POINT DE VUE

Inhibiteurs de TRK : un changement de paradigme en oncologie

Dr Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

10 mai 2019

TRANSCRIPTION

Bonjour et bienvenus sur le site de Medscape. Je suis le docteur Manuel Rodrigues — je suis oncologue médical à l’institut Curie, à Paris.

Je vais vous parler aujourd’hui d’une nouvelle classe thérapeutique en oncologie que sont les inhibiteurs de TRK.

Depuis des dizaines d’années, nous avons développé les drogues en oncologie en fonction du type de tumeur. Nous avons développé des drogues pour les femmes avec des cancers du sein, pour les hommes ou les femmes avec des cancers du côlon ou avec des cancers du poumon, par exemple. Elles sont développées, puis on voit qu’il y a une activité et à la fin la drogue obtient une autorisation de mise sur le marché pour un type tumoral donné dans une situation particulière, plus récemment, parfois, avec un biomarqueur prédictif de réponse.

Un changement de paradigme

Très récemment, nous avons changé de paradigme et développé des drogues en fonction des anomalies moléculaires plus qu’en fonction du type tumoral. C’est donc un développement qu’on dit tissu-agnostique, c’est-à-dire, quel que soit le tissu tumoral.

En fait, nous avons ciblé des tumeurs qui présentaient une activation de TRK par une fusion, une translocation. Ce genre d’événement génétique et très, très rare puisqu’il arrive dans moins de 1 % des cas.

Fin février, une 1ère ATU de cohorte a été donnée pour une thérapie (le larotrectinib) ciblant des tumeurs avec une fusion TRK. La décision de l’ANSM s’est appuyée sur les résultats d’une étude parue dans le New England Journal of Medicine il y a plus d’un an[1].

 
Nous avons changé de paradigme et développé des drogues en fonction des anomalies moléculaires plus qu’en fonction du type tumoral.
 

Un essai sur près de 17 types tumoraux différents

Dans cet essai clinique, 55 patients en échec thérapeutique présentant une tumeur avec une translocation TRK ont été inclus— donc vous vous doutez qu’on a dû rechercher ce genre d’altération chez probablement plus de 6000 malades pour réussir à les trouver, ces 55 malades. Ces 55 malades avaient près de 17 types tumoraux différents. On ne pourrait donc pas développer ce type de drogue uniquement, par exemple, dans les cancers du sein, parce qu’on n’aurait pas assez de cas. Il a fallu tabler sur tous les types de cancer, chez l’adulte comme chez les enfants — puisque le plus jeune des patients dans cet essai clinique avait quatre mois.

L’efficacité est très impressionnante avec entre 75 % et 80 % de patients en réponse, donc 30 % de réduction, et la plupart des autres qui avaient une maladie stable.

Quid des résistances ?

Des résistances finissent par apparaître et la moitié des patients rechute en un an, un an et demi, à peu près, mais c’est quand même un signal très encourageant !

D’autant plus encourageant que de nouvelles drogues ciblant TRK sont en train d’arriver. Des essais cliniques sont en cours pour, justement, lever la résistance qui a pu être développée chez ces patients. Ce n’est donc pas tellement la drogue que je voulais parler aujourd’hui, mais plutôt de ce type de développement tissu-agnostique en fonction d’une altération moléculaire et non plus en fonction du type de cancer.

Demain, il aura probablement plusieurs drogues qu’on pourra donner à des patients, quel que soit le type tumoral, parce qu’ils auront une activation de telle ou telle voie cellulaire.

Voilà. À bientôt sur le site Medscape.

 

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