Une forte réduction de l’hypertension artérielle diminuerait les troubles neurocognitifs mineurs

Valérie Devillaine

18 février 2019

Winston-Salem, Etats-Unis -- Les résultats de l’étude SPRINT-MIND pour Systolic Blood Pressure Intervention Trial (SPRINT) Memory and Cognition in Decreased Hypertension (MIND) étaient très attendus. « Il y a peu d’études randomisées sur le sujet et à cette échelle », commente le Pr Olivier Hanon, gériatre à l’hôpital Broca (AP-HP, Paris). Publiés dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) du 28 janvier 2019, ils confirment que lutter contre l’hypertension artérielle permet non seulement de réduire le risque de maladies cardio-vasculaires, mais aussi le risque de troubles neurocognitifs légers, et peut-être celui de démence.

Bénéfice cardiovasculaire supérieur observé dans le groupe « intensif »

Cet essai clinique a inclus plus de 9 000 participants adultes, âgés de 50 ans et plus et souffrant d’hypertension, mais sans diabète ni antécédent d’AVC, dans 102 sites aux États-Unis et à Porto-Rico. La moyenne d’âge des participants était de 67,9 ans et le panel comptait 35,6 % de femmes. Les patients ont été randomisés, soit vers une prise en charge avec un objectif de tension artérielle inférieur à 120 mmHg (n = 4 678), soit inférieur à 140 mmHg (n = 4 683). Ils ont été traités ainsi pendant une durée moyenne de 3,34 ans. Au terme de ce délai, l’essai a été interrompu pour le bénéfice cardiovasculaire supérieur observé dans le groupe « intensif ». Les patients ont toutefois été suivis pendant une durée médiane de 5,11 ans. Durant cette période totale, 149 patients ont déclaré une démence dans le groupe au traitement intensif contre 176 dans le groupe standard (7,2 vs 8,6 cas pour 1 000 personnes-années ; HR = 0.83 ; IC 95% de 0,67 à 1,04). Le risque d’apparition de démence n’est donc pas significativement différent dans les deux groupes, alors que le risque de trouble cognitif mineur a lui été diminué significativement : 287 participants ont présenté un tel déficit dans le groupe « intensif » contre 353 participants dans le groupe standard (14,6 vs 18,3 cas pour 1 000 personnes-années ; HR = 0,81 ; IC 95% = 0,69-0,95). La réduction des deux risques combinés est également significative : 20,2 vs 24,1 cas pour 1 000 personnes-années ; HR= 0,85 ; IC 95% = 0,74-0,97).

L’HTA multiplie par 2 ou 3 le risque de troubles neurocognitifs majeurs à 10/20 ans

Les auteurs attribuent ces résultats mitigés notamment à l’interruption précoce de d’étude, ce que confirme le Pr Hanon : « la littérature scientifique montre que l’hypertension artérielle multiplie par deux ou trois le risque de troubles neurocognitifs majeurs à 10 - 20 ans. Il est par conséquent difficile de mener des essais thérapeutiques sur de telles durées. On voit bien dans l’étude SPRINT-MIND que les courbes commencent à s’écarter sur la fin de la période de suivi, un suivi plus long aurait probablement démontré un bénéfice significatif aussi sur les démences ». Les chercheurs se félicitent néanmoins que cette première étude mette en évidence les bénéfices d’une réduction importante de la pression artérielle systolique sur le risque de déficit cognitif léger, facteur de risque connu de démence. Ils invitent toutefois aussi à observer ces résultats avec prudence, la progression d’un trouble mineur vers la démence n’étant pas systématique.

Attention aux hypotensions orthostatiques, syncopes…

Dans son éditorial du JAMA, le Dr Kristine Yaffe rappelle que la prévalence de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées devrait tripler au cours de 30 prochaines années et que la recherche de médicaments contre ces affections patine. L’identification de signes précliniques ou cliniques précoces et de traitements préventifs en est rendue plus critique. En termes cliniques, le Dr Yaffe s’inquiète de la présence, dans le groupe « intensif », d’un plus grand nombre d’hypotensions orthostatiques, de syncopes, d’anomalies électrolytiques et d’insuffisances rénales aigues. « En France, seulement 50 % des hypertendus sont bien contrôlés. Il faut déjà améliorer ce nombre en ramenant les chiffres entre 130 et 140 mmHg, Il faut noter aussi que les mesures d’HTA de l’étude américaine ont été réalisées chez des patients seuls dans une salle sans médecin ou infirmière, alors que les mesures cliniques de consultations sont réalisées en France par un professionnel de santé : leurs 120 mmHg correspondent donc environ à 130 mmHg chez nous », commente le Pr Hanon.

En France, seulement 50 % des hypertendus sont bien contrôlés Pr Olivier Hanon

 

Une pression artérielle élevée associée à un plus faible volume de matière grise chez les jeunes adultes

Hypertension et neurodégénérescence toujours, une autre étude a compilé les données de quatre études non publiées mesurant, d’une part, le volume de la matière grise dans différentes régions du cerveau et, d’autre part, la tension artérielle, chez 177 femmes et 246 hommes entre 19 et 40 ans (âge moyen = 27,7 ± 5,3 ans). Publiée dans Neurology, il en ressort qu’une pression artérielle supérieure ou égale à 120/80 mmHg est associée à un plus petit volume de matière grise dans des régions comme l’hippocampe, l’amygdale, le thalamus et les structures frontale et pariétale. Des régions sujettes à l’atrophie chez les patients hypertendus plus âgés à l’origine de troubles des fonctions cognitives. Ces résultats suggèrent que ces dégénérescences apparaissent tôt et suivent en continuum la pression artérielle. « Cela confirme aussi que l’hypertension ne cause pas seulement des lésions vasculaires, mais aussi une neurodégénérescence et qu’elle doit être contrôlée au plus tôt », ajoute le Pr Olivier Hanon.

 

 

 

 

 

 

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