Du cabinet de groupe à la maison de santé : le Dr Vaillant partage son expérience

Idris Amrouche

Auteurs et déclarations

5 mars 2019

Seurre, France -- À 38 ans, le Dr Aurélien Vaillant, médecin généraliste, fait partie de cette génération prête à relever les défis de la médecine générale de demain.

Dr Aurélien Vaillant

Après avoir initialement opté pour le remplacement, le Dr Aurélien Vaillant, enthousiasmé par des confrères et des paramédicaux dynamiques, a décidé de se lancer dans la création d’une maison de santé pluri-professionnelle (MSP). Il nous explique les avantages et les inconvénients de ces structures qui ne vont cesser de se développer en France, et qui semblent de plus en plus intéresser les jeunes générations de médecins (Lire aussi Dans le plan « Ma santé 2022 », les médecins exercent groupés).

Pourquoi créer une MSP  ?

Dans la zone où je me suis installé en 2012, il n’y avait pas de maison médicale initialement. Mes deux collègues, médecins généralistes, étaient cependant plutôt ouverts à de nouveaux projets et il y avait une sorte d’émulation avec des paramédicaux dynamiques qui se trouvaient à proximité du cabinet. Nous avons eu la chance d’avoir un infirmier et des kinésithérapeutes qui souhaitaient développer des projets communs sur les problèmes de maintien à domicile ou la prise en charge des troubles musculosquelettiques, notamment.

Cependant, mon objectif n’était pas forcément de faire une MSP. Nous avons commencé par doubler la surface du cabinet en investissant nous-mêmes en 2017. Puis il a fallu développer des projets innovants de type IDE ASALEE (Action de santé libérale en équipe, voir encadré ci-dessous), télémédecine, solution informatique commune, accueil d’étudiant, recherche en médecine générale pour attirer de jeunes médecins. Par la suite, deux médecins sont venus renforcer l’équipe, et des paramédicaux se sont rajoutés ainsi que deux psychologues, une diététicienne et même une sage-femme en 2018. Il y a aujourd’hui 6 bureaux de consultation, une salle d’urgence, un secrétariat, une salle de télémédecine, une salle de repos et de réunion et une salle d’attente.

 
Il faut que ce soit un projet d’équipe au service des patients et pas juste un projet immobilier. Dr Aurélien Vaillant
 

MSP (Maison de Santé Pluri-professionnelle):

Une MSP regroupe plusieurs professionnelles de santé libéraux : médecins généralistes, infirmières, pharmaciens, masseurs-kinésithérapeutes, chirurgiens-dentistes, orthophonistes, etc. Elle doit compter au moins 2 médecins généralistes et 1 autre professionnel paramédical. Ils peuvent ou non exercer dans le local de la MSP ou pas.

IDE ASALEE :

Dispositif créé en 2004. Il est porté par une association du même nom, dont les infirmières sont salariées et repose sur des coopérations locales médecin-infirmière permettant de développer la prévention en faveur de patients souffrant de maladies chroniques ou présentant des facteurs de risque. La délégation des actes aux IDE est encadrée par quatre protocoles portant sur le diabète, le risque cardio-vasculaire, la broncho-pneumopathie chronique obstructive (dont le sevrage tabagique) et les troubles cognitifs.

Aujourd’hui, quel est le statut de votre structure ? Est-ce qu’un changement de statut offre des modifications notables sur le financement ?

Notre projet de MSP vient juste d’être validé par la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie), il s’est finalement construit dans la continuité de ce que l’on avait commencé à travers nos différents investissements. Nous sommes MSP depuis quelques semaines. Le financement est réalisé par la CPAM pour les projets portés par l’équipe.

Est-il compliqué de monter un dossier pour un projet de MSP ?

Ce n’est pas vraiment compliqué, mais cela prend du temps. Le dossier est monté à l’aide d’une coordinatrice et un accompagnement de l’ARS (Agence Régionale de Santé) et de la CPAM.

