Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

5 février 2019

Paris, France   Qu’elle soit consécutive ou non à un état de stress, toute hypertension artérielle (HTA) apparaissant dans le cadre de l’exercice professionnel doit être traitée, estime le Dr Jean-Pierre Houppe (Centre cardiovasculaire Cœur de Lorraine, Thionville), qui est intervenu lors des Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (JESFC2019) [1]. L’idéal est de pouvoir combiner un traitement médicamenteux et un soutien psychologique.

La question du stress au travail et du lien potentiel avec l’apparition d’une hypertension persistante fait toujours débat. Pourtant, « ce n’est pas un mythe, mais bien une réalité », a affirmé le cardiologue. « Il s’agit d’une question complexe, largement sous-estimée, qui dépend de nombreux facteurs comportementaux, mais aussi biologiques ».

Les avis apparaissent effectivement divergents. Dans sa brochure « Hypertension et stress», le Comité français de lutte contre l’hypertension artérielle (CFLHTA) évoque « les croyances du grand public sur les relations entre le stress et l’hypertension » et affirme que « le stress n’est pas à l’origine de l’hypertension artérielle », mais seulement d’élévations tensionnelles transitoires.

Prise de tension pendant 24h

« Le stress professionnel ne rend pas hypertendu. Les données scientifiques actuelles ne démontrent pas que le stress qu’il soit professionnel ou familial, ponctuel ou permanent, négatif ou positif, soit la raison du déclenchement de l’anomalie de fonctionnement des artères », commente le CFLHTA.

Selon le Dr Houppe, « on peut comprendre cette réserve » exprimée par le Comité. « Il s’agit de faire prendre conscience qu’une séance de yoga ne permet pas de traiter une hypertension. Mais, on peut s’interroger sur la valeur de cette affirmation quand d’autres pays, comme le Canada, affirment au contraire que le stress joue un rôle dans la genèse de l’hypertension artérielle ».

Ces dernières années, les conclusions de plusieurs méta-analyses vont dans le sens de cette hypothèse. « On sait désormais qu’il existe un lien entre le stress au travail et l’HTA ». L’une de ces analyses s’est d’ailleurs fait remarquer en excluant de précédentes études qui ne validaient pas ce lien, en raison de la faible qualité de leur méthodologie [2].

De nombreux facteurs ont été identifiés. Le mécanisme induisant une hypertension sur le long terme est entretenu par une combinaison de facteurs, d’abord comportementaux (tabagisme, surpoids…) entretenus par les conditions de travail (bruit, manque de sommeil, horaires décalées…), mais aussi individuels, liés à l’éducation ou aux conditions sociales.

Hypertension artérielle masquée

« Dans un premier temps, l’hypertension artérielle est masquée. Pendant longtemps, les personnes concernées vont présenter une tension normale en consultation », a affirmé le Dr Houppe. C’est notamment ce qu’a confirmé une récente étude observationnelle, menée par une équipe française pendant cinq ans pour étudier les facteurs de risque [3].

Pour rechercher une HTA liée au stress au travail, « il apparait donc fondamental d’effectuer un enregistrement de la pression artérielle pendant 24 heures ». Il est ainsi possible d’identifier des pics d’hypertension liés à un événement stressant au cours de la journée et de déceler une éventuelle réactivité au stress.

Cette hypertension, qui apparait dans un premier temps, ponctuelle, peut être assimilée à « l’effet blouse blanche », qui décrit une élévation de la tension chez un patient en présence d’un médecin. La tension artérielle apparait, dans ce cas, normale en dehors du cabinet médical. « Il ne faut parler d’effet blouse blanche, mais plutôt de réactivité au stress », estime le cardiologue.

Si l’élévation de la pression est ponctuelle, mais persistante, la situation devient potentiellement pathologique. « C’est une maladie très progressive. On sait désormais que ceux qui présentent une réactivité au stress se manifestant par une hausse de tension pendant les heures de travail vont développer à plus long terme une hypertension artérielle. »

Associer bêtabloquant et sartan

« La question est de savoir pourquoi certains se montrent plus réactifs au stress que d’autres. Et, il est clair que nous sommes inégaux sur ce point ». De plus en plus de travaux évoquent la possible influence d’événements traumatisants pendant l’enfance, telles que des violences sexuelles, favorisant l’apparition d’une HTA et de maladies cardiovasculaires à l’âge adulte.

Après la mise en évidence d’une HTA par la mesure en ambulatoire de la pression artérielle sur 24 heures (MAPA), le cardiologue recommande de prescrire des antihypertenseurs, en combinant bétabloquant et sartan, et d’envisager une psychothérapie. « Il faut toutefois rester prudent avec les effets secondaires des bêtabloquants, qui peuvent notamment induire un état de fatigue ».

« Avec des médicaments seuls, il est difficile d’avoir une bonne observance et la tension artérielle baisse très peu. Les résultats sont plus intéressants en y associant des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou des séances de méditation. Lorsque les situations de stress au travail disparaissent, on peut envisager d’arrêter les médicaments ».

« A partir du moment où l’automesure révèle une hypertension, il faut traiter les patients, même si l’hypertension est passagère et non pathologique », a insisté le cardiologue, l’objectif étant justement d’éviter que la situation devienne pathologique. « Le traitement peut être interrompu lorsque le contexte s’améliore. »

 

 

 

 

 

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