Lumière bleue des LED: néfaste pour la santé et pour l’environnement

Stéphanie Lavaud

16 mai 2019

Maisons-Alfort, France — Alors que l’usage des LED se généralise pour l’éclairage et que les objets à LED se multiplient, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) vient de réactualiser sa précédente expertise (datant de 2010) relative aux effets sanitaires des LED [1]. Elle confirme ce que les études n’ont eu de cesse de mettre en évidence ces dernières années, à savoir que, via la lumière bleue qu’elles émettent, elles sont potentiellement toxiques sur la rétine d’une part, sur les rythmes biologiques et le sommeil, d’autre part, via une exposition le soir ou la nuit, notamment à travers les écrans.

Au vu de ces observations, l’Agence émet un certain nombre de recommandations dont celle de limiter l’usage des dispositifs à LED les plus riches en lumière bleue, tout particulièrement pour les enfants, mais aussi de diminuer autant que possible la pollution lumineuse pour préserver l’environnement (voir encadré en fin d’article).

Confirmation des effets toxiques de la lumière bleue

Présentées comme un progrès en raison de leur performance énergique efficace dans un contexte d’économies d’énergie, les LED ont rapidement envahi l’espace domestique, professionnel et urbain… sauf que, depuis plus d’une dizaine d’années, les recherches montrent que, de par leur spécificité technologique, c’est-à-dire la possibilité d’émettre une lumière riche en courtes longueurs d’onde, dite « riche en bleu », et un éclairage plus intense que d’autres sources lumineuses, les LED ne sont pas sans conséquence sur la santé de l’Homme comme sur l’environnement.

Chez l’Homme, les nouvelles données scientifiques présentées par l’Anses confirment la précédente analyse de 2010 sur la toxicité de la lumière bleue pour l’œil qui peut conduire à une baisse de la vue. Elles montrent des effets phototoxiques à court terme liés à une exposition aiguë et des effets à long terme liés à une exposition chronique, qui augmentent le risque de survenue d’une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Et, en effet, la lumière bleue des LED « est mal filtrée par la cornée et le cristallin, d'où la possibilité d'atteindre la rétine où elle induit un stress oxydatif. Deux mécanismes toxiques peuvent être en cause dans l'atteinte rétinienne : une maculopathie ou l'aggravation d'une rétinopathie préexistante, et une toxicité rétinienne directe par une action sur la lipofuscine présente à ce niveau » expliquait le Pr Francine Behar Cohen (INSERM, Paris) dès 2012, lors ducongrès de la Société Française d'Ophtalmologie.

Attention au risque d’éblouissement

Le problème ne vient pas tant des éclairages domestiques à LED de type « blanc chaud » – qui ne se distinguent pas des éclairages traditionnels et présentent un faible risque de phototoxicité – que d’autres types d’éclairage à LED tels que lampes torches, phares automobiles, décorations (guirlandes et éclairages d’ambiance) ou jouets, qui eux, peuvent émettre des lumières particulièrement riches en bleu, et dont le risque est non couvert par la réglementation actuelle. Ces dispositifs à LED de forte intensité font courir le risque d’un éblouissement important. Et ce, d’autant plus que l’on présente des facteurs favorisants comme l’avancée en âge, précise l’Agence.

Perturbation de l’horloge biologique et du sommeil

Par ailleurs, l’expertise met en évidence qu’une exposition, même très faible, à de la lumière riche en bleu le soir ou la nuit, perturbe les rythmes biologiques et donc le sommeil. Plusieurs études expérimentales menées chez l’Homme, au cours desquelles les personnes étaient soumises à des lumières riches en bleu issues d’éclairages artificiels ou d’écrans (ordinateurs, téléphones, tablettes, …) indiquent qu’une exposition, même très faible, à de la lumière riche en bleu en soirée a un impact sur l’horloge circadienne : la synthèse nocturne de mélatonine est retardée ou inhibée (Voir notre article Plus de lumière bleue, moins de nuit noire : impacts sur la santé). L’Agence attire l’attention sur le fait que les enfants et adolescents, exposés dès leur plus jeune âge notamment aux écrans (tablettes, consoles de jeux, téléphones mobiles, etc.), constituent une population particulièrement sensible.

Attention à la lumière émise par des écrans de téléviseurs, d’ordinateurs, de téléphones mobiles ou encore de tablettes dont des campagnes de mesures ont montré qu’elle était particulièrement riche en bleu (4 100 K à 7 000 K). C’est aussi le cas de certaines sources d’éclairages à LED avec des températures de couleur autour de 6 500 K.

