Myélome multiple: arrêt des inclusions dans tous les essais sur le venetoclax

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

6 mai 2019

Saint-Denis, France—Les nouvelles inclusions de patients atteints de myélome multiple (MM) dans les essais cliniques évaluant le venetoclax (Venclexta/Venclyxto, AbbVie) sont suspendues en raison de la surmortalité associée au traitement observée dans l’étude Bellini [1], a annoncé l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) dans un point d’information début mai[2].

« En revanche, les patients atteints de myélome multiple dans les essais cliniques en cours qui tirent un bénéfice du traitement peuvent le continuer après avoir consulté leur médecin hématologue », précise l’agence.

A noter : ce signal de sécurité ne concerne pas les indications actuelles du médicament dans la leucémie lymphoïde chronique (LLC).

Ces décisions de l’ANSM emboitent le pas aux préconisations de la FDA, publiées le 21 mars dernier, après que l’agence américaine a évalué, de son côté, les résultats de l’étude Bellini[3].

Deux fois plus de décès

L’ANSM rappelle que le venetoclax n’est pas indiqué dans le myélome multiple mais qu’il s’est révélé prometteur dans des essais de phase 2 ce qui a conduit à la réalisation de l’essai de phase 3 Bellini.

Dans l’essai,  des patients atteints de MM en rechute ou réfractaires ont été randomisés pour recevoir soit du bortézomib (Velcade®, Millennium Pharmaceuticals) et de la dexaméthasone en association avec le vénétoclax 800 mg/j soit la bithérapie associée à un placebo.

Bien, que le critère primaire de l’étude ait été atteint et que la trithérapie associant le vénétoclax ait amélioré significativement la survie sans progression (22,4 mois vs 11,5 mois, [RR=0,63, IC95% : 0,44-0,90]), les résultats d’une analyse intermédiaire de cette étude ont mis en évidence un doublement des décès « potentiellement liés à des infections chez les patients prenant du vénétoclax par rapport au groupe placebo », souligne l’ANSM.

En tout, 41 décès ont été observés chez les 194 patients recevant le venetoclax (21,1%) versus 11 décès chez les 97 patients (11,3%) du groupe contrôle.

Parmi les 41 décès survenus dans le bras venetoclax, 13 (6,7%) ont été considérés comme liés au traitement (RR=2,03, IC 95 % : 1,042-3,945). Huit décès étaient liés à une infection.

Dans le groupe placebo, un décès a été considéré comme lié au traitement (1%) et est survenu moins de 30 jours après la dernière dose de traitement.

Chez les patients recevant le vénétoclax, la septicémie, la pneumonie et l’infarctus du myocarde étaient les principales causes de décès non-liés à la progression de la maladie.

En attendant les résultats des analyses complémentaires

Dans l’attente des résultats d’une analyse complémentaire des données, l’ANSM demande aux investigateurs ayant des patients atteints de MM dans les essais cliniques en cours de suivre les recommandations qui leur ont été transmises par courrier (incluant notamment l’ajout d’une antibioprophylaxie et une surveillance du risque infectieux).

Et concernant ses indications dans la LLC ?  « Sur la base des informations disponibles, à ce jour, il apparait que ce signal de sécurité identifié dans l’indication MM n’a pas d’impact sur les indications de l’AMM (LLC) pour lesquelles un rapport bénéfice/risque positif a été établi », répond l’agence qui ajoute que « des investigations complémentaires sont cependant en cours au niveau européen » et qu’en fonction des résultats, ce point d’information sera réactualisé.

Les indications actuelles de Venclyxto

La spécialité Venclyxto (vénétoclax), commercialisée par le laboratoire AbbVie, est indiquée :

  • en association avec le rituximab pour le traitement des patients adultes atteints d’une leucémie lymphoïde chronique (LLC) ayant reçu au moins un traitement antérieur.

  • en monothérapie pour le traitement de la LLC :en présence de délétion 17p ou de mutation TP53 chez les patients adultes inéligibles ou en échec à un inhibiteur du récepteur antigénique des cellules B, ou

  • en l’absence de délétion 17p ou de mutation TP53 chez les patients adultes en échec à la fois à une chimio-immunothérapie et à un inhibiteur du récepteur antigénique des cellules B.

Cette spécialité n’est pas indiquée dans le traitement du myélome multiple.

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