Grand Débat national : les médecins ont leur mot à dire

Philippe Anaton

22 mars 2019

France -- À l'initiative du Président de la République, le Gouvernement a engagé un Grand Débat National permettant à toutes et tous de débattre de questions essentielles pour les Français. Si la santé n'a pas fait l'objet en tant que tel d'un chapitre dévolu, elle affleure, en revanche, dans les discussions organisées en région. Directement concernés, des médecins, syndicats et associations professionnelles ont décidé de prendre le taureau, par les cornes et d'organiser leurs propres débats,

Le CNOM fait d’une pierre deux coups

Principale problématique évoquée : l'accès aux soins, et la liberté d'installation. Parmi les institutionnels – outre l'Académie nationale de médecine, qui a décidé d’apporter sa pierre à l’édifice, en organisant son propre débat – , le Conseil national de l'ordre des médecins (CNOM) a, lui, choisi de faire d'une pierre deux coups. Le Grand débat national étant concomitant du vote de la loi de santé, le CNOM propose donc aux médecins de de s’exprimer à la fois sur Ma santé 2022 et sur le Grand Débat national. Pour ce faire, il leur suffit de se rendre sur l'espace numérique réservé à cet effet sur le site du CNOM. Les thématiques débattues sont la formation, l'organisation de l'offre de soins, le numérique en santé, ainsi que la démocratie sanitaire.

Les syndicats redonnent la parole aux acteurs de terrain

Les médecins libéraux ne sont pas en reste. Au moins deux syndicats se sont saisis de cette question. La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) a appelé l'ensemble des syndicats départementaux et régionaux « à organiser des débats avec tous les médecins libéraux dans les territoires pour redonner la parole aux acteurs de terrain ». Elle a, à ce titre, mis en ligne un questionnaire (clos à ce jour) qui aborde les quatre thématiques du débat national, non sans faire allusion aux mesures de Ma santé 2022, comme la mise en place d'assistants médicaux. Une restitution des débats en région et des résultats du questionnaire sera organisée le 27 mars prochain.

Le Syndicat des Médecins Libéraux (SML) a, lui aussi, organisé son grand débat. En diffusant un autre questionnaire auprès de 1800 médecins libéraux comprenant 50% de spécialistes et de 50% de généralistes. Composé de 38 items, cette consultation, en ligne, qui a eu lieu entre les 31 janvier et 22 février dernier, a fait l'objet d'une synthèse le 8 mars dernier.

La peur d’une nouvelle « usine à gaz »

Le moins que l'on puisse dire est que les réformes envisagées par le gouvernement dans le cadre de Ma Santé 2022 ne rencontrent pas l'engouement des libéraux. En tous les cas pour les mesures qui les concernent. Exemple : les assistants médicaux. Les deux tiers des personnes interrogées pensent que cette réforme est inutile. Dans les mêmes proportions, les médecins libéraux ont une perception négative des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et n'ont pas envie de les rejoindre. Craignant d'être embarqués dans une nouvelle « usine à gaz » administrative, ils plaident avant tout pour un retour à une médecine 100% libérale.

Supprimer le secteur 2 et les dépassements d’honoraires ?

Du côté des jeunes généralistes, le syndicat REAGJIR a décidé de faire entendre sa voix. Sa contribution au grand débat s’organise autour de 5 grands axes : améliorer l'accès aux soins, renforcer la formation des médecins tout au long de la vie, sécuriser le début d'exercice des jeunes médecins, innover en santé, transformer notre système de santé. Pour chacun de ces thèmes, le syndicat propose des solutions détaillées et parfois assez « radicales ».

Pour faciliter l'accès aux soins, en luttant notamment contre les freins financiers à cet accès, REAGJIR propose, en effet, de supprimer les dépassements d’honoraires (solution n°20). « Le conventionnement médical en deux secteurs à tarification distincte est aujourd’hui le symbole d’une médecine à deux vitesses : celle, d’un côté, pour les patients aisés qui en échange de prestations “de qualité” peuvent se permettre de régler des dépassements d’honoraires conséquents et/ou une assurance complémentaire onéreuse qui en permet la couverture, et, de l’autre côté, pour les patients plus pauvres qui n’ont d’autre choix que de se soigner dans les hôpitaux publics, en acceptant des conditions de prise en charge qui sont souvent dégradées (délais de rendez-vous, multiplicité des acteurs, …). » écrit-il. Le syndicat enfonce le clou et juge «  indispensable de supprimer cette distinction tarifaire entre secteur 1 et secteur 2 en interdisant dans le même temps la possibilité de dépassement d’honoraires ».

Ces deux propositions n’ont pas manqué de faire réagir le syndicat Jeunes médecins qui, dans un communiqué (publié sur leur compte twitter), se moque « Mais qui sont les jeunes médecins de ReAGJIR ? » et considère que « cette vieille lubie » – à savoir mettre fin au secteur 2 –, « cela serait d’abord et avant tout revaloriser les actes en secteur 1 qui ne sont plus corrélés à l’inflation et au coût de la vie ».

À l'hôpital aussi

A l'hôpital, de nombreux syndicats se sont, eux aussi, exprimés. A commencer par l'association Samu-Urgences de France qui a organisé, dans 11 villes de France, un « grand débat sur les urgences », le 12 mars dernier, autour de quatre thématiques : fonctionnement des urgences, la définition d'une urgence médicale, solutions pour améliorer les urgences, avenir des services d'urgence. Objectif : donner la parole aux professionnels de santé mais aussi à ses concitoyens, et aux responsables politiques … afin de recueillir leurs avis sur les « urgences » et leurs idées sur les solutions à apporter aux difficultés actuelles.

De son côté, l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) a, elle aussi, organisé son débat, avec les usagers, le 23 février dernier à la mairie du 10e arrondissement parisien. Des idées, des propositions ont émergé, en particulier la création de maisons médicales, ou maisons de santé ouvertes tous les jours entre 8 heures et 22 heures.

Action praticien hôpital a pour sa part ouvert un site Internet pour recueillir les propositions des PH. IL reste ouvert tout le mois de mars. On peut y poster des contributions dans quatre thématiques : offre de soins hospitalière, professionnels de santé à l'hôpital public, protection sociale, disciplines les plus exposées.

Enfin, la Commission médicale d’établissement (CME) de l'AP-HP a,elle aussi, organisé une série de 6 débats, dont le plus important, avec plus de 200 professionnels de santé, s'est tenu à la Pitié-Salpêtrière le 20 février dernier. Parmi les propositions les plus partagées, la mise en place à l'hôpital d'une co-gouvernance avec les acteurs de soins, mais aussi l'arrêt de la suppression des postes à l'hôpital. Les hospitaliers ont aussi attiré l’attention sur la revalorisation des pratiques avancées. L'ensemble de ces contributions ont été reversées au Grand Débat national.
 

 

 

 

 

 

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