Des effets dus aux variations importantes de l’intensité lumineuse

Enfin, le rapport de l’Anses montre qu’une forte proportion de lampes à LED présente des variations importantes de l’intensité lumineuse, appelées « modulations temporelles de la lumière ». Cette modulation varie en fonction de la qualité de l’électronique associée à la LED commercialisée. Là encore, l’Agence met en garde sur le fait que certaines populations telles que les enfants, adolescents et des professionnels, pourraient être plus sensibles aux effets potentiels induits par cette modulation de la lumière. Ceux-ci se traduiraient alors par des maux de tête, de la fatigue visuelle, un risque accidentel, etc.

Les trois phénomènes visuels liés à des variations importantes de l’intensité lumineuse sont : le papillotement (flicker), l’effet stroboscopique (immobilité ou ralentissement apparent d’un objet en mouvement) et l’effet de réseau fantôme (rémanence de l’image lors d’un bref mouvement oculaire).

Objectif: limiter l’exposition à la lumière riche en bleu

Pour parer à ces différents risques, l’Anses préconise de faire évoluer la réglementation et de mieux informer la population sur les risques liés à l’exposition à la lumière bleue. Objectif affiché : limiter l’exposition de la population à la lumière riche en bleu.

D’un point de vue pratique, ses principales recommandations sont :

  • de privilégier des éclairages domestiques de type « blanc chaud » (température de couleur inférieure à 3 000 K).

  • de limiter l’exposition des populations, et en particulier les enfants, à la lumière riche en bleu des écrans à LED (téléphones mobiles, tablettes, ordinateurs, …) avant le coucher et pendant la nuit.

Par ailleurs, l’Anses recommande de faire évoluer le cadre réglementaire s’appliquant à tous les systèmes à LED et en particulier de :

· restreindre la mise à disposition des objets à LED auprès du grand public à ceux de groupe de risque photobiologique 0 ou 1 ;

· limiter l’intensité lumineuse des phares des véhicules automobiles, tout en garantissant la sécurité routière ;

· réduire au minimum le niveau de modulation temporelle de la lumière émise par toutes les sources lumineuses (éclairages, écrans, objets à LED).

Quant aux moyens de protection disponibles pour le grand public tels que les verres traités, les lunettes de protection ou les écrans spécifiques, l’Agence souligne que leur efficacité contre les effets sur la rétine de la lumière bleue est très variable et que leur efficacité pour la préservation des rythmes circadiens n’est pas prouvée aujourd’hui. A ce titre, l’Anses encourage l’établissement de normes définissant les critères de performance des équipements de protection vis-à-vis de la lumière bleue.

Un impact sur la biodiversité et l’environnement

La lumière des LED impacte non seulement notre santé mais aussi notre environnement, précise l’Anses Et bien que « les études disponibles portent principalement sur la lumière artificielle la nuit de façon générale et non spécifiquement sur les LED, quel que soit l’écosystème étudié, les connaissances scientifiques montrent de façon convergente une augmentation de la mortalité et un appauvrissement de la diversité des espèces animales et végétales étudiées dans les milieux éclairés la nuit, y compris par des éclairages à LED » écrit-elle. C’est pourquoi, l’Agence recommande de renforcer la réglementation afin de limiter la pollution lumineuse, tout en veillant à assurer la sécurité des personnes.

Couper ou diminuer fortement l’éclairage public, c’est ce que certaines villes françaises ont d’ores et déjà décidé de faire. Rennes (35), par exemple, a choisi de régler l’intensité en pleine nuit, et d'installer des détecteurs de présence. A Marssac (81), depuis fin 2016, déjà 6 quartiers résidentiels s'éteignent automatiquement de 23 h 30 à 5 h 30 du matin. A Cagnes-sur-Mer (06), l’extinction des feux dans 2 rues de la ville s’est traduite par des bénéfices immédiats sur la faune puisque restreindre l’éclairage a ainsi permis de faire revenir les chauve-souris. Beaucoup d’autres villes, petites et grandes, tels Quimper (29) et Rochefort (17), ont adopté des mesures dans ce sens. Quant à Paris, ville lumière, elle pourrait s’y mettre, à l'horizon 2021, dans le cadre d'un Plan consacrée à cette thématique.

 

 

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