Suicide et automutilation, des résultats rassurants avec l'aripiprazole

Marine Cygler

19 février 2019

Toulouse, France – Des cas d'aggravation psychiatriques ont alerté sur les risques de l'aripiprazole chez des patients déjà traités avec d'autres antipsychotiques. De fait, l'utilisation de ce médicament antipsychotique est devenue controversée au sein de la communauté médicale. Mais une étude dont les résultats sont publiés en ligne dans le JAMA Psychiatry vient de conclure que l'initiation d'un traitement avec de l'aripiprazole chez ces patients n'expose plus à une hospitalisation en psychiatrie, ni à un sur-risque de suicide ou d'automutilation [1]. Ces résultats, qui ne sont pas transposables à une exposition à long terme à la molécule, nécessitent d'être confirmés par d'autres grandes études observationnelles, préviennent les auteurs.

Utilisé dans le traitement de la schizophrénie et dans les épisodes maniaques des troubles bipolaires, l'aripiprazole (Abilify® et ses génériques) est un neuroleptique moderne aux propriétés antipsychotiques. Il a l'avantage par rapport aux neuroleptiques plus anciens de présenter moins d'effets indésirables, notamment métaboliques. Mais les doutes concernant une aggravation psychiatrique des patients, documentée au cours des dernières années, nécessitent des investigations.

Une cohorte de plus de 3000 patients

Dans cette étude, les investigateurs, menés par le Dr François Montastruc (pharmacologue, CHU de Toulouse), ont eu recours à la United Kingdom Clinical Practice Research Datalink (CPRD), à partir de laquelle ils ont identifié les patients, âgés de 13 ans et plus, qui avaient commencé un traitement oral avec un médicament antipsychotique entre le 1er janvier 2005 et le 31 mars 2015.

Leur cohorte finale était composée de 1643 patients qui avaient reçu l'aripiprazole en plus de leur traitement ou bien qui avaient changé pour l'aripiprazole. Ils ont comparé les événements psychiatriques graves survenus chez ces patients à ceux concernant les 1643 patients contrôles appariés, pour lesquels un autre antipsychotique avait été ajouté au traitement initial, ou avait remplacé celui-ci. Les membres de la cohorte étaient en majorité des femmes.

Les patients ont été suivis jusqu'à ce qu'un échec psychiatrique du traitement survienne, ou jusqu'à ce que l'inclusion dans la cohorte remonte à une année, jusqu'à la mort (autre que le suicide) du patient, ou jusqu'à la fin de la période d'étude.

Les investigateurs ont utilisé des modèles à risques proportionnels de Cox pour estimer les « hazard ratio » (HR) et les intervalles de confiance des hospitalisations en psychiatrie, des automutilations et des suicides associés à un remplacement par de l'aripiprazole ou une adjonction d'aripiprazole aux traitements du patient, en comparaison avec d'autres médicaments antipsychotiques.

Les résultats en détail

Le critère d'évaluation principal était l'échec thérapeutique, c'est-à-dire une hospitalisation en psychiatrie pour aggravation de l'état du patient, un comportement d'automutilation ou un suicide

Sur les 2692 années-personnes de suivi, 391 échecs thérapeutiques (hospitalisation, automutilation ou suicide) sont survenus, ce qui correspond à un taux d'incidence brut de 14,52 (IC95% [13,16 – 16,04]) pour 100 année-personne.

De façon globale, l'initiation d'un traitement avec l'aripiprazole n'a pas été associée à un taux d'échec plus important, en comparaison avec l'initiation d'un traitement reposant sur un autre antipsychotique (hazard ratio [HR], 0,87; IC95% [0,71– 1,06]).

Les investigateurs ont pris soin de procéder à des évaluations différentes selon le type d'incidents et les résultats ont été similaires : aucune association entre l'initiation du traitement à l'aripiprazole et l'hospitalisation en psychiatrie (HR, 0,85; IC95% [0,69 – 1,06]) ou l'automutilation/le suicide 0,96; IC 95% [0,68 – 1,36]) n'est apparue.

En se concentrant spécifiquement sur le sous-groupe de patients atteints de schizophrénie, ils n'ont pas non plus mis en évidence une telle association.

Malgré ces résultats plutôt rassurants, les auteurs conseillent une surveillance médicale étroite des patients à l'initiation du traitement avec l'aripiprazole afin de détecter d'éventuelles aggravations psychiatriques. Par ailleurs, les patients atteints de pathologies telles que la maladie d'Alzheimer ou la maladie de Parkinson ou présentant une schizophrénie avancée n'ont pas été retenus dans la cohorte.
 

 

 

 

 

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