Hypertension et antidépresseurs IRS : l’effet classe se confirme

Aude Lecrubier

17 janvier 2019

Paris, France — Si le risque d’hypertension est clairement indiqué dans les RCP de certains antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine antidépresseurs (IRS) comme la paroxétine (Déroxat® et Gé.) et la sertraline (Zoloft® et Gé.), qu’en est-il des autres ? S’agit-il d’un effet classe ? C’est ce qu’ont cherché à savoir le Dr Xavier Humbert (médecine générale, université de Caen) et coll. à partir de deux bases de pharmacovigilance, celle de l’OMS (VigiBase®) et la base nationale (FPVDB).

« La question méritait d’être posée pour plusieurs raisons. La première est que les IRS sont les traitements de première intention dans le syndrome dépressif au sens très large du terme. Le deuxième point est que nous savons aujourd’hui que les antidépresseurs tricycliques et les IMAO, sont déjà des pourvoyeurs d’HTA. Enfin, nous savons que les patients dépressifs sont plus hypertendus que les autres. La question est donc aussi de savoir si l’hypertension observée est liée à une iatrogénie médicamenteuse ou si elle est liée à la maladie dépressive elle-même », a commenté le Dr Humbert pour Medscape édition française.

Ce travail, publié dans la revue Fundamental & Clinical Pharmacology et présenté lors des Journées de l’hypertension artérielle (JHTA) 2018 [1,2], suggère qu’il existe bien un risque d’iatrogénie médicamenteuse.

« Il existe un signal de pharmacovigilance significatif entre l’utilisation des IRS et le développement ou l’aggravation de l’hypertension », indiquent les chercheurs.

6 IRS associés à un sur-risque d’hypertension

Dans une première étude comparative, à partir de la base de pharmacovigilance mondiale VigiBase®, les chercheurs ont répertorié les signalements d’hypertension associés à 6 IRS (citalopram, escitalopram, fluoxetine, fluvoxamine, paroxetine, sertraline) entre 1968 et 2018. La relation entre les IRS et la survenue de l’hypertension a ensuite été évaluée grâce à un design cas/non-cas. Les non-cas étant les signalements d’effets indésirables associés aux IRS autres que l’HTA.

Ils ont comparé ces données à celles de patients sous célécoxib, un AINS connu pour induire de l’hypertension.

Dans un second temps, la base française BNPV a permis de vérifier l’association et de préciser le profil des patients.

Dans VigiBase®, 14 824 notifications d’hypertension induite par les IRS ont été identifiées (2,5% des tous les EI liés aux IRS) (âge moyen 54,3 ans, 69,1% de femmes). Parmi elles, 3879 (26,2%) étaient associées à la sertraline, 3118 (21%) à la fluoxétine, 2725 (18,4%) à la paroxétine, 2570 (17,3%) au citalopram, 2295 (15,5%) à l’escitalopram et 237 (1,6 %) à la fluvoxamine. Une association significative a été observée avec les 6 IRS (RR de 1,16 à 1,92).

A titre de comparaison, le sur-risque retrouvé avec le célécoxib était de 252 % (ROR = 2,52 ; IC 95 % de 2,44 à 2,6).

Dans la base de pharmacovigilance française, 24 signalements d’hypertension ont été rapportés avec les 6 IRS aux doses standard.

Ils ont constaté que l'imputabilité était forte pour 4 de ces 6 antidépresseurs : paroxétine, fluoxétine, citalopram et sertraline.

Les événements concernaient principalement les femmes (66,7%), les patients de 57,8 ans en moyenne et survenaient avec un délai moyen 6 jours [1j à 4 mois]. Dans 10 cas (42 %) les patients avec des antécédents d’hypertension. Une grande partie de ces cas d'hypertension était considérée comme sévère (n=15, 62,5 %), mais l'évolution a été favorable pour la plupart (95,8%). 

« Ces résultats confirment une intuition », a commenté Xavier Humbert pour Medscape édition française.

« Toutefois, les études cas/non-cas sont des études de faible niveau de preuves comparées aux méta-analyses ou aux essais cliniques et nous avons besoin d’autres études pour confirmer ces résultats », précise-t-il.

En attendant, le médecin généraliste préconise néanmoins « de surveiller la tension des patients chez lesquels on prescrit des antidépresseurs et notamment d’IRS » mais aussi d’informer les patients qu’« il ne faut surtout pas arrêter son traitement antidépresseur, qui est prioritaire sur celui de l’HTA chez le patient déprimé ».

Prochaine étape : confirmer l’effet hypertenseur de la sérotonine

Pour confirmer ces résultats, les chercheurs ont décidé de lancer une étude sur un autre traitement connu pour avoir une action sérotoninergique, le tramadol, et de voir si ce traitement est, lui aussi, associé à une HTA.

« Il y a un rationnel physiopathologique autour de la sérotonine qui agirait comme un vasoconstricteur et augmenterait donc la pression artérielle [3,4]. Dans notre étude, nous allons donc comparer le tramadol qui agit sur les récepteurs de la douleur (mu) et qui a aussi une activité sérotoninergique à la codéine qui est dépourvue d’activité sérotoninergique », explique le Dr Humbert.

 

 

Le Dr Xavier Humbert a des liens d’intérêt avec l’Université de Caen et a des activités en lien avec le centre de pharmocovigilance de Caen.

 

 

 

 

 

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