Téléconsultation : le Dr Caruana raconte ses premiers pas

Idris Amrouche

16 janvier 2019

Dr Emmanuel Caruana

Nantes, France -- A 35 ans, le Dr Emmanuel Caruana, généraliste formé à la médecine d’urgence, a déjà vécu plusieurs vies de médecins. Chef de clinique aux urgences pendant 4 ans à Paris, doctorant en santé publique, doté d’une expérience de l’intérim d’urgence, le jeune praticien a décidé, il y a un an et demi, de quitter la capitale pour Nantes. Son objectif : créer avec un confrère, un cabinet proposant une activité mixte médecine générale/urgences. Aujourd’hui, il partage avec nous sa dernière aventure, celle de la téléconsultation.

Pourquoi ce choix ? Quel est son premier retour d’expérience ? Le Dr Caruana nous dit tout sur les questions pratiques, la patientèle, les avantages et les inconvénients de la pratique de la téléconsultation en cabinet aujourd’hui.

Medscape édition française : Pourquoi vous être lancé dans la téléconsultation ?

Dr Emmanuel Caruana : En m’installant à Nantes, l’objectif était de proposer une structure alternative aux services d’urgence tels que nous les connaissons aujourd’hui tout en conservant une offre de soins dite de médecine générale. Un centre de santé avec une telle polyvalence pouvait proposer ainsi une autre façon de prendre en charge les urgences du quotidien de faible gravité et contribuer partiellement au désengorgement des urgences hospitalières, tout en conservant une mission de soin de médecine générale. Je suis resté sensible à l’idée de pouvoir proposer une alternative aux patients pour qui l’accès à une consultation médicale est plus que difficile. Donc, toujours avec cette idée en tête de trouver un moyen d’interagir avec les patients malgré la distance, je me suis donc lancé assez naturellement dans la téléconsultation, attiré par la nouveauté et par l’aspect startup. La création de ma patientèle à Nantes m’a laissé du temps libre pour me lancer dans ce projet.

Quelle part de vos consultations, la téléconsultation occupe-t-elle aujourd’hui ?

Dr Caruana : Cela fait maintenant 2 mois que je pratique la téléconsultation, ce qui représente aujourd’hui une vingtaine d’heures par mois soit environ 10 % de mon activité. Cependant, le temps qu’on peut y consacrer peut varier en fonction de la répartition des créneaux horaires et de ses propres disponibilités. La demande est en plein essor depuis le remboursement des consultations sous certaines conditions par la sécurité sociale. Avec la croissance en parallèle de l’activité de mon cabinet physique, je pense que cette proportion devrait rester stable. Les plages d’activité de téléconsultation représentent une variation intéressante de rythme dans l’activité.

Est-ce que cela nécessite un équipement particulier ? Faut-il être au cabinet ?

Dr Caruana : Une simple webcam et une connexion internet avec un débit suffisant sont nécessaires. On peut réaliser les consultations où on le souhaite, à condition d’avoir un univers calme et lumineux pour un échange de qualité. Je les fais le plus souvent au cabinet. Il m’est arrivé de les faire quelques fois à la maison, quand les consultations avaient lieu très tôt le matin.

Les plages d’activité de téléconsultation représentent une variation intéressante de rythme dans l’activité.

Côté pratique, comment se fait la prise de rendez-vous ? Utilisez-vous le même type de logiciel que pour vos consultations classiques ?

Dr Caruana : De nombreuses plateformes existent (Qare®, Docly®, Doctolib®…). Sur celle que j’utilise, le patient prend rendez-en ligne et doit remplir avant l’ouverture de la consultation plusieurs étapes obligatoires : renseigner un volet administratif, un volet médical (antécédents, traitements, médecin traitant, vaccinations, mode de vie), et s’installer dans un lieu lumineux et calme avec une connexion internet de débit correct. Il peut utiliser son smartphone ou un ordinateur. Le médecin, quant à lui, est averti des prises de rendez-vous sur les plages sur lesquelles il s’est rendu disponible. On se connecte sur un logiciel en ligne propre à la plateforme, similaire à celui utilisé par les cabinets médicaux, mais plus épuré. Le médecin et le patient reçoivent des rappels de la date et de l’heure de consultation. Une fois les tests techniques de connexion internet et de bon fonctionnement audio/vidéo réalisés, le médecin démarre la consultation dès qu’il le souhaite. J’ai choisi la plateforme sur la base de la composition médicale de l’équipe constituante et la possibilité de proposer des consultations à des patients partout en France. Aujourd’hui, nous sommes sur une durée de consultation de 30 minutes par patient. L’évolution très probable sera surement de 20 minutes par patient. Mais, comme dans une consultation classique, la durée dépend du motif de la consultation.

Quels sont les avantages de la téléconsultation selon vous ?

Dr Caruana : En réalité, le cadre d’entretien n’est pas si différent de la consultation classique. L’avantage principal est le cadrage de la consultation avec une ponctualité qu’on peut avoir du mal à retrouver au cabinet. Le patient est demandeur, les consultations commencent donc à l’heure. De plus, tout l’aspect administratif généré par la consultation est géré par la plateforme, la distribution des documents comme les ordonnances se faisant par un lien sécurisé via la plateforme. Un autre avantage est l’uniformité dans la pratique : les médecins utilisent un logiciel commun, et s’astreignent à la rédaction d’un compte-rendu médical après chaque consultation ce qui facilite le suivi des dossiers patients en cas de consultations répétées. La collégialité est favorisée également en permettant d’interagir entre confrères travaillant sur la plateforme en cas de difficultés médicales ou de demandes d’avis.

Quand on sort des indications et des possibilités de la télémédecine, que l’examen physique est nécessaire, alors la téléconsultation n’a plus lieu d’être.

Quelles en sont les limites d’après votre expérience ? Qu’en est-il de l’examen physique ?

Dr Caruana : Sur le plan technique, cela fonctionne assez bien. Parfois le réseau informatique dysfonctionne, mais le service technique est optimal et efficace. On a tout à disposition pour les aléas. On bascule rapidement à l’appel téléphonique en cas de problème vidéo pour trouver une solution, et une messagerie instantanée est également possible. Sur le plan médical, à partir du moment où notre pratique est adaptée à la téléconsultation, il n’y a pas de problème, c’est comme la régulation au SAMU avec la valeur ajoutée d’avoir une interaction visuelle. Quand on sort des indications et des possibilités de la télémédecine, que l’examen physique est nécessaire, alors la téléconsultation n’a plus lieu d’être. Par exemple, devant un tableau d’angine débutante, ne pouvant pas toujours statuer sur l’origine bactérienne ou virale sans le test clinique, les patients comprennent qu’il n’est pas systématique de prescrire des antibiotiques. On aide alors le patient à s’organiser en fonction de l’heure et du lieu où il se trouve pour trouver une solution. Le caractère novateur de la téléconsultation est de remettre la communication au centre de la relation médecin-patient. Il est indispensable de bien communiquer, car on n’a pas la possibilité de se rattraper sur l’examen clinique. 

Le caractère novateur de la téléconsultation est de remettre la communication au centre de la relation médecin-patient.

Quel est le profil de votre patientèle en ligne ?

Dr Caruana : En tant que généraliste, