La supplémentation en glucosamine associée à un moindre risque cardiovasculaire ?

Dr Jean-Claude Lemaire

22 mai 2019

Nouvelle-Orléans, Etats-Unis -- Les sujets prenant régulièrement une supplémentation en glucosamine ont un risque plus faible d'événements de maladie cardiovasculaire, suggérant donc que la glucosamine pourrait aider à prévenir la maladie coronaire et les accidents vasculaires cérébraux. Ce travail a été mené par une équipe de chercheurs de l'Université Tulane (New Orleans, LA) dont les résultats ont été publiés dans le British Medical Journal[1].

« Notre étude menée sur une vaste cohorte prospective fournit pour la première fois les preuves d'une association entre utilisation habituelle de glucosamine et risque moins élevé de maladie cardiovasculaire », a déclaré Lu Qi, auteur senior de l'étude, ajoutant toutefois que « compte tenu de la nature observationnelle de l'analyse, il faudra des investigations supplémentaires pour valider plus avant les résultats et explorer les mécanismes ».

Douleurs articulaires et maladies cardiovasculaires ?

La glucosamine est un complément alimentaire très populaire et très largement utilisé par les sujets atteints d'arthrose pour soulager leurs douleurs articulaires. Alors même que son efficacité en la matière continue de faire débat au sein de la communauté médicale, de nouvelles données récentes ont suggéré que la glucosamine pouvait contribuer à la prévention des maladies cardiovasculaires et à la réduction de la mortalité qui en résulte. Pour explorer plus avant cette hypothèse, les chercheurs de l'Université Tulane se sont servis des données de la Biobank britannique, une vaste étude de population concernant plus d'un demi-million d'hommes et de femmes britanniques.

Supplémentation en glucosamine : 1 participant sur 5

Le travail a porté sur 466 039 participants âgés initialement de 40 à 69 ans et indemnes de maladie cardiovasculaire, qui avaient rempli un questionnaire sur l'utilisation de compléments alimentaires, glucosamine comprise. Globalement, près d’1 participant sur 5 (19,3%) a initialement déclaré prendre régulièrement de la glucosamine, un pourcentage représentatif de celui retrouvé dans la population américaine.

Par rapport à la population totale de l’étude, les consommateurs réguliers de glucosamine étaient globalement plus âgés, il s'agissait plus souvent de femmes, de sujets non-fumeurs et non-sédentaires. Cependant en dépit d'une alimentation plus saine et d'une moindre consommation d'alcool, ils étaient plus souvent hypertendus et hypercholestérolémiques.  
Les certificats de décès et les dossiers médicaux hospitaliers ont été utilisés pour repérer les événements cardiovasculaires, notamment décès, accidents coronaires et accidents vasculaires cérébraux, dans le cadre d'un suivi médian de 7 ans (enrôlement de 2006 à 2010 et suivi jusque 2016)

Des réductions de risque conséquentes

Dans le cadre de ce suivi 10 204 événements cardiovasculaires incidents ont été répertoriés, dont 3 060 décès d'origine cardiovasculaire, 5 745 accidents coronaires et 3 263 accidents vasculaires cérébraux.

Après ajustement pour les facteurs de risque cardiovasculaires traditionnels tels que l'âge, le sexe, l'appartenance ethnique, l'indice de masse corporel (IMC), le style de vie, le régime alimentaire, ainsi que de l'utilisation éventuelle de médicaments et d'autres compléments alimentaires, il s'avère que, par rapport à l'absence d'utilisation, la consommation de glucosamine est associée à une réduction du risque global d'événements cardiovasculaires de 15% (HR 0,85; [IC 95% 0,80-0,90]) les réductions des décès d'origine cardiovasculaire, des accidents coronaires et des accidents vasculaires cérébraux étant respectivement de 22% (HR : 0,78; [IC 95% 0,70-0,87]), 18% (HR : 0,82; [IC 95% 0,76-0,88]) et 9% (HR : 0,91; [IC 95% 0,83-1,00]).

La consommation de glucosamine est associée à une réduction du risque global d'événements cardiovasculaires de 15%.

Un effet sur l’inflammation et sur le catabolisme protéique ?

Les investigateurs proposent divers mécanismes pouvant contribuer à expliquer ces résultats. Ils indiquent par exemple que, dans une des études NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey), l'utilisation régulière de glucosamine a été reliée à une diminution des taux de protéine C-réactive, marqueur reconnu de l'inflammation systémique et ils avancent que cela pourrait aider à expliquer l'association plus forte constatée chez les fumeurs qui présentent des niveaux d'inflammation plus élevés et un risque cardiovasculaire plus important que les non-fumeurs. « Nous avons constaté que la consommation habituelle de glucosamine était associée à un risque de coronaropathie réduit de 12% chez les non-fumeurs et de 18% chez les ex-fumeurs, alors que la réduction du risque était de 37% chez les fumeurs actifs » écrivent les investigateurs.
Ils rappellent également que des données animales antérieures ont montré que la glucosamine diminuait la glycolyse et augmentait le catabolisme protéique, imitant ainsi l'impact d'un régime alimentaire pauvre en glucides, régime connu pour minimiser le risque de maladie cardiovasculaire.

Nous avons constaté que la consommation habituelle de glucosamine était associée à un risque de coronaropathie réduit de 37% chez les fumeurs actifs.

Faible diminution du risque absolu

Malgré la grande taille de l’échantillon, il importe de rappeler qu'il s’agit d’une étude observationnelle et qu'à ce titre elle ne permet nullement d’établir une quelconque relation de cause à effet entre la consommation de glucosamine et la diminution du risque cardiovasculaire.

Par ailleurs il faut aussi souligner que tous les pourcentages mentionnés constituent des réductions relatives du risque qui correspondent à des diminutions absolues de risque très modestes. Ainsi la réduction de 22% du risque de décès cardiovasculaire correspond à la constatation de 0,7% de décès chez les non-utilisateurs versus 0,5% chez les utilisateurs de glucosamine.

Même chose pour les événements coronaires et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) documentés chez 2,2% des sujets ne prenant pas de glucosamine versus chez 2% des sujets qui en prennent.   

A ce stade, pour diminuer son risque cardiovasculaire, il est sans nul doute plus raisonnable et efficace de modifier ses habitudes de vie que de prendre de la glucosamine.

 

Qu’est-ce que la glucosamine ?

La glucosamine (2-amino-2-deoxy-D-glucose) est un amino-saccharide, qui existe à l’état naturel. On le trouve dans le corps comme constituant naturel des sécrétions muqueuses, de la peau, des tendons, des ligaments et des cartilages [2]. C’est également un précurseur dans les voies métaboliques conduisant à la synthèse d’héparine, de chondroïtine sulfate ou d’acide sialique. La glucosamine entre aussi, sous forme acétylée, dans la composition de l’acide hyaluronique présent, notamment, dans le liquide synovial.

Les formes commerciales de la glucosamine, celles que l’on trouve dans les compléments alimentaires à visée articulaire, sont préparées essentiellement par hydrolyse de la chitine, le composé majoritaire de la carapace des crustacés tels que les crabes et les crevettes[2].

 

L'étude a été réalisée avec des fonds publics.

 

 

 

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