Greffes de cellules progénitrices du pancréas : le premier essai européen a débuté

Aude Lecrubier

25 février 2019

Bruxelles, Belgique — Les diabétiques de type 1 pourront-ils un jour se passer d’injections d’insuline ? Après des années de tâtonnements pour réussir à transformer des cellules souches en cellules beta matures, les premières greffes de cellules productrices d’insuline fabriquées en laboratoire ont débuté.

Pour la première fois en Europe, des cellules progénitrices du pancréas encapsulées (PEC-Direct, ViaCyte, Inc) ont été greffées à des patients diabétiques de type 1 dans le cadre d’un essai clinique, à l’hôpital universitaire de la Vrije Universiteit Brussel, ont annoncé le Center for Beta Cell Therapy in Diabetes et la société ViaCyte Inc [1]. A ce jour, trois patients ont été greffés mais d’autres implantations sont prévues cette année. Ce premier essai européen vient compléter l’évaluation clinique en cours aux Etats-Unis depuis début 2018.

« La société ViaCyte a produit des cellules bêta à partir de cellules souches embryonnaires. Ces cellules sont mises dans de « petites poches » qui sont ensuite implantées sous la peau des patients en vue de corriger leur glycémie en direct », explique Latif Rachdi (chercheur INSERM U1016/Institut COCHIN, Paris) à Medscape édition française.

« Placer les cellules dans une telle “poche” favorise la formation de cellules pancréatiques par rapport aux greffes implantées sans aucun support », précise Thomas Robert, chercheur à l'Université Vrije Universiteit Brussel (Belgique), qui participe à l'essai.

Déroulement de l’essai

Au cours de la première phase de l’essai clinique, les implants PEC-Direct (également appelés VC-02) vont être étudiés afin de déterminer leur capacité à former des cellules beta et il sera également vérifié que les implants sont tolérés par le système immunitaire des patients. Les patients reçoivent d’ailleurs des immunosuppresseurs pour éviter les rejets.

Dans un second temps, sera évaluée leur capacité à produire des taux systémiques d’insuline permettant de contrôler la glycémie.

A quand des résultats ? « Les implants sont retirés à intervalles réguliers afin de les étudier. Il est difficile de donner une date précise pour l’obtention de résultats car le projet évolue continuellement pour investiguer de nouveaux paramètres. Nous espérons bien entendu publier nos résultats dès que possible, en accord avec nos partenaires internationaux », précise Thomas Robert à Medscape édition française.

Une alternative séduisante à la greffe de pancréas

A ce jour, le seul traitement permettant de rétablir une production d’insuline endogène chez les patients DT1 est la greffe de pancréas issus de donneurs décédés. Mais le petit nombre de greffons et la longue liste d’attente pour espérer en bénéficier font que la procédure est réservée à quelques patients à risque de complications mortelles (96 greffes en 2017 en France). En outre, la procédure n’est pas sans risque et nécessite l’administration d’immunosuppresseurs anti-rejet. Depuis quelques années, des greffes de cellules beta, préparées à partir de pancréas, sont testées dans des essais cliniques mais toujours avec la limite qu’elles sont issues de pancréas de donneurs décédés.

De plus en plus proche des cellules bêta « naturelles »

Alors que ce premier essai clinique débute en Europe, l’enjeu reste de fabriquer et d’utiliser les cellules bêta les plus fonctionnelles possible. En ce sens, les chercheurs américains Matthias Hebrok et coll. (Diabetes Center, University of California San Fransisco, Etats-Unis) sont porteurs d’une bonne nouvelle. L’équipe a annoncé de nouveaux progrès dans la fabrication des cellules progénitrices du pancréas. Toujours à partir de cellules souches embryonnaires les chercheurs ont fabriqué des cellules productrices d’insuline, plus performantes[2].

« Les cellules que nous, comme d’autres, fabriquions restaient bloquées à un stade immature et n’étaient pas capables de répondre de façon adéquate à la glycémie et de sécréter l’insuline correctement », expliquent les chercheurs dans un communiqué[3].

Dans un article paru dans le numéro de Nature Cell Biology de février[2], les chercheurs montrent qu’ils ont réussi à dépasser ce blocage en s’inspirant de la création des ilots de Langerhans. En séparant les cellules souches partiellement différenciées puis en les reformant en ilots, ce qui se produit naturellement au cours du développement, le fonctionnement des cellules bêta a fait un bon en avant, ressemblant plus à celui des cellules matures sur le plan de la réponse à la glycémie.

« Un principe clé en biologie est que la forme suit la fonction, nous avons donc pensé que la formation des ilots de Langerhans pourrait être une étape importante pour la bonne maturation des cellules bêta », explique Gopika Nair, le post-doctorant qui a mené l’étude.

 « Ces cellules sont encore plus différenciées en culture et donc plus efficaces dans leur rôle premier : produire et secréter de l’insuline en réponse au taux de glucose sanguin », souligne Latif Rachdi qui ajoute que de nombreux travaux sont en cours qui semblent tous indiqués que l’on sait désormais fabriquer des cellules bêta matures, « des cellules de qualité qui ne dérivent plus en tumeur après greffe. »

Traitement fonctionnel du DT1 : plusieurs pistes prometteuses

La quête d’un traitement fonctionnel du DT1 à grande échelle est un vaste champ de recherche.

Outre, la transformation des cellules souches en cellules bêta matures qui peut encore être perfectionnée (des études sont en cours pour générer des implants qui ne nécessiteraient pas de traitement immunosuppresseur), des études en laboratoire ont montré qu’il était possible de transformer des cellules alpha en cellules bêta, ce qui nécessite, en général, des modifications génétiques. Aussi, il reste à prouver que cette stratégie fonctionne avec des cellules humaines et puisse être appliquée à large échelle. En termes de thérapie de remplacement des cellules bêta, il existe aussi la piste de la xénotransplantation (cellules prélevées à partir de pancréas de porc humanisé), qui a également franchi le cap des essais cliniques. Malgré des résultats préliminaires intéressants, cette stratégie reste limitée par la réaction immunitaire très forte contre les cellules porcines (bien plus forte que contre des cellules humaines). Des adaptations supplémentaires (humanisation) seront donc nécessaires pour que cette stratégie puisse être appliquée à large échelle. Enfin, une autre piste est le développement de pompes à insuline plus performantes qui pourraient imiter de plus près le fonctionnement du pancréas. Cependant, il n’est pas garanti que ces pompes artificielles puissent un jour parfaitement reproduire le fonctionnement très complexe et très précis des cellules bêta et alpha. Des études cliniques sont en cours en France et dans le monde dont le projet français Diabeloop.

 

 

 

 

 

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