Nouvelles offres en ligne : la téléconsultation sur les rails

Philippe Anaton

21 janvier 2019

France -- Est-ce le nouvel eldorado de la e-santé ? Tour à tour, de grands opérateurs, publics et privés, ont dévoilé ces jours derniers leurs offres de téléconsultations. Si certaines, comme Qare ou Livi par exemple, étaient déjà disponibles depuis le début de l'année 2018, l’acceptation du remboursement par l'assurance maladie des actes de téléconsultation depuis le 15 septembre dernier a précipité les choses (voir encadré).

Dès le mois de novembre dernier, de nouveaux opérateurs sont arrivés sur le marché comme Consulib. Mais il a fallu attendre janvier pour que le nouveau géant de la prise de rendez-vous en ligne, Doctolib, rende publique son offre à 79 euros par mois. Consulib propose pour sa part une tarification d’un euro prélevé par téléconsultation. Les deux opérateurs, cependant, mentionnent le remboursement de l'assurance maladie de 350 euros pour l'équipement adéquat.

Agenda

D'emblée, Doctolib se différencie des autres offres en privilégiant les téléconsultations qui respectent les conditions imposées par l'assurance maladie pour être éligibles au remboursement : adressage par le médecin traitant, connaissance du patient par le médecin téléconsultant. Aussi, pour Doctolib, le service de téléconsultation qu'il propose s'articule avec son autre produit phare, l'agenda. Le médecin qui souhaite réaliser des téléconsultations pourra spécifier dans son agenda Doctolib des plages horaires spécialement dévolues à la téléconsultation. Côté patient, la prise de rendez-vous pour une téléconsultation s'effectue en fonction des plages horaires réservées à cet effet, chez son médecin. La prise de rendez-vous peut se faire via l'application mobile, et le paiement est en ligne. L'ordonnance est alors adressée sur le compte personnalisé et sécurisé du patient.

Opérateur public

Le même jour que la sortie officielle de la solution Doctolib, le Dr Marcel Garrigou-Grandchamp, président de la Fédération des médecins de France (FMF) Rhône-Alpes, vantait pour sa part la solution de téléconsultation gratuite mise en place par la région Rhône-Alpes via le groupement de coopération sanitaire SARA (réunification des 2 GCS SISRA et SIMPA). Dans un mail, le Dr Garrigou-Grandchamp explique que pour réaliser une téléconsultation grâce à cet opérateur public, il suffit « d'un ordinateur PC ou Mac équipé de Firefox ou Chrome et d'une connexion internet avec un débit suffisant ». Via une prise de contact sur la plateforme de téléconsultation, le médecin adresse au patient un lien https sécurisé qui permet une connexion vidéo. Après la téléconsultation, il est possible « d'adresser une ordonnance en mode sécurité [...] directement au pharmacien désigné par le patient [...] en cryptant le fichier PDF et en l'adressant au patient sur sa messagerie ordinaire », ou en la déposant (service prochainement en ligne) dans l'espace sécurisé numérique du patient au sein du DMP.

Prudence des syndicats

Si Doctolib avait auparavant suscité les foudres des syndicats médicaux, la sortie de son nouveau service de téléconsultation n'a pas eu pour effet de déterrer la hache de guerre. Le Dr Marty, président de l'Union Française pour une Médecine Libre pour (UFML) a néanmoins publiée une longue mise en garde, sur son site. « La société Doctolib vient d’annoncer le lancement de son offre de téléconsultation. Parallèlement, les plateformes de téléconsultations comme Qare ou Livi se développent au côté d’autres structures.

La téléconsultation peut et doit amener plus de souplesse et de confort dans la pratique du médecin et améliorer l’accès au soin », commence-t-il prudemment. Mais il rappelle que Doctolib « s’est développée grâce à une autorisation très imprudente du CNOM de référencement de tous les médecins de France », et que « cette société avait fait preuve de légèreté dans son mode de fonctionnement se rendant coupable de parasitisme ». Les plateformes de type Livi ou Qare « ne misent leur développement que sur l’acte dit « léger » ou sans risque, leur montée en charge pourrait donc créer une fragilité économique pour nombre de cabinets dont certains, à terme disparaitraient ».  Interrogé par RTL, le président de la CSMF, le Dr Jean-Paul Ortiz, craint, lui, que les patients ne confondent les offres de téléconsultation médicale proposées par certaines mutuelles et la téléconsultation selon les termes de la convention signée par les syndicats représentatifs et l'assurance maladie.

 

La téléconsultation a été rendue possible, dans les faits, par la signature de l'avenant n°6 à la convention médicale, en aout 2018, paru au Journal officiel le 23 aout 2018.

Elle est remboursable comme une consultation classique (de 23 euros à 58,50 euros) et doit respecter certains critères pour être éligibles au remboursement :

  • connaissance préalable du patient par le médecin téléconsultant,

  • orientation du patient par le médecin traitant,

  • consultation par vidéo.

L'assurance maladie, via la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) offre une aide de 350 euros pour l'équipement en vidéo-transmission, et de 175 euros pour l'achat d'appareils médicaux connectés.

À ne pas confondre : la téléconsultation et la télé-expertise, laquelle devrait être effective en février prochain. La télé-expertise est la consultation, par un médecin, d'un autre médecin, à distance.

 

 

 

 

 

 

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