Le paracétamol, peu efficace contre l’arthrose

Valérie Devillaine

Auteurs et déclarations

4 avril 2019

Sydney, Australie – Le paracétamol est aujourd’hui indiqué en première intention pour soulager les douleurs dues à une arthrose de la hanche ou du genou. Mais plusieurs résultats récents remettent en cause cette recommandation. Une nouvelle revue Cochrane vient s’y ajouter[1], en confirmant que la paracétamol n’améliore que très modestement la douleur et la fonction physique dans cette condition. Interrogé par Medscape édition française, le Pr Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP, Paris), n’est pas surpris de ces résultats.

Une méta-analyse de 10 essais

Les auteurs, Leopoldino AO. et coll. ont inclus tous les essais contrôlés randomisés comparant le paracétamol à un placebo chez des adultes souffrant d’arthrose de la hanche ou du genou jusqu’en octobre 2017. Ils ont examiné leurs résultats sur la douleur, la fonction physique, les effets indésirables, les abandons dus à ces effets indésirables, les événements indésirables graves et les anomalies des tests de la fonction hépatique. Dix essais incluant 3 541 patients âgés de 55 à 70 ans ont ainsi été référencés. Ils impliquaient des doses de paracétamol de 1,95g à 4 g par jour et des durées de suivi inférieures à trois mois pour la plupart. Afin de pouvoir combiner les données des différents essais, les chercheurs ont converti les scores de la douleur et de la fonction physique (indice fonctionnel pour l’arthrose des universités Western Ontario et McMaster ou WOMAC index) en une échelle commune de 0 (aucune douleur ou incapacité) à 100 (la pire douleur ou incapacité possible).

Un rapport bénéfice-risque insuffisant

Les données n’ont pas permis de mettre en évidence une amélioration clinique importante de la douleur ou de la fonction physique chez les patients.

Après 3 semaines à 3 mois de suivi, en matière de soulagement de la douleur, le paracétamol apportait une amélioration de 3 points sur une échelle de 100 points par rapport à un placebo : les personnes qui ont pris du paracétamol ont signalé que leur douleur s'était améliorée de 26 points, comparativement à 23 points chez celles ayant reçu le placebo.

 
Ces résultats sont en accord avec les recommandations françaises qui vont bientôt sortir. Pr Francis Berenbaum
 

En matière de fonction physique, le bénéfice serait le même : 3 points. Les personnes qui ont pris du paracétamol ont indiqué que leur fonction s'était améliorée de 15 points, contre 12 points pour celles ayant reçu le placebo.

Les analyses de sous‐groupes ont indiqué que les effets du paracétamol sur la douleur et la fonction physique ne différaient pas selon la dose du médicament (3,0 g/jour ou moins, versus 3,9 g/jour ou plus).

En termes d’effets secondaires, la revue Cochrane a mis en évidence des incidences similaires entre les groupes paracétamol (537/1 666 patients, soit 328 pour 1 000) et placebo (515/1 586 patients, soit 325 pour 1 000). Les données étaient moins probantes concernant les événements indésirables graves, selon les auteurs. Ils ont aussi relevé des anomalies de la fonction hépatique chez 70 participants sur 1 000 traités par le paracétamol et chez 18 participants sur 1 000 traités par placebo (RR 3,79, IC à 95 % 1,94 à 7,39), « mais l'importance clinique de cet effet était incertaine », précisent-ils.

