Prévention contre les addictions dès le plus jeune âge : en fait-on assez ?

Julien Moschetti

21 janvier 2019

Paris, France -- Présenté le 8 janvier, le Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 (plan MILDECA) s’est attiré les foudres de certains addictologues en raison de l’absence de mesures fortes pour lutter contre le tabac et l’alcool (lire Addictions : un nouveau plan national en trompe l’œil). La déception marquée face à ces fléaux – respectivement responsables du décès de 73 000 et de 49 000 personnes en France – a, quelque peu, éclipsé ce qui constitue l’enjeu primordial de ce Plan, à savoir la prévention et la protection des plus jeunes. Même si, on peut douter, là encore, que les nombreuses préconisations soient suivies de mesures concrètes.

Protéger l’enfant à naître

Le Premier Ministre l’a rappelé dans son éditorial, l’ambition première de ce plan est de « doter nos enfants des compétences leur permettant de réduire leurs comportements à risque et de les faire grandir dans un environnement plus protecteur, les exposant moins à d’incessantes incitations ». Il s’agit d’une part, de « mettre l’accent sur la prévention » et d’autre part, de porter « une attention particulière aux publics les plus vulnérables du fait de leur âge ou de leurs fragilités » insiste-t-il.

De fait, l’axe 1 du rapport s’intitule « Protéger dès le plus jeune âge » et se décline sous forme de priorités.

L’une d’elle consiste à protéger l’enfant à naître de l’exposition aux substances psychoactives. Aujourd’hui encore, 24 % des femmes déclarent fumer quotidiennement durant la grossesse. Or, la consommation de tabac des femmes enceintes augmente de trois fois le risque de mort fœtale in utero au début de la grossesse ainsi que le risque de naissance prématurée. En outre, un nouveau-né sur 1000 naît avec un syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF), tandis que les effets du cannabis sur l’enfant à naître peuvent entraîner de nombreux troubles pendant l’enfance et à l’adolescence. Pourtant, l’enquête nationale périnatale menée en 2016 par l’Inserm et la DREES révèle que seulement 46,3 % des femmes ayant fumé à un moment de leur grossesse disent avoir reçu des conseils de la part de professionnels de santé sur l’arrêt du tabac.

Solutions préconisées par le gouvernement ?

Renforcer l’information des jeunes femmes et des futurs parents en favorisant notamment les campagnes d’information grand public à propos des consommations durant la grossesse.

Autre mesure-phare : renforcer la visibilité et la lisibilité des informations sanitaires obligatoires en augmentant significativement la taille du pictogramme « femme enceinte » pour les boissons alcooliques. Mais cette mesure n’est pas détaillée et ne fait pas l’objet d’un calendrier, regrettent les spécialistes.

Faire grandir les mineurs dans un environnement protecteur

La stratégie du gouvernement en matière de prévention vise aussi à faire grandir les mineurs « dans un environnement protecteur ». Le plan rappelle que « les enfants et adolescents demeurent particulièrement vulnérables aux effets nocifs des produits psychoactifs, pendant toute la période de maturation de leur cerveau ». A l’image du cannabis dont l’usage régulier affecte les capacités cognitives des jeunes, ce qui a un impact non négligeable sur leur réussite scolaire, mais aussi leur insertion sociale et professionnelle à l’âge adulte. Et pourtant, si l’alcool et le tabac sont interdits à la vente aux mineurs depuis 2009 – et les interdictions renforcées en 2016 –, l’Office français des drogues et des toxicomanies (OFDT) rapporte que plus de la moitié des jeunes de 16 ans ayant consommé de l’alcool au cours du dernier mois estimaient, en 2015, qu’ils n’avaient pas de difficulté à se procurer de l’alcool, quel qu’il soit, un chiffre qui atteint 80 % pour de la bière. Côté tabac, les jeunes qui fument sont presque 9 sur 10 à estimer qu’il leur est facile de s’approvisionner auprès d'un buraliste.

Mesure concrète envisagée par le gouvernement pour protéger les mineurs face aux addictions ?

Faire appliquer l’interdiction de vente de tabac, d’alcool et de jeux d’argent dans l’ensemble des points de vente. Le plan prévoit notamment d’étendre l’amende forfaitaire délictuelle au délit de vente d’alcool aux mineurs (projet de loi de programmation pour la justice). Mais l’on peut douter de l’efficacité de cette mesure quand on sait qu’Emmanuel Macron est opposé à tout durcissement de la loi Evin sur les boissons alcoolisées.

Consolider la mission de centres psycho-sociaux

Les autres solutions envisagées pour protéger les mineurs vont plutôt dans le sens des déclarations d’intention : « aider les parents, l’école et les lieux d’accueil dédiés aux mineurs à développer les compétences psycho-sociales », « informer davantage les parents sur l’existence et le rôle des Consultations Jeunes Consommateurs et des maisons des adolescents », « déployer dans chaque région des programmes validés de développement des CPS (compétences psycho-sociales) »…

Le plan préconise de consolider la mission de centres ressources, Les Consultations jeunes consommateurs (CJC) et des Maisons Des Adolescents (MDA), mais aussi de former le personnel des missions locales à la problématique des conduites addictives et au repérage précoce.

Autre priorité du plan : « promouvoir le bien-être et la réussite des jeunes à l’issue de l’adolescence » en mobilisant l’entourage et les communautés éducatives. Les fédérations ou le service sanitaire des étudiants en santé (lancé depuis la rentrée 2018) sont invités à prendre le relais des campagnes et des actions de prévention.

Quid des écrans ?

Le gouvernement n’a pas oublié les troubles liés à l’usage des écrans. Puisque l’enjeu sera désormais de « savoir réagir dès les premiers usages problématiques de produits ou d’écrans/jeux », annonce le plan. Il s’agira notamment de diffuser des critères d’alerte simples à propos des usages problématiques des produits, des écrans et du jeu pathologique, ceci afin de favoriser le « repérage précoce » par les professionnels.

 

Les 6 grands axes du plan

Le plan présente un catalogue de mesures (200) qui s’articule autour de six grands défis:

- Protéger dès le plus jeune âge

- Mieux répondre aux conséquences des addictions pour les citoyens et la société

- Améliorer l’efficacité de la lutte contre le trafic

- Renforcer les connaissances et favoriser leur diffusion

- Renforcer la coopération internationale

- Créer les conditions de l’efficacité de l’action publique sur l’ensemble du territoire

 

 

 

 

 

 

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