Transfert de microbiote fécal dans l'autisme : les bons résultats se confirment

Valérie Devillaine

Auteurs et déclarations

29 mai 2019

Tempe, Arizona (États-Unis) – Une équipe de l’Arizona State University vient de publier le suivi à deux ans d’un essai clinique ouvert de transfert de microbiote fécal (TMF) chez des enfants souffrant de troubles autistiques. Il montre que les bénéfices déjà observés à court terme, tant sur les troubles digestifs que sur les symptomes autistiques, sont maintenus et même amplifiés à plus long terme. Leur étude est parue dans les Scientific Reports de la revue Nature[1] .

L’autisme, c’est bien sûr des troubles du comportement, des apprentissages, des interactions sociales, du langage… Mais pour 30 à 50 % des enfants, c’est aussi des troubles digestifs chroniques, qu’il s’agisse de diarrhée, de constipation, de douleurs. Ces symptômes digestifs peuvent être eux-mêmes à l’origine de troubles comportementaux : irritabilité, baisse de l’attention, difficultés d’apprentissage…

L’intérêt actuel pour le microbiote intestinal et l’augmentation des connaissances dans ce domaine conduit de plus en plus d’équipes à se pencher sur cet aspect des troubles autistiques comme d’autres maladies neuropsychiatriques.

« L’intestin et le cerveau humain interagissent de façon complexe et des dysfonctionnements intestinaux pourraient prédisposer les individus à des anomalies neurodéveloppementales », rapportent les auteurs de cette étude en introduction.

Pr Frédérique Bonnet-Brilhault

Ce que confirme la Pr Frédérique Bonnet-Brilhault, spécialiste de l’autisme au Centre universitaire de pédopsychiatrie du CHU de Tours : « premièrement, l’intestin métabolise des substances qui passent dans le sang et peuvent remonter jusqu’au cerveau. Deuxièmement, l’intestin est aussi relié neurologiquement au cerveau. On retrouve, par ailleurs, des profils urinaires ou de selles différents chez les patients atteints de troubles autistiques. Tout cela ouvre un champ de connaissances extrêmement complexe car le microbiote de chaque individu est très variable ».

En effet, des études ont déjà montré des anomalies du microbiote intestinal chez des patients souffrant de troubles du spectre autistiques.

TMF : amélioration des troubles gastro-intestinaux de 58 % à deux ans

Dans cette nouvelle étude, des chercheurs, dirigés par Rosa Krajmalnik-Brown, ont traité 18 jeunes patients, âgés de 7 à 17 ans, présentant des troubles du spectre autistique et des problèmes gastro-intestinaux.

Les enfants ont d’abord été traités à la vancomycine (dans le but d’éliminer les bactéries pathogènes) puis ont subi un lavage intestinal (pour éliminer la vancomycine et les bactéries résiduelles) et ont suivi un traitement par inhibiteurs de la pompe à protons (pour diminuer l’acidité gastrique et augmenter le taux de survie du microbiote intestinal humain standardisé qui leur a été transplanté).

 
il faut prendre en charge les enfants de façon globale… Si le TMF répond aux symptômes digestifs, c’est déjà bien. S’il améliore aussi les troubles autistiques, c’est encore mieux. Pr Frédérique Bonnet-Brilhault
 

Le TMF lui-même a consisté en un premier transfert, puis des compléments quotidiens pendant 7 à 8 semaines.

Au début de l’étude, 83 % souffraient d’autisme sévère et présentaient une diversité du microbiote intestinale inférieure à celle d’enfants de développement typique. Ils manquaient notamment de certaines souches bénéfiques comme Bifidobacteria et Prevottela.

Deux ans après le TMF, leur échelle d’évaluation des symptômes gastro-intestinaux montre une amélioration de 58 % et le pourcentage de jours de selles anormales s’est réduit de 26 %.

L’analyse de leur microbiote montre aussi une plus grande variété et un enrichissement notamment en Bifidobacteria et Prevotella.

Amélioration notable des symptômes core de l’autisme

Par ailleurs, ils ne seraient plus que 17 % à présenter une forme sévère d’autisme. Leur niveau d’interaction sociale, évalué par les parents, plaçait 89 % d’entre eux dans la catégorie « sévère » au début de l’étude, contre seulement 47 % deux ans plus tard.

Les auteurs admettent un possible effet placebo qui n’a pas été mesuré dans cette étude et recommandent de poursuivre les recherches avec un essai randomisé contre placebo en double-aveugle et sur une plus large cohorte.

Quoi qu’il en soit, le Pr Bonnet-Brilhault rappelle qu’ « il faut prendre en charge les enfants de façon globale : traiter les troubles du sommeil, les troubles digestifs… Si le TMF répond aux symptômes digestifs, c’est déjà bien. S’il améliore aussi les troubles autistiques, c’est encore mieux. Car dans l’autisme, nous n’avons pas de médicament. Même si nous avons des méthodes de rééducation fonctionnelle qui donnent de bons résultats, cette nouvelle hypothèse du microbiote ouvre un nouveau champ ».

TMF : comment identifier les patients potentiellement répondeurs ?

Le Pr Bonnet-Brilhault s’engage aussi sur la piste du transfert de microbiote fécal (TMF) dans un partenariat avec Harry Sokol, spécialiste français de la greffe fécale, à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP, Paris). Elle s’interroge pour l’instant sur le ciblage de patients potentiellement répondeurs ou non. Ces éventuels bénéfices du TMF sont-ils dépendants d’une sémiologie digestive ?

La stratification de la nature, de la fréquence et de la gravité de ces symptômes gastro-intestinaux peut-elle permettre d’identifier des sous-groupes répondeurs ?

Laëtitia Davidovic ( CNRS) s’est également intéressée de près à la question (voir la vidéo). Dans une étude exploratoire réalisée auprès de 148 sujets autistes, la chercheuse et son équipe ont tenté de faire le lien entre l’intensité, la fréquence des troubles gastro-intestinaux, les anomalies comportementales et la présence de certaines comorbidités somatiques ou psychiatriques. Il en ressort que les patients qui ont des forts symptômes sont plus sujets à avoir des anomalies de perception sensorielle, notamment au niveau du goût et des odeurs. En revanche, pour des dimensions plus spécifiques liées à l’autisme, les effets étaient finalement moins forts chez les patients avec des troubles gastro-intestinaux.

 

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