POINT DE VUE

Antihypertenseurs cancérigènes : que répondre aux patients ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

21 janvier 2019

Paris, France — « Docteur, est-ce que mon anti-hypertenseur peut me donner un cancer » ? Cette question est de plus en plus posée par les patients. Et, il y a à cela plusieurs raisons : la découverte d’impuretés potentiellement cancérigènes dans les excipients de plusieurs sartans, d’abord le valsartan et maintenant l’irbésartan, la publication d’une étude associant les IEC au cancer du poumon, et d’un travail associant l’hydrochlorothiazide à un risque accru de carcinomes. Que faut-il en penser ? Que répondre aux patients ?

Medscape édition française a posé la question au Pr Atul Pathak (clinique Pasteur, Unité d’hypertension artérielle, facteurs de risque et insuffisance cardiaque, Toulouse) lors d'une session consacrée à l'hypertension aux Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (JESFC) 2019.

Medscape édition française : Vos patients sont-ils réellement inquiets ?

Pr Atul Pathak : Il s’agit d’une vraie problématique de terrain. Nous recevons au moins 25 à 30 coups de téléphone par jour de patients qui s’inquiètent de la dangerosité de leur traitement, notamment parce qu’ils le prennent depuis longtemps. La méfiance s’accroit. Il s’agit d’une brique de plus dans ce climat de méfiance. Après les anticoagulants qui font saigner, les scandales avec les dispositifs médicaux, les statines…

Il faut comprendre que les patients ont une maladie asymptomatique, silencieuse, pour laquelle on leur demande de s’engager à se traiter pendant x années. Or, tout d’un coup, on leur dit que ce qu’on leur donne est peut-être dangereux. Les informations brutes, alarmantes, sont transmises sans explications, sans que le risque soit quantifié et au final, patients, médecins et pharmaciens sont laissés sur le bord du chemin sans savoir comment réagir.

Quelle est selon vous la réalité de ces différents risques ?

Pr Pathak : Lorsqu’on regarde les études diurétique/cancer de la peau, IEC/cancer du poumon, ou excipients et cancer avec le valsartan et l’irbésartan, la qualification du risque varie.

Dans un cas, celui des sartans, il s’agit de la présence de particules qui pourraient être cancérigènes. Mais, à titre de comparaison, il faut savoir que quand vous buvez du coca-cola ou que vous mangez des bonbons Haribo, il y a des additifs alimentaires qui sont eux aussi cancérigènes. Toutefois, ceci n’enlève rien au fait qu’il existe un problème de contrôle sur site de la qualité des chaines de production.

Dans l’étude diurétique/cancer de la peau, le risque absolu est très faible dans une population particulière. Il s’agit de danois qui ont la peau blanche, avec un facteur de confusion majeur qui est l’exposition au soleil et qui n’est pas expliqué.

Enfin, dans l’étude qui montre qu’il y a une augmentation du cancer du poumon avec les IEC, le facteur de confusion principal, le tabac, n’a pas été pris en compte…

Comment rassurez-vous vos patients ?

Pr Pathak : J’essaye de rassurer sur la quantification du risque, le risque reste faible, et sur le fait qu’en France, les alternatives thérapeutiques sont saines, notamment parce que les lots dangereux ont été retirés. Aussi, je rappelle que de donner un antihypertenseur efficace réduit le risque de morbi-mortalité de 20 %. Ne pas prendre un médicament augmente ce risque CV et, en revanche, minimise peut-être le risque de cancer cutané, mais ce risque est très faible, de l’ordre de 0,1 % alors que celui d’événement cardiovasculaire est de 20 %.

Rappelez-vous aux patients les dangers des arrêts de traitement ?

Pr Pathak : Oui. Arrêter un traitement ou même les fenêtres thérapeutiques entre deux traitements peuvent générer des déséquilibres tensionnels. En ce sens, les ruptures de stock sont aussi un danger. A chaque fois que vous arrêtez un médicament, vous reportez la pression de prescription sur une alternative qui n’a pas anticipé cet afflux massif et vous vous retrouvez en rupture de stock. Or, qui dit rupture de stock dit risque d’arrêt de traitement et risque réel pour le patient. Dans le cas des sartans, nous jonglons entre les différents sartans mais quand il faut trouver une alternative d’une autre classe, c’est plus compliqué. Les traitements sont individualisés, les gens ne répondent pas de la même manière, n’ont pas la même tolérance à un traitement donné.

Est-ce que ces études ou suspicions d’effets cancérigènes influencent le choix des traitements au départ ?

Pr Pathak : Pas spécialement. Le choix du traitement est finalement peu influencé par ces informations. On cherche le traitement le plus adapté pour le patient, celui-qui a le niveau de preuve le plus élevé avec le risque d’effet indésirable le plus faible.

 

Le Pr Atul Pathak a déclaré les liens d’intérêts financiers suivants:

• Exerce (a exercé) les fonctions de conférencier ou de membre d'un bureau de conférencier pour : Amgen

• A reçu un revenu d'un montant égal ou supérieur à 250$ de : Amgen

 

 

 

 

 

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