Vaccination contre le HPV : des résultats de pharmacovigilance rassurants

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

9 avril 2019

Bologne, Italie - Quid de la sécurité des vaccins anti-HPV, recommandés en prévention du  cancer du col de l'utérus ?  Dans un climat de suspicion vis-à-vis de la vaccination, l'analyse que viennent de réaliser la Dr Giulia Bonaldo et ses collègues, de l'université de Bologne, est essentielle. Publiée dans le British Journal of Clinical Pharmacology[1], elle montre, données en vie réelle à l'appui, que le profil de sécurité des vaccins est globalement bon, confirmant les conclusions de la dernière revue Cochrane de 2018 à ce sujet [2]. Elle montre également que la déclaration d'événements indésirables et le volume de recherches sur Google à propos des effets des vaccins anti-HPV coïncident.

Plus 55 000 déclarations sur dix ans

Entre 2007 et 2017, la Dr Giulia Bonaldo et coll. ont répertorié 55 356 déclarations d'effets indésirables concernant les vaccins anti-HPV. Les données provenaient du Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS), un registre co-administré par la FDA et le CDC, qui recueille l’ensemble des informations sur les événements indésirables liés aux vaccins aux É.-U. La majorité de ces déclarations, réalisées par des médecins, concernait le vaccin Gardasil® (Merck & Co) pour 77,1 %, puis le Gardasil 9® (13,1%, commercialisé depuis 2015) et le Cervarix® (GlaxoSmithKline) (7,1 %). Pour 2,8% des effets indésirables recensés, le vaccin utilisé n'a pas été renseigné.

Les auteurs ont effectué une analyse de disproportionnalité grâce à un calcul du Reporting Odd Ratio (ROR) versus les autres vaccins.

Des nausées et des syncopes mais aussi des EI spécifiques

Les deux effets indésirables les plus fréquemment recensés et augmentés de façon significative étaient les nausées (N= 6259 ; ROR 2,60 (IC95% [2,53-2,66]) et les syncopes (N=6004 ; ROR 6,28 (IC95% [6,12-6,44]). « Pour les évanouissements, on sait que les jeunes filles, quel que soit le vaccin, ont tendance à s'évanouir quand on les pique. », commente la Dr Isabelle Heard, ancienne directrice du Centre national de référence pour les papillomavirus (Institut Pasteur, Paris). « Cela n'a rien à voir avec le produit.  Cela a été documenté il y a plus de dix ans. On observe ainsi dans cette étude que la majorité des effets indésirables a concerné des jeunes filles ».

 
Cette étude a démontré une nouvelle fois l’absence de gravité de la plupart des effets secondaires rapportés après la vaccination HPV. Isabelle Heard
 

Les auteurs ont retrouvé des effets indésirables très spécifiques aux vaccins HPV en comparaison avec les autres vaccins : le syndrome de fatigue chronique et le syndrome de tachycardie orthostatique posturale (STOP), dans lequel un changement de la position allongée à une position verticale provoque une tachycardie. Les ROR étaient de 44, 02 (IC95[37,88-51,15]) pour le STOP et de 9,19 (IC95[7,77-10,86]) pour le syndrome de fatigue chronique.

Déjà rapportés par la littérature scientifique et connus des autorités de santé, ces syndromes, bien que rares, doivent continuer à être surveillés, considèrent les auteurs de l'étude.

Concernant le Gardasil 9, approuvé en 2014 par la FDA et disponible depuis cet automne en France, les effets indésirables étaient principalement représentés par des réactions au niveau du site d'injection. « C'est tout à fait attendu dans la mesure où le Gardasil 9 contient deux fois plus d'adjuvant, car il couvre 5 génotypes de plus que le Gardasil original. » commente Isabelle Heard, qui considère que « cette étude a démontré une nouvelle fois l’absence de gravité de la plupart des effets secondaires rapportés après la vaccination HPV ».

« Et c'est d'autant plus rassurant que les données ont été recueillies sur dix ans » a-t-elle ajouté.

 
L'environnement joue sur la déclaration des effets indésirables : quand les médecins en entendent beaucoup parler, ils ont tendance à déclarer plus. Isabelle Heard
 

Google et communication sur les vaccins

Deuxième volet de l'étude : Google. Les chercheurs ont examiné comment le volume des recherches des mots clefs « Human Papilloma Virus Vaccine » avait varié entre 2007 et 2017. Ils se sont aperçus qu‘il n'était pas constant au cours de cette décennie et comportait notamment quatre pics. « En général, quand le volume de recherches sur Google augmente, le nombre de déclarations (par les médecins) augmente également » écrivent-ils dans leur article.

Ceci démontre le rôle essentiel des réseaux sociaux et de la communication sur Internet, en particulier sur la question des vaccins.

Pour le Dr Isabelle Heard, « la démarche est intéressante sur le plan méthodologique. C'est la première fois que je vois un tel travail de superposition des données de consultation d'un moteur de recherche avec les déclarations volontaires d'effets indésirables de la part des médecins. Cela montre bien que l'environnement joue sur la déclaration des effets indésirables : quand les médecins en entendent beaucoup parler, ils ont tendance à déclarer plus ».

 « Il est important de divulguer une information fondée sur des preuves scientifiques avec une communication efficace, afin de ralentir voire d'inverser le déclin de la couverture vaccinale, comme on le voit aujourd'hui pour la rougeole. » concluent les auteurs.

Pour rappel, en France où la défiance envers les vaccins est élevée, le taux de couverture vaccinal contre les papillomavirus était seulement de 19 % fin 2017[3] contre près de 80 % en Australie ou en Suède, par exemple.

Pour y remédier, la Ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé, en début d’année, réfléchir à étendre la vaccination pour les deux sexes en milieu scolaire en 2019. Un avis de la Haute Autorité de Santé (HAS) est attendu d’ici quelques mois.

 

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