurante signalant, dans un communiqué précédent rédigé en commun avec la Préfecture de Police de Paris que « les prélèvements effectués par le Laboratoire central de la préfecture de police (LCPP) à partir du 17 avril [avaient] montré qu’il n’y avait pas de risque associé à la qualité de l’air » puisque « toutes les valeurs recensées sur l’Île de la Cité sont inférieures au seuil réglementaire de 0,25 µg/m» [2]. Elle y précisait toutefois que « des valeurs hétérogènes, pour certaines élevées, étaient constatées dans les sols à proximité et dans certains locaux administratifs donnant sur la cathédrale (poussières) » ce qui avait conduit à rendre les sols en question « interdits d’accès au public ». Par mesure de prudence, l’ARS invitait tout de même les familles à consulter leur médecin traitant en cas de doute « afin de se voir éventuellement prescrire une plombémie (dosage du plomb dans le sang) ».

Plombémie anormale chez un enfant

C’est à l’occasion de la réalisation de l’une de ces plombémies de contrôle, qu’un taux d’imprégnation supérieur au seuil de déclaration réglementaire a été retrouvé chez un enfant vivant sur l’Ile de la Cité, entrainant, de fait, le déclenchement d’« une enquête environnementale pour identifier, dans les lieux de vie de cet enfant, la ou les causes de cette imprégnation et vérifier qu’elle n’est pas liée à d’autres facteurs que l’épisode exceptionnel de l’incendie » indique l’ARS. Pour autant, précise-t-elle, si « ce taux de plombémie impose de s’assurer que les facteurs d’exposition ont bien disparu et de suivre régulièrement la santé de l’enfant, il n’implique pas de prise en charge thérapeutique particulière ».

Toutefois, « par précaution », l’ARS invite dès à présent les familles ayant des enfants de moins de 7 ans et les femmes enceintes résidant sur l’Île de la Cité à consulter leur médecin traitant, qui pourra leur prescrire une plombémie. Celle-ci pourra être réalisée au Centre de diagnostic et de thérapeutique de l’Hôtel Dieu (dont l’entrée est située sur le parvis de Notre-Dame) dans le cadre d’une consultation de dépistage dédiée. Pour prendre rendez-vous, se rendre sur place entre 8 h 00 et 18 h 30 ou téléphoner au 01 42 34 82 10 entre 8 h 30 et 16 h 30. Elle rappelle aussi qu’un certain nombre de mesures de prévention (voir encadré ci-dessous) restent « indispensables ».

Les gestes à adopter [1]

  • Nettoyer souvent le sol des pièces et des balcons ou terrasses, les rebords de fenêtres avec une serpillière humide, ne pas utiliser de balai ou d’aspirateur, sauf s’ils sont équipés de filtre THE (Très Haute Efficacité) ou HEPA (High Efficiency Particulate Air) ;

  • Limiter l’introduction de poussières dans les logements en retirant à l’entrée les chaussures utilisées à l’extérieur ;

  • Se laver régulièrement les mains (particulièrement avant les repas ou après un contact avec le sol), garder les ongles courts et ne pas se les ronger ;

  • Laver fréquemment les jouets des enfants et autres objets qu’ils sont susceptibles de porter à la bouche.

Les associations s’inquiètent

Si les messages de l’ARS et de la Préfecture de police se sont voulus jusqu’à présents rassurants, indiquant « qu’il n’y a pas de risque sanitaire lié au plomb en matière de qualité de l’air » ou encore que « la présence de plomb, dans des quantités supérieures aux seuils réglementaires, ne peut avoir un impact sur la santé qu’en cas d’ingestions répétées », il en va autrement des associations écologiques comme Les Robins des Bois ou de l’association des familles victimes du saturnisme (AFVS), qui ont par ailleurs été les premières à réagir et à alerter la population et les Autorités de Santé sur les risques sanitaires liés à la pollution au plomb. L’une et l’autre s’inquiètent des conséquences d’une telle pollution dans l’air, les sols et l’eau « pour les personnes qui se rendent dans la zone du sinistre et , a fortiori, pour celles qui y ont travaillé, y travaillent ou y travailleront (pompiers, policiers, personnels de la cathédrale, des secours et du déblaiement, travailleurs du bâtiment…), et celles qui y habitent » écrit AFVS. Tandis que de son côté, l’ONG écologique parle de Notre-Dame de Paris comme d’ « un site pollué » allant jusqu’à considérer que « la cathédrale est aujourd’hui rendue à l’état de déchet toxique ».

Soucieuse que « les pouvoirs publics n’[aient] pas publié, jusqu’à présent, de cartographie des repérages de pollution notamment en plomb de l’air, de l’eau et des sols, dans et autour de la cathédrale, et dans les zones où ces particules se sont déposées et qu’ils n’aient pas non plus « organisé de réseau pour une information complète, précise et adaptée sur les risques sanitaires et les mesures de protection », l’Association des familles victimes du saturnisme donne sur son site Internet des information sur l’intoxication au plomb, ainsi qu’un certain nombre de conseils (voir ici). Tandis que l’association de défense de l’environnement trouverait « logique qu’Airparif soit mandatée et équipée pour mesurer dans l’île de la Cité la quantité de poussières atmosphériques de plomb et des autres substances volatiles émises par l’incendie ».

Notre-Dame plombée

Si le plomb est aujourd’hui un problème de poids, c’est que Notre-Dame en contenait environ 300 tonnes dans sa toiture– dont la structure, construite en 1160 – et aujourd’hui détruite – était composée de chêne vierge coupé en charpente, recouvert de larges et minces panneaux de plomb, ainsi que dans la flèche pensée dans les années 1840 par les architectes Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc et Jean-Baptiste Lassus. Lors de l'incendie de l'édifice, ce métal toxique a coulé sur les pierres et s’est répandu sur/dans le sol. Sans compter que les alentours de la cathédrale pourraient aussi être contaminés via les eaux d'écoulement.

Crédit photo : By Wandrille de Préville (Wikipedia)

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