POINT DE VUE

Désinformation médicale : responsabiliser les réseaux sociaux

Pr Ph Gabriel Steg

Auteurs et déclarations

25 février 2019

Le blog du Pr Gabriel Steg – Cardiologue

TRANSCRIPTION

Gabriel Steg — Bonjour. Aujourd’hui, je voudrais vous parler de désinformation médicale et spécifiquement d’un éditorial assez virulent qu’ont fait paraître une vingtaine d’éditeurs de journaux de cardiologie dans JAHA, le journal de la American Heart Association qui, comme vous le savez, est un journal en ligne, donc en accès libre. Et vous pouvez trouver cet éditorial, qui s’appelle Medical Misinformation : Vet the Message ![1], en ligne gratuitement. L’éditorial assez court, en deux pages, pose la question de la désinformation médicale et de comment y mettre fin. Les auteurs, menés par Joseph Hill, éditeur en chef de Circulation soulignent la gravité de la désinformation médicale.

Les conséquences de la désinformation

Nous, cardiologues, y sommes fréquemment confrontés avec l’exemple des statines en prévention secondaire, dont les bénéfices sont clairement établis dans cette population à haut risque, mais qui, pourtant, souvent, vont refuser un traitement par crainte des effets secondaires tels que les douleurs musculaires, les crampes ou la survenue d’un risque de diabète liés aux statines. Ces effets secondaires sont réels, mais ils sont en proportion mineure par rapport au bénéfice tout à fait avéré et démontré dans de multiples essais randomisés des statines en prévention secondaire.

Le résultat net de la désinformation médicale que l’on trouve sur les réseaux sociaux, en particulier, sur Internet, parfois propagés dans les médias plus conventionnels, c’est qu’un grand nombre de personnes sont convaincues que les statines sont inutiles, inefficaces, dangereuses, promues par le corps médical et les scientifiques exclusivement par goût du lucre, dans le cadre d’un complot, ou par intérêt personnel de scientifiques et de médecins qui ont été achetés, personnellement, ou en tant que corporation, par l’industrie pharmaceutique.

L’exemple du ROR

Le deuxième exemple que cite Joseph Hill et ses coauteurs, est celui du vaccin ROR, en anglais le vaccin MMR. Vous savez qu’il avait été accusé à tort par un médecin depuis défroqué et chassé de l’ordre des médecins britanniques, le docteur Andrew Wakefield, d’être en lien avec le risque d’autisme. Cette étude célèbre sur les liens entre autisme et vaccin ROR a, depuis, été convaincue de fraude. Il a été prouvé que cette étude était frauduleuse et non seulement il a été prouvé que cette étude était frauduleuse, mais pas moins de 17 articles ultérieurs, 17 études différentes ont testé s’il y avait un lien entre la vaccination et l’autisme et ont, de façon convaincante, établi qu’il n’y a pas de lien.

Le docteur Wakefield a, d’ailleurs, été chassé de l’ordre des médecins britanniques et est parti s’installer aux États-Unis où il a trouvé une oreille complaisante auprès de célébrités pour reprendre une campagne anti-vaccin qui trouve, d’ailleurs, en France et en Europe, comme vous le savez, des relais complaisants.

Fausse équivalence

Joseph Hill et ses coauteurs s’insurgent contre un des maux dont ils estiment qu’il contribue à la propagation de la désinformation médicale, qui est la fausse équivalence qu’on retrouve dans les médias conventionnels, mais aussi dans les réseaux sociaux, entre la communauté médicale et scientifique, d’une part, qui est toujours, en général, assez prudente dans ses affirmations et des porte-paroles, parfois totalement incompétents, lorsqu’il peut s’agir de célébrités, parfois, eux-mêmes mus par l’appât du gain, lorsqu’ils cherchent à vendre un livre ou des thérapeutiques alternatives – il peut s’agir de véritables charlatans, parfois sincèrement convaincus, mais, à l’évidence, mal informés.

On peut à nouveau, en prenant les deux exemples que j’ai évoqués, trouver sur les réseaux sociaux et dans les médias de nombreux cas, de nombreux exemples de ces situations. Et, donc, cette fausse équivalence tend à donner parole et une crédibilité équivalente et souvent un temps d’antenne ou un espace de plume équivalents entre l’expert compétent et puis le soi-disant lanceur d’alerte, parfois la célébrité, ou le véritable charlatan, voire l’escroc qui promeut les nouvelles inverses, parfois avec, comme vous le savez, un grand succès.

Cette pseudo-équivalence est problématique.

Responsabiliser

Dans les médias traditionnels, les propriétaires de journaux, les sociétés d’édition, les propriétaires de chaînes de télévision, les chaînes de télévision elles-mêmes estiment avoir une responsabilité éditoriale et, en général, sont accessibles à des rappels à l’ordre en termes de nécessité d’évaluation rigoureuse des messages qui sont diffusés. Pour ce qui est des réseaux sociaux, par contre, et de façon assez étonnante, la société et tout le monde semble considérer comme normal que les réseaux sociaux soient « irresponsables », qu’ils n’aient pas de responsabilité pour l’évaluation, la validation des messages qu’ils vont contribuer à diffuser avec une très grande efficacité et un très grand succès.

Or, ces sociétés de réseaux sociaux – je n’ai pas besoin de les mentionner, tout le monde les connaît – sont des sociétés extraordinairement puissantes, extraordinairement riches et qui ont largement les moyens d’assurer plus qu’une modération, mais une évaluation des messages. Il n’est plus possible aujourd’hui, compte tenu des conséquences en termes de santé publique de cette désinformation médicale de considérer qu’elles sont totalement non concernées, innocentes dans l’affaire et que, finalement, c’est au public de faire le tri.

On sait bien que la diffusion de fausses nouvelles se propage plus vite que la diffusion de nouvelles réelles, parce que, et bien, elles suscitent le scandale, la colère, la révolte. D’autant plus qu’elles sont surprenantes, inattendues et allant dans le sens inverse de celui attendu. Et, donc, il me semble que là, les éditeurs mettent le doigt à un endroit qui fait mal et où il serait, effectivement, justifié que la société demande des propriétaires de réseaux sociaux et des réseaux sociaux qu’ils assurent une certaine police éditoriale des contenus qu’ils contribuent à diffuser. C’est le cas pour lutter contre la haine, les contenus de haine, ça devrait être le cas pour ce qui est des contenus scientifiques et médicaux.

Je vous laisse méditer là-dessus. À bientôt.

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