Les défis de la réadaptation cardiaque chez la femme

Dr Dany-Michel Marcadet, Dr Jean-Pierre Usdin

Auteurs et déclarations

30 janvier 2019

Enregistré le 21 janvier 2019, à Paris, France

Comment encourager la participation des femmes aux programmes de réhabilitation cardiaque ? Amélioration de la prescription, éducation thérapeutique, mais également aménagement des centres de réadaptation... plusieurs solutions sont proposées par le Dr Marcadet.

(Voir partie 1 - Réadaptation cardiaque : comment améliorer la pratique ?)

TRANSCRIPTION

Dr Jean-Pierre Usdin — Bonjour. Je suis le docteur Usdin, cardiologue à Paris et j’ai à mes côtés, le Dr Dany Marcadet, cardiologue spécialiste en cardiologie du sport et en réhabilitation-rééducation cardiaque, au Centre cœur et santé Bernoulli, à Paris. Nous avons parlé, dans le cadre des Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (JESFC) 2019, de la réadaptation cardiovasculaire, spécifiquement chez les femmes. Il y a eu une séance qui a été dédiée intégralement à cette spécialité et la salle était pleine

Dr Dany-Michel Marcadet — Comme disait Lisa Richard, qui a fait un topo là-dessus, les facteurs de risque chez la femme sont extrêmement importants. Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez la femme, avant le cancer du sein, bien avant tous les cancers d’ailleurs. Et il y a effectivement une vraie prise de conscience à ce niveau-là. Or il y a encore moins de femmes qui vont en réadaptation, pour plusieurs raisons.

  • La première raison est que très souvent, cela vient des médecins qui ne « prennent pas au sérieux » la maladie de la femme. Le diagnostic survient souvent très tard, dans la prévention on n’insiste pas suffisamment sur l’arrêt du tabac, notamment dans la période jeune, entre 30 et 40 ans, toutes ces femmes qui fument dans cette période-là sont très à risque, d’autant plus que sur le plan hormonal elles se préparent vraiment à la thrombose. La prise en compte des hypertensions, etc.

  • On avait fait un petit colloque avec une diabétologue et on s’était aperçu que les femmes s’occupent d’abord de leurs enfants, puis de leur mari et, enfin d’elles-mêmes. Mais quand ce moment survient, les autres sont devenus grands et l’autre est soit parti, soit disparu et quand elles s’intéressent à elles-mêmes, il est souvent trop tard, et qu’on est passé à côté…

Dr Jean-Pierre Usdin — Donc sur la réadaptation à proprement parler, tu me disais qu’il y a aussi un facteur environnemental qui est important quand elles font leur exercice. Est-ce que tu penses que les mettre dans une salle particulière pour elles – je ne veux pas faire comme la piscine réservée aux femmes, etc., mais enfin cela peut être un problème...

Dr Dany-Michel Marcadet — C’est effectivement un problème. Pour celles qui viennent en réadaptation et qui ont pris conscience que c’était intéressant, il faut effectivement aménager dans les centres une certaine discipline je dirais, parce qu’il y a 80 % d’hommes pour 20 % de femmes dans les centres de réadaptation. Le premier jour va être extrêmement important. C’est-à-dire que si la patiente arrive dans un groupe où il n’y a que des hommes, qui ont un comportement d’hommes, comme dans les vestiaires d’hommes, à se trimbaler en slip, en ayant des blagues pas toujours rigolotes, cela peut être tout à fait un « rebutoir ». Nous, dans notre centre, il y a un groupe de femmes qui s’est constitué spontanément et qui se sont mises à un horaire spontané, vraiment indépendantes. Parce que dans notre centre on a un système à la carte. C’est-à-dire qu’on ne rentre pas dans un module qui est complètement fabriqué où on est obligé de venir tous les jours, tous les matins, de telle heure à telle heure. Il y a un système à la carte, c’est-à-dire avec des heures différentes. Donc les femmes se sont regroupées sur un style et toutes les nouvelles qui arrivent, on a tendance à les y inscrire. Et cela marche très bien. Et il n’y a pas les mêmes problématiques, parce qu’il peut y avoir une image du corps qui est différente pour les femmes que pour les hommes et qui, du coup, passe beaucoup mieux dans ces sessions spécifiques.

Dr Jean-Pierre Usdin — En tout cas cela marche très bien et même mieux que chez les hommes. Il y a une étude qui avait démontré à l’hôpital Léopold- Bellan, en mettant les femmes vs les hommes, que les femmes perdent du poids, ont des bonnes capacités physiques, etc.

Le message est donc encore une fois qu’il faut absolument penser prescrire cette réadaptation à la sortie du patient (entré pour une insuffisance cardiaque ou infarctus du myocarde), faire le travail en amont pour pouvoir faciliter le travail de nos collègues qui font la réadaptation. Et bien expliquer aux patients qu’il s’agit d’un médicament et qu’il faut absolument le suivre.

 Voir partie 1 - Réadaptation cardiaque : comment améliorer la pratique ?

 

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