Larotrectinib : 1ère ATU pour une thérapie ciblée proposée quelle que soit la localisation du cancer

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

25 février 2019

Saint-Denis, France — Les patients dont les tumeurs sont porteuses d’un défaut génétique rare appelé « fusion NTRK » et qui sont en échec thérapeutique pourront bientôt bénéficier d’une nouvelle thérapie ciblée, le larotrectinib (Vitrakvi®, Bayer/Loxo Oncology). Le traitement sera disponible dans le cadre d’une d’Autorisation temporaire d’utilisation de cohorte (ATUc), a annoncé l’ANSM le 13 février[1].

La particularité du larotrectinib est d’inhiber la prolifération des cellules cancéreuses liée à cette anomalie génétique rare et ce, quel que soit l’organe ou le tissu, sièges de la tumeur.

Il sera donc indiqué indépendamment de l’organe touché comme « traitement des patients adultes et pédiatriques atteints de tumeurs solides localement avancées ou métastatiques présentant une fusion NTRK (Neurotrophic Tyrosine Receptor Kinase) réfractaires aux traitements standards ou en l’absence d’alternative thérapeutique appropriée », précise l’ANSM.

La fusion NTRK, c'est-à-dire la fusion d'un gène NTRK avec un ou d'autres gènes, est à l'origine d'une augmentation de la prolifération cellulaire anormale. Les fusions NTRK ont été observées dans plus de vingt types de cancers différents mais concernent moins de 1 % des cancers. Le larotrectinib agit en bloquant sélectivement les protéines TRK.

 

Accès rapide à une thérapeutique innovante

« La délivrance de cette ATUc permet, dans l’attente de l’AMM, d’accélérer l’accès aux patients à cette thérapeutique innovante », souligne l’ANSM.

A ce jour, le Larotrectinib a obtenu une autorisation de mise sur le marché aux Etats-Unis en novembre 2018. Et, en Europe, une demande d’AMM en procédure européenne centralisée est en cours d’instruction depuis septembre 2018, dans le cadre de la procédure d’évaluation accélérée.

La délivrance de cette ATUc permet, dans l’attente de l’AMM, d’accélérer l’accès aux patients à cette thérapeutique innovante ANSM

17 types de tumeur, 80 % de réponse

La décision de l’ANSM s’appuie sur les résultats d’une étude parue dans le New England Journal of Medicine il y a près d’un an[2] (lire Nouvelle thérapie ciblée : une cible tumorale rare mais un taux de réponse impressionnant). En tout, 55 patients (43 adultes et 12 enfants) atteints d'une tumeur solide métastatique ou non-résécable porteuse d'une fusion NTRK ont été participé à l’évaluation de la thérapie. En général, les participants avaient déjà reçu un traitement classique (si disponible). Différents cancers étaient représentés : glandes salivaires (12), sarcomes des tissus mous (11), fibro-sarcome infantile (7), thyroïde (5), colon (4), mélanome (4), GIST (3) ...

Dans l’essai, un taux de réponse de 80 % a été observé. Et ce, pour les 17 types de tumeur pour lesquels la molécule a été testée.  Une réponse complète a été observée pour 7 patients (13 %), une réponse partielle pour 34 patients (64 %) et une stabilisation de la maladie pour 7 patients (13 %). Un an après le début du traitement, 71 % des patients présentaient toujours une réponse, et pour 55 % d'entre eux la tumeur n'avait pas progressé.

En termes de tolérance, 93 % des effets secondaires n'étaient pas considérés comme sévères (anémie, prise de poids, et baisse des neutrophiles), avec aucun arrêt de traitement.

Sans surprise, des résistances ont fini par être observée chez dix patients traités avec la thérapie ciblée.

« Solution miracle » dans le fibrosarcome infantile

Chez deux enfants atteints de fibrosarcomes localement avancés, le larotrectinib a permis de réduire suffisamment la tumeur et de la retirer en évitant l’amputation. Les marges étaient négatives et après un suivi de 4,8 mois et de 6 mois, les patients n’avaient pas de récurrence.

 « Après avoir traité notre patient atteint de fibro-sarcome infantile avec le larotrectinib, la taille de la tumeur a été réduite de sorte qu'il a été possible de faire de la chirurgie tout en préservant la jambe du patient » a expliqué Dr Leo Mascarenhas (Children's Center for Cancer and Blood Diseases, Los Angeles), impliqué dans le design du protocole pédiatrique. La chirurgie du fibro-sarcome infantile reste aujourd'hui le plus souvent mutilante :  un membre peut être amputé ou le patient risque d'être sévèrement défiguré. « C'est vraiment une solution miracle pour nos patients atteints d'un cancer avec fusion NTRK ». MC

 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....