 
Ce matériel n’aurait jamais pu être financé si nous n’étions pas en groupe. Dr Aurélien Vaillant
 

Quels conseils donneriez-vous à des médecins qui voudraient se lancer dans l’aventure ?

Il faut que ce soit un projet d’équipe au service des patients et pas juste un projet immobilier.

Au niveau du dossier médical, du secrétariat et des locaux, comment êtes-vous organisés  ? Logiciel commun  ? Dépenses partagées  ?

Toutes les dépenses sont bien partagées, nous utilisons un logiciel médical en ligne WEDA, un télésecrétariat, une secrétaire, une femme de ménage, une salle d’urgence, et bien sûr du matériel plus coûteux de diagnostic. Un des grands avantages d’être en groupe, c’est de faire des économies tout en ayant du matériel performant. Naturellement, les relations entre collaborateurs ne se limitent pas à une mutualisation des frais, cela impose une communication et une grande confiance, ce qui permet de renforcer les liens pour développer ensuite de nouveaux projets. Nous avons bien entendu un comptable vu la complexité de la déclaration fiscale.

Quel type d’investissement avez-vous pu faire ?

Nous bénéficions d’un électrocardiogramme, mais aussi d’un doppler, du matériel de petite chirurgie, de dermatologie et même d’une polygraphie. Pour ce qui est du Holter ECG, l’appareil de MAPA (Mesure ambulatoire de la pression artérielle) et le dermatoscope, ils ont été financés par l’ARS. À noter qu’il n’y a pas besoin d’avoir le statut de MSP pour développer son activité et avoir des aides, il suffit d’un projet cohérent et d’une activité suffisante. Mais ce matériel n’aurait jamais pu être financé si nous n’étions pas en groupe.

Quel est le principal avantage de cette pratique en groupe  ?

Le principal intérêt, qui ne semble pas évident de prime abord est de trouver plus facilement des remplaçants fixes. Ce qui peut être un vrai casse-tête pour un médecin généraliste seul en cabinet. Chacun des médecins de la MSP prenant régulièrement des demi-journées ou un jour de repos dans la semaine, nous avons au moins un remplaçant qui est présent tous les jours de la semaine. Plus aucun souci donc pour prendre nos vacances. D’autant plus que des étudiants sont souvent présents, ce qui nous permet aussi de nous tenir à jour des dernières recommandations. En effet, malgré nos formations régulières, il est difficile d’être toujours au courant de tout, les étudiants nous permettent d’échanger sur les nouvelles recommandations, par exemple. Nous avons réussi à lancer une vraie dynamique avec ces internes qui sont souvent en pleine rédaction de leur thèse. Nous les accompagnons souvent sur des projets recherche, utiles pour nous pour développer ou améliorer un projet de la MSP.

 
Plus l’équipe est importante plus le risque de différent entre les personnes est possible. Dr Aurélien Vaillant
 

Pourquoi les remplaçants préfèrent-ils l'exercice groupé ?

Les remplaçants sont bien souvent de jeunes médecins. Ce qui rassure les jeunes thésés qui font des remplacements ou même un jeune nouvellement installé, c’est de pouvoir échanger rapidement avec un collègue plus expérimenté en cas de difficulté sur la prise en charge d’un patient. De plus, chacun a petit à petit acquis une expertise dans un domaine spécialisé et il devient ainsi un référent, ce qui est très utile pour aider les collègues dans le besoin.

La MSP est-elle pour vous un moyen de répondre aux problèmes d’ accès au soin  ?

Oui, mais cela n’est pas possible sur tout le territoire ou le nombre de patients n’est pas suffisant pour de telles structures. Il reste cependant la possibilité d’antenne délocalisée de la MSP, c’est-à-dire un cabinet de consultation dans zone déficitaire rattacher à la MSP et les médecins généralistes de la MSP se relaient entre eux pour aller dans ce cabinet.

Il semble y avoir beaucoup d’avantages à la MSP, mais y a-t-il des inconvé nients  ?

