Médecin salariée en Centre Municipal de Santé : le choix du Dr Irekti

Idris Amrouche

5 avril 2019

Dr Fatiha Irekti

Ile-De-France, France -- Médecin généraliste depuis 2014, le Dr Fatiha Irekti, a fait le choix de la médecine salariée.

Après l’obtention de son diplôme et différents remplacements dans divers cabinets de médecine générale, Fatiha Irekti a choisi d’exercer dans un Centre Municipal de Santé (CMS) d’Île-de-France, celui-là même où elle a effectué son stage (Stage Ambulatoire en Soins Primaires en Autonomie Supervisée, SASPAS) en 2011. Après 6 ans de CDD – le maximum autorisé par la fonction publique –, elle est désormais en CDI, employée par la ville. Quels sont les avantages et les inconvénients de cette médecin salariée ? L’absence de rapport financier avec les patients, ce qui permet de recevoir sans problème des patients en grande précarité, le travail à temps partiel et en équipe, répond le Dr Irekti. En revanche, impossible de travailler plus pour gagner plus. Interview.

Medscape édition française : Quels sont les avantages du salariat par rapport à la gestion du cabinet ?

Dr Fatiha Irekti : Globalement, nous sommes déchargés de nombreuses contraintes qui peuvent devenir difficiles à gérer lorsque l’on exerce seul en cabinet.

Il n’y a pas à se soucier des tâches administratives et comptables. Nous disposons d’une secrétaire qui répond au téléphone, encaisse les patients, fait la comptabilité et s’occupe des déclarations à l’URSAFF et à la CARMF pour les médecins.

Aussi, tout le matériel – y compris notre stéthoscope, est fourni par le CMS. Le cabinet est livré « clé en main ».

Enfin, les dossiers médicaux sont informatisés, en partage avec les spécialistes et le centre de radiologie. En cas de problème informatique, un informaticien est disponible.

Au niveau de l’organisation, le directeur du CMS est un médecin généraliste et il est assisté d’un directeur administratif et d’un comptable. Le financement provient de la ville avec des subventions possibles de l’Agence régionale de santé (ARS).

Quels sont les avantages du salariat en termes de salaire, de congés ?

Dr Irekti : Notre salaire est fixe, nous sommes payés à l’heure – entre 30 et 35 euros net de l’heure. Il n’y a pas de surprises.

Je ne dispose pas de RTT, car je ne suis pas à temps plein, mais il est possible de récupérer les heures supplémentaires. Enfin, comme tout salarié, j’ai 5 semaines de congés payés par an avec des journées de formation, ce qui me permet, par exemple, de continuer d’être payée lorsque je me rends en congrès, et je bénéficie de journées « enfant malade ».

Combien êtes-vous au CMS ? Y a-t-il des avantages à exercer groupés ?

Dr Irekti : Le CMS dans lequel je travaille est une grosse structure. Nous sommes 10 médecins généralistes au total, mais aucun ne travaille à temps plein et certains d’entre nous travaillent aussi à la Protection Maternelle et Infantile (PMI), par exemple. Il y aussi des spécialistes (pédiatres, rhumatologue, gynécologue médical, gastro-entérologue, ophtalmologiste, cardiologue, ou encore endocrinologue). Nous avons, en outre, un petit centre de radiologie pour la réalisation des échographies des et des radios standards, des professions paramédicales avec un kinésithérapeute, une infirmière, un dentiste, et un centre de prélèvement qui fonctionne avec un laboratoire d’analyses médicales.

Enfin, il y a un service prévention avec des diététicien.nes qui, en plus, de leurs consultations réalisent des actions de prévention dans les écoles, les foyers, accompagné.e.s d’un.e infirmièr.e du dispositif Asalée pour Action de santé libérale en équipe [cette expérimentation vise la mise à disposition des patients, auprès du médecin généraliste, d'une infirmière déléguée à la santé publique chargée du travail de dépistage, de prévention et d'éducation thérapeutique, ndlr].

Il y a de nombreux avantages à l’exercice en groupe. Lorsque l’on débute, il est rassurant de pouvoir demander conseil à un collègue. Aussi, nous avons des staffs entre collègues qui donnent aussi l’occasion de participer à des actions de prévention. J’anime, par exemple, des ateliers d’éducation thérapeutique sur le thème du diabète et je participe à des campagnes de vaccination.

 

Il y a de nombreux avantages à l’exercice en groupe.

 

Concernant le rapport aux patients, cette forme de salariat change-t-elle quelque chose ?

Dr Irekti : Selon moi, le plus grand avantage, c’est l’absence de rapport financier avec les patients. Nous n’avons pas à nous préoccuper de la gestion des impayés, aucun problème avec les patients CMU ou en AME. Les problèmes d’accès au soin ne sont plus un poids ou un problème pour nous, soignants.

Une autre différence de taille est l’absence de frustration lorsqu’un patient n’honore pas son rendez-vous. Au contraire, ça allège la journée de consultation !