Bientôt des nouvelles recommandations françaises

Pr Francis Berenbaum

Ces conclusions ne surprennent pas le Pr Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP, Paris) et responsable de l’équipe Inserm Métabolisme et maladies articulaires liées à l’âge : « Ces résultats sont en accord avec les recommandations françaises qui vont bientôt sortir. La Société française de rhumatologie a coordonné un travail similaire présenté en décembre dernier au Congrès français de rhumatologie. Nos résultats seront publiés d’ici la fin de l’année. »

Désormais, en l’absence de contre-indications comme un antécédent d’hémorragie digestive, d’ulcère clinique non hémorragique, ou de pathologie cardiovasculaire, les anti-inflammatoires non stéroïdiens seront donc indiqués en première intention. Mais « la discussion est théorique, commente encore le spécialiste, puisque les patients qui consultent ont souvent déjà utilisé le paracétamol en automédication ». La décision thérapeutique ne s’appuie donc pas seulement sur l’efficacité mais aussi sur la balance bénéfice-risque. Un antécédent d’hémorragie digestive est une contre-indication absolue aux anti-inflammatoires et ils ne devraient pas être prescrits non plus après un ulcère non hémorragique dans cette indication.

Parmi les anti-inflammatoires, « celui qui a montré le moins de risque cardiovasculaire est le naproxène et celui qui en a montré le plus est le diclofénac », détaille le Pr Berenbaum. Il recommande de prescrire la plus petite dose efficace et pour la durée la plus courte possible. Et, pour les patients au-delà de 65 ans, il invite aussi à associer un inhibiteur de la pompe à protons systématiquement.

L’Anses alerte sur les compléments alimentaires à visée articulaire

« En France, les compléments alimentaires contenant de la glucosamine et/ou de la chondroïtine sulfate, présentés comme pouvant contribuer au confort articulaire, connaissent un essor important », mentionne l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail (Anses)[2]. Au vu de plusieurs dizaines de signalements d’effets indésirables ces dernières années, l’Anses a mené une expertise sur ces produits. Elle a ainsi mis en évidence des populations à risque :

  • Les personnes diabétiques ou pré-diabétiques, asthmatiques ou traitées par anti-vitamine K.

  • Les personnes présentant une allergie alimentaire aux crustacés ou aux insectes, pour les compléments alimentaires à base de glucosamine.

  • Les personnes dont l’alimentation est contrôlée pour le sodium, le potassium ou le calcium, car ces compléments peuvent en être une source importante.

  • Les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants, en raison de l’insuffisance des données sur la sécurité de ces produits.

L’Agence recommande donc aux fabricants de mieux informer les consommateurs sur les risques liés à ces compléments pour les populations concernées.

Pour le Pr Berenbaum, « on a tendance à penser que ces molécules n’ont aucun effet secondaire et cela reste effectivement globalement des familles de molécules très bien tolérées, mais je préfère que les gens prennent ces molécules comme médicaments, dont on connaît la pureté et le dosage, que des compléments alimentaires qui sont un mix avec un peu de tout ». Il rappelle néanmoins que ces médicaments ont été déremboursés en 2015 ; et leur délivrance n’est plus soumise à prescription.

 

Liens d’intérêts

AOL: aucun conflit d’intérêt.

GCM, MBP, PHF, ROD, AJM, and MLF: ont conduit une revue systématique sur les bénéfices du paracétamol pour les patients atteintes d’ostéoarthrose et douleurs rachidiennes, publiée dans le BMJ.

ROD and AJM: ont été investigateurs de l’essai PACE (Placebo, Acetaminophen (paracetamol) or Celecoxib Efficacy Studies) sur le paracétamol dans le traitement des douleurs du bas du dos, financé conjointement par le National Health and Medical Research Council of Australia and GlaxoSmithKline Australia (fabricant de paracétamol).

AM: a reçu des crédits de recherches de GlaxoSmithKline pour une bourse doctorale.

DJH est consultant pour Flexion, Merck Serono et Nestlé.

Francis Berenbaum a déclaré les relations financières suivantes:

Exerce (a exercé) les fonctions d’administrateur, membre de la direction, associé, employé, conseiller, consultant ou fidéicommissaire pour: AbbVie; Flexion; Merck Serono; Pfizer Inc; Expanscience; Janssen; Novartis; sanofi-aventis; UCB; Servier

Exerce (a exercé) les fonctions de conférencier ou de membre d’un bureau de conférenciers pour: IBSA; Pfizer Inc

A reçu une bourse de recherche de : TRB Chemedica; Servier.

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