Plus l’équipe est importante plus le risque de différent entre les personnes est possible. Il est important d’avoir une bonne coordination et de prendre le temps pour chaque projet, il faut respecter le rythme de chacun.

Quel serait selon vous le principal risque du travail en groupe ?

Si on bouscule trop les habitudes de travail de chacun avec des médecins déjà noyés par le volume de consultation, on s’expose au risque que certains collaborateurs n’adhèrent plus au projet. Sur le plan pratique, pas trop de réunions et des projets concrets et réalisables sont la clé. L’entente avec ses collaborateurs est donc essentielle.

 
Nous constatons aujourd’hui que les plus jeunes préfèrent effectivement l’exercice à plusieurs. Dr Aurélien Vaillant
 

Pour les jeunes médecins, de plus en plus enclins à choisir ce mode d’exercice, comment bien choisir entre les différentes formes d'exercices groupés  ?

Les jeunes ne veulent pas que des MSP qui peuvent avoir quelques contraintes administratives comme les consultations le samedi matin, des plages de consultation en journée de 8 h à 20 h, des réunions, la gestion financière de la SISA (société interprofessionnelle de soins ambulatoires). Mais, nous constatons aujourd’hui que les plus jeunes préfèrent effectivement l’exercice à plusieurs ou au sein d’une équipe. D’où l’intérêt du cabinet de groupe qui n’est pas une MSP ou des nouvelles ESP (équipe de soin primaire) et CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé) qui n’obligent pas à partager des locaux (voir encadrés ci-dessous).

Une fois le mode d’exercice trouvé via les stages ou les remplacements, c’est plus le lieu de vie compatible avec celui de son ou sa conjointe qui va déterminer le lieu d’installation, selon moi.

Différents modes d'exercice groupé

Cabinet de groupe :
On parle de cabinet de groupe dès lors que plusieurs praticiens exercent en commun, quel qu’en soit le statut juridique, cependant chaque praticien garde son indépendance professionnelle.

ESP (équipe de soin primaire) :
L’ESP est constituée de tout professionnel de santé dont au moins un médecin généraliste et un professionnel paramédical, regroupés ou non sur un même site, et qui souhaitent se mobiliser autour d’une thématique commune (prise en charge patient atteints de maladies chroniques, soins palliatifs à domicile...). L’ESP peut constituer une première étape à la constitution d’une MSP.

CPST (communauté professionnelle territoriale de santé):
Concrètement, elles associent des professionnels de santé de toutes spécialités, exerçant en structure d’exercice coordonné (maisons et centres de santé), en cabinet de groupe ou individuel voire en en EHPAD. Leur déploiement doit permettre l’exercice coordonné, quelle que soit sa forme. Contrairement aux maisons de santé, les CPTS n’impliquent pas de regroupement géographique des professionnels dans un même lieu d’exercice. L’objectif est plutôt d’organiser leur activité au quotidien autour d’objectifs partagés.

SISA (société interprofessionnelle de soins ambulatoires):
Cadre juridique pour l’exercice regroupé des professionnels de santé libéraux en maison de santé pluridisciplinaire (MSP). Sur le plan juridique, la SISA doit compter parmi ses associés au moins deux médecins et un auxiliaire médical. À noter que les MSP ne peuvent pas se constituer en société d’exercice libéral (SEL) ou en société civile professionnelle (SCP).

Le début de l'aventure

Le Dr Aurélien Vaillant, médecin généraliste, est originaire de l’Yonne près de Sens. Il a fait ses études à la fac de médecine de Dijon. À la fin de son internat de médecine générale, qu'il a choisi de faire dans la même ville, il a fait le choix de ne pas s’installer tout de suite et de faire des remplacements pendant 2 ans. C’est au cours de l’un de ces remplacements qu'il a rencontré les Drs Coint et Trapet, dans la ville de Seurre. Il a alors pris la décision de s’installer avec eux au vu du potentiel de développement du projet qu’ils portaient, et bien sûr du territoire, proche de son lieu d’habitation du moment.

 

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