Des patients VHC+ peuvent donner cœur et poumons, sans risque pour le receveur

Valérie Devillaine, journaliste

Auteurs et déclarations

15 avril 2019

Boston, États-Unis – Grâce à l’administration d’antiviraux directs aux receveurs, la greffe d’organes issus de patients VHC+ devient plus sûre, comme le montrent les résultats d'une étude publiée dans le New England Journal of Medicine[1].

Pr Vincent Mallet

Une équipe de médecins du Brigham and Women’s hospital de Boston, a procédé à 36 greffes de poumon et 8 greffes de cœur, à partir de donneurs infectés par le virus de l’hépatite C vers des receveurs indemnes de cette maladie.

 
Les données montrent que cœurs et poumons de donneurs porteurs de l’hépatite C peuvent être utilisés pour une transplantation
 

Les receveurs ont immédiatement reçu, et pendant une durée de quatre semaines, un traitement par antiviraux d’action directe contre l’hépatite C, combinaison de sofosbuvir et velpatasvir.

Les 35 premiers patients inclus ont atteint une durée de suivi de 6 mois et tous sont en vie, avec un greffon parfaitement fonctionnel et une charge virale indétectable.

Des résultats partiels de cette essai avaient été présentés lors du Congrès annuel de l’ International Society for Heart and Lung Transplantation, à Nice (France) en avril dernier. Ces résultats, publiés dans le NEJM, sont plus complets et avec une durée de suivi plus longue.

« Les données montrent que cœurs et poumons de donneurs porteurs de l’hépatite C peuvent être utilisés pour une transplantation, malgré la transmission quasi systématique du virus », se félicitent les auteurs.

Au moment du prélèvement, les donneurs avaient une charge virale médiane de 890 000 UI par millilitre, et 42 des 44 receveurs avaient une charge virale détectable immédiatement après la transplantation, à hauteur médiane de 1 800 UI/mL. La charge virale est devenue indétectable dès la deuxième semaine de traitement antiviral et a été poursuivi pendant deux semaines de plus, soit un mois de traitement immédiatement après la greffe.

« Cette courte durée de traitement a été suffisante parce que la situation se rapproche d’un traitement prophylactique post-exposition plus que du traitement d’une infection établie (pour laquelle 8 à 12 semaines de traitement sont administrés à des patients avec des charges virales bien supérieures) », ajoutent les auteurs.

« Des résultats similaires avaient déjà été obtenus pour des greffes de foie et de rein », précise le Pr Vincent Mallet, hépatologue à l’hôpital Cochin (Paris) pour Medscape édition française.

Pour les auteurs du papier du NEJM, des données de plus long terme et sur un plus grand nombre de patients sont nécessaires pour s’assurer d’un bénéfice-risque positif pour ces greffes, mais le Pr Mallet est confiant : « il n’y a pas de raison de s’attendre à des rechutes et on peut bien parler de 100 % de guérison pour ces patients ».

Epidémie d’overdoses par opioïdes aux États-Unis : une manne de donneurs potentiels

L’insuffisance de greffons, en France comme outre-Atlantique, n’est pas nouvelle mais deux éléments d’actualité sont en passe de changer la donne, note Emily Blumberg de la division des maladies infectieuses à l’université de Pennsylvanie (Philadelphie, États-Unis) qui signe un édito sur ce thème dans le NEJM[2].

D’une part, l’arrivée sur le marché des antiviraux d’action directe contre l’hépatite C permet d’envisager des transplantations à partir de donneurs infectés.

 
Des résultats similaires avaient déjà été obtenus pour des greffes de foie et de rein Pr Vincent Mallet
 

D'autre part, l’épidémie d’overdoses par opioïdes qui sévit aux États-Unis, et qu’on commence à voir apparaître en Europe, multiplie les donneurs potentiels, sachant que les usagers de drogues injectables sont les plus touchés par les infections à VHC.

Qui plus est, ces donneurs sont plus jeunes et en meilleure santé générale que les donneurs habituels, exempts d’infection par le VHC, note la spécialiste.

Au vu de ces nouvelles données, en 2017, la Société américaine de transplantation a revu ses recommandations[3] et encouragé des essais cliniques de ce type, estimant que « les organes issus de donneurs infectés par le VHC étaient une source de greffons sous-utilisée et que des protocoles pour les utiliser en toute sécurité étaient nécessaires ».

Les greffes à partir de donneurs VHC+ font l'objet de dérogations

En France, en 2017, 545 nouveaux malades ont été inscrits sur la liste d’attente pour une greffe de cœur. Et après 1 an d’attente, les malades inscrits entre 2015 et 2017 ont 73 % de chance d’être greffés et 11 % de risque de décéder en attente », estime l’Agence nationale de la biomédecine.

425 patients ont été inscrits en liste d’attente pour une greffe de poumon. Et après 1 an d’attente, les malades inscrits sur la liste d’attente de greffe pulmonaire entre 2015 et 2017 ont 87% de chance d’être greffés et 5% de risque de décéder en attente.

Aujourd’hui, des greffes à partir de donneurs VHC+ sont déjà réalisées en France, note le Pr Mallet, mais elles doivent faire l’objet de dérogations de la part de l’Agence de biomédecine.

« Nous sommes en discussion avec l’Agence sur ce sujet qui soulève des questions éthiques : ces overdoses concernent plus souvent des gens en grande précarité, qui n’ont pas pu bénéficier de cures de désintoxication. Il s’agit donc d’organes de pauvres qu’on donne aux riches. L’addiction est une maladie qu’il faut soigner. La responsabilité de cette épidémie incombe aussi aux professionnels de santé et aux lobbies de l’industrie pharmaceutique. Autre écueil médical : les patients atteints de l’hépatite C sont souvent infectés par l’hépatite B, un virus intégré à l’ADN contrairement à celui de l’hépatite C. Il faut donc veiller à ce que le receveur soit bien vacciné. »

Liens d’intérêts

Les auteurs ont déclaré n’avoir aucun conflit d’intérêt pouvant influencer leur travail.

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