Aussi, un médecin salarié aura peut-être moins de scrupule à refuser une demande d’un patient qui ne serait pas recevable dans un autre contexte (comme un examen médical non justifié, par exemple), car nous sommes moins dépendants financièrement.

Enfin, les patients peuvent voir n’importe quel médecin généraliste du centre, il arrive que certains passent de l’un à l’autre alors que d’autres sont fidèles à un praticien.

Selon moi, le plus grand avantage, c’est l’absence de rapport financier avec les patients. Aucun problème avec les patients CMU ou en AME.

 

Le salariat est-il, pour vous, un moyen de répondre à différentes problématiques sociétales comme les problèmes d’ accès au soin, le burn-out, la féminisation de la profession  ?

Dr Irekti : J’estime que ce type de structure peut faire partie de l’arsenal de solutions pour faire face aux problèmes d’accès aux soins et de déserts médicaux. Il est possible qu’une partie des jeunes médecins soit attirée par le salariat. Mais, il peut aussi être une réponse aux médecins qui sont en burn-out, car le médecin salarié s’affranchit de beaucoup des tracas quotidiens des médecins libéraux ou hospitaliers.

Enfin, le salariat présente des atouts pour la vie de famille – que l’on soit un médecin homme ou femme – avec des horaires définis, les congés payés, le congé maternité et les journées « enfants malades ».

Y a-t-il des inconvénients au salariat ?

Dr Irekti : Naturellement, aucun système n’est parfait.

Par exemple, nous n’avons que 5 semaines de congé par an et il ne nous est pas possible de moduler le nombre de consultations par jour en fonction des besoins, même si avec la mise en place de la plateforme de rendez-vous Doctolib, cela devrait changer.

Aussi, je travaille dans une ville où il y a beaucoup de populations en situation de précarité et où les consultations sont souvent longues et complexes. Je ne suis pas payée plus si je finis plus tard ou si je surcharge mon planning. En gros, il n’est pas forcément possible de travailler plus pour gagner plus.

Enfin, les décisions sur le fonctionnement de la structure sont prises par la hiérarchie et l’avis des médecins n’est pas toujours demandé et pris en compte. Mais, nous sommes libres dans nos prescriptions !

Quels conseils donneriez-vous à des médecins qui voudraient se lancer dans le salariat ?

Dr Irekti : Je pense qu’il faut essayer pour se faire son idée. Le salariat offre un vrai confort, et il y a la possibilité d’exercice mixte en PMI, en réseau ou en centre de santé. Il faut savoir que toutes les structures ne fonctionnent pas de la même manière et que tout se négocie, horaires, salaires...

Seriez-vous tenté un jour de quitter le salariat ?

Dr Irekti : Je pourrais éventuellement être tenté un jour par l’exercice en libéral pour la liberté d’organisation.

Le salariat offre un vrai confort, et il y a la possibilité d’exercice mixte en PMI, en réseau ou en centre de santé.

Est-ce que le « médecin salarié » souffre d’une image un peu « dégradée » par rapport aux hospitaliers, par exemple ? Y a-t-il des préjugés sur cet exercice salarié parmi les médecins ? Que pouvez-vous répondre à ces éventuels préjugés ?

Dr Irekti : La médecine générale a malheureusement dans son ensemble une image dégradée par rapport à la médecine hospitalière héritée de l’enseignement hospitalo-centré prodigués par nos universités. Mais, aujourd’hui, je n’ai pas connaissance de préjugés vis-à-vis de la médecine salariée.

 

Une journée type du Dr Irekti

Je travaille 30 heures par semaine avec une amplitude horaire est de 8h30 à 19h30. La matinée est réservée aux consultations sur rendez-vous et l’après-midi aux « urgences du jour ». Les journées où je travaille le plus, mes horaires s’étalent de 9 h à 19 h, avec une pause déjeuner de 12 à 14 h. J’utilise ce temps pour scanner les courriers et les compte-rendus d’hospitalisation (CRH) dans les dossiers des patients, je passe des appels professionnels de santé (aux spécialistes, aux hôpitaux pour récupérer les CRH) et je remplis les dossiers dits MDPH (pour Maisons Départementales des Personnes Handicapées). En général, je déjeune rapidement (en moins d’une heure) mais nous prenons parfois, quand c’est possible, le temps de déjeuner entre collègues dans la salle de repos. Les rendez-vous sont donnés tous les quarts d’heure. Nous n’avons pas de « vraie » pause de prévue et la plupart du temps, les rendez-vous s’enchainent – sauf quand le patient n’honore pas son rendez-vous. Je travaille aussi le samedi matin et nous faisons des visites à domicile en début d’après-midi.

Enfin, le CMS organise une PDSA (Permanence des Soins Ambulatoires), à laquelle j’ai fait le choix de participer 1 à 2 fois par mois. Ce sont les médecins du CMS ainsi que des médecins libéraux qui assurent ces lignes de gardes.

 

 

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