Cancer du col : les experts appellent à généraliser le dépistage par test HPV et la vaccination

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

11 avril 2019

France – Le dépistage organisé du cancer du col de l'utérus se met progressivement en place partout sur le territoire depuis début mars. Des invitations à se faire dépister gratuitement sont envoyées par courrier à toutes les femmes qui n'ont pas réalisé de frottis depuis plus de trois ans. Profitant de cette grande campagne nationale, des sociétés savantes et des associations plaident pour le remplacement du classique frottis par le test HPV et pour l'instauration d'une vaccination universelle contre les papillomavirus, c'est-à-dire des adolescents filles et garçons.

Et si le test HPV remplaçait le frottis ?

Exemple parmi d’autres, le collectif « HPV Maintenant ! » qui regroupe des médecins, des biologistes, des témoins et des patientes se mobilise pour demander « la bascule immédiate vers le test HPV en dépistage primaire dans le cadre de l’actuel dépistage national en cours ». Pour rappel, alors que les frottis recherchent les lésions précancéreuses et cancéreuses, le test HPV consiste à rechercher la présence d'ADN de différents papillomavirus dans l'échantillon de la patiente.

 « Il a été admis par la communauté scientifique et rappelé aux autorités que le test viral HPV, avec sa sensibilité supérieure de 30% à celle du frottis, pourrait éviter chaque année 300 décès, s'il était permuté en dépistage primaire avec un frottis en complément », indique le collectif

« Aujourd'hui en France, le dépistage repose sur des frottis cervico-utérin (FCU) suivi d'une analyse cytologique mais 10 pays ont déjà adopté le test moléculaire HPV dont 8 en première intention. Pourquoi la France attend-t-elle encore, en prenant le risque que toutes les femmes ne bénéficient pas de la meilleure méthode de dépistage disponible ? s'interroge "HPV Maintenant".

« Prenez 1000 femmes, 20 ont des lésions précancéreuses. Le frottis permet d'en identifier 12 sur ces vingt. Le test HPV en identifie 16. Dans un cas, on râte 8 femmes, dans l'autre 4. », renchérit Isabelle Heard, ancienne directrice du Centre national de référence pour les papillomavirus (Institut Pasteur, Paris) pour Medscape édition française. « On sait que la sensibilité du frottis n'est que de 50 %. Celle du test HPV est meilleure », poursuit-elle. Ce bénéfice « indiscutable » est détaillé dans une revue Cochrane de 2017[1].

Alors comment expliquer la position française qui utilise toujours le FCU ? « La Direction Générale de la Santé a décidé dans un premier temps de se concentrer sur le dépistage organisé et de conserver la cytologie. Lorsque cela sera bien en place, un autre test sera utilisé », explique Isabelle Heard. « Ils ont raison dans ce collectif de demander le test HPV, mais ce n'est pas si simple », prévient-elle. La mise en place du test HPV demande du temps, celui par exemple de choisir le test, de constituer des groupes d'experts, de valider les protocoles,...

Quid d'un autotest ?

Pour sa part, le Pr Israël Nisand, Président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français(CNGOF), va encore plus loin puisqu'il préconise l'utilisation d'un autotest HPV. En marge d'une conférence de presse sur une autre thématique, il a expliqué : « Les femmes sont fatiguées des frottis. Nous sommes nombreux à nous poser des questions sur la légitimité de continuer à imposer aux femmes un frottis tous les trois ans alors qu'elles pourraient faire un autotest. Ce n'est qu'en cas d'HPV sur l'autotest, qu'elles iraient faire le frottis. Et, c'est, d'ailleurs, ce que vient d'instaurer la Hollande. »

Au final, ce sont donc les actions combinées du dépistage national organisé, la recommandation du test HPV en première intention de dépistage et l’introduction de l’autotest HPV qui pourraient réellement augmenter la couverture du dépistage en France, selon les experts.

Vers une couverture vaccinale universelle ?

A côté de la mise en place du dépistage organisé, la question de la vaccination universelle est aussi actuellement posée.

En France, la vaccination contre les HPV est recommandée pour les adolescentes de 11 à 14 ans, avec un rattrapage possible jusqu'à 19 ans révolus, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes jusqu'à 26 ans, et les patients immunodéprimés jusqu'à 19 ans. Mais est-ce suffisant ? Doit-on envisager d'élargir la population cible ?

C’est ce que préconise l'« Appel des 50 », lancé le 20 mars dernier[2], qui a réuni cinquante sociétés savantes parmi lesquelles on trouve les Académies de médecine, de pharmacie, de chirurgie et de sciences infirmières, mais aussi des collèges et syndicats professionnels ainsi que des institutions et organismes importants comme le Centre international de Recherche sur le Cancer  ou la Ligue contre le cancer et des personnalités du monde médical, comme les Prs René Frydman, Alain Fischer, Guy Valancien.

Pour le collectif, il y a urgence à :

  • organiser un dépistage efficace (accès, utilisation des tests HPV) ;

  • augmenter la couverture vaccinale des populations déjà ciblées en rétablissant activement la vérité scientifique et donc la confiance vis-à-vis de ces vaccins actifs et très bien tolérés ;

  • lancer la vaccination universelle gratuite ou remboursée, sans distinction de sexe ou de risque, pour protéger filles et garçons, réduire les inégalités et participer, avec les autres pays, à l’élimination des cancers HPV induits, en suivant la recommandation de l’OMS.

La question de la vaccination universelle est aussi prise au sérieux par le gouvernement. En effet, la ministre de la santé, le Pr Agnès Buzyn a annoncé, en début d’année, réfléchir à étendre la vaccination pour les deux sexes en milieu scolaire en 2019. Un avis de la Haute Autorité de Santé (HAS) est attendu sur le sujet d’ici quelques mois.

Pour rappel, en France où la défiance envers les vaccins est élevée, le taux de couverture vaccinal contre les papillomavirus était seulement de 19 % fin 2017[3] contre près de 80 % en Australie ou en Suède, par exemple. Grâce à ce taux de vaccination élevé chez les deux sexes et à un programme national de dépistage, l'Australie pourrait avoir pratiquement éradiqué cette maladie d'ici dix ans, d'après une étude publiée en octobre 2018 dans The Lancet Public Health [4] . Des perspectives qui contrastent avec les chiffres français qui font encore état d’environ 3 000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus et 1 100 décès répertoriés chaque année.

 

 

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