L’arbovirose à virus Madariaga gagne Haïti

Dr Isabelle Catala

25 janvier 2019

Gainesville, Etats-Unis -- En 2015-2016, un arbovirus de type dengue – connu pour être à l’origine d’encéphalites en Amérique du Sud – a été détecté pour la première fois en Haïti occasionnant des syndromes fébriles. Dans une publication de PLOS Neglected Tropical Diseases, le Dr John Lednicky (Gainesville, Etats-Unis) et ses collègues font le lien entre ce cluster de l’île des caraïbes réunissant Haïti et la République Dominicaine et un virus déjà présent en Amérique du Sud et transmis par les moustiques Culex [1]. Les chercheurs s’inquiètent que ce virus appelé Madriagapuisse s’étendre à d’autres régions. Madriaga est-il le nouveau Zika ? s’interroge Dr Glenn Morris, directeur de l’Institut des pathogènes émergents (Université de Floride, Gainesville) et dernier auteur de l’article, dans un podcast.

Nos données indiquent que ce virus, qui peut potentiellement entrainer de graves pathologies, a été introduit récemment en Haïti, et pourrait migrer ailleurs aux Caraïbes et en Amérique du Nord Les chercheurs

2 à 5 % de la population

Ce n’est pas la première fois que l’on entend parler du virus de Madariaga. Cet alpha virus de la famille des Togaviridae est à l’origine d’encéphalites équines dites de l’Est dont on connaît différentes formes en Amérique du nord et du sud (où elle est appelé encéphalite vénézuélienne). Ces pathologies cérébrales peuvent survenir chez le cheval (comme avec le West Nile), mais aussi chez de nombreux mammifères tels que les rats, les chauves-souris et possiblement les oiseaux et les reptiles.

Chez l’homme, moins de 20 cas d’infections ont été décrits : il s’agit majoritairement d’encéphalites survenues à l’occasion d’une épidémie au Panama en 2010.  

Des analyses sérologiques ont montré que 2 à 5 % de la population du bassin amazonien est porteuse d’anticorps anti-Madariaga. A l’occasion de l’épidémie du virus Zika en 2015-2017 au Venezuela, des infections fébriles à Madariaga ont été décrites.

8 cas dans une même école

En Haïti, en 2015, un enfant de la région centrale de l’île (ville de Gressier) a consulté pour une fièvre et des arthralgies au sein d’un établissement hospitalier qui sert de terrain de stage aux étudiants en médecine. Alors que les chercheurs s’attendaient à trouver une séropositivité au Zika – les sérologies dengue, chikungunya, Zika et Mayaro virus (arbovirose endémique sud-américaine) se sont aussi révélées négatives –, ils ont eu la surprise d’identifier le virus Madariaga, explique Dr Glenn Morris. Au vu de ce résultat étonnant – le virus n’ayant jamais été retrouvé aux Caraïbes auparavant –, ils ont procédé à une analyse rétrospective en avril 2018 sur les banques de sérum d’enfants de la même école ayant été admis à l’hôpital pour fièvre entre 2015 et 2016. Huit cas au total ont été détectés.

Les enfants présentaient des signes peu spécifiques : céphalées, fièvre, et plus rarement, éruption cutanée ou conjonctivite. Aucun cas d’encéphalite n’a été signalée.

Un passage du Panama en Haïti

Le virus Madariaga se transmet d’un animal infecté à l’homme par le biais d’un moustique Culex (Cx melanoconium, Cx carcinophilus, Cx erraticus ou CX pilosus). Une transmission par Aedes fulvus ou Psorophora albigenu est aussi possible. Au Panama en 2010, l’animal réservoir était le rat : la séroprévalence pouvait aller jusqu’à 8,9 %.

En Haïti, le virus est tout à fait similaire phylogénétiquement à celui de l’épidémie panaméenne. Des études pointues au niveau moléculaire montrent que le virus a probablement émigré en Haïti entre octobre 2012 et janvier 2015, rapporte le Dr Glenn Morris. Il pourrait avoir été transporté par des aidants venus porter secours au pays après le tremblement de terre de 2010. Il est aussi possible que des travailleurs haïtiens ou panaméens faisant des allers-retours entre les deux pays puissent avoir contribué à l’arrivée du virus. Enfin, les auteurs suggèrent que le virus pourrait aussi avoir été importé par des rats présents dans les containers des bateaux ou par des moustiques embarqués dans des avions.

Afin de surveiller si les cas sporadiques se transforment en cluster épidémique, l’équipe de chercheurs américains propose la mise en place d’un réseau de surveillance en Amérique centrale, Floride et aux Caraïbes. Car, si la plupart des personnes infectées n'ont pas de maladie apparente, le virus peut néanmoins être dangereux : des cas graves impliquant une encéphalite ont été signalés avec une mortalité de 30 % et avec un risque significatif de lésions cérébrales chez de nombreux survivants [2].

 

 

 

 

 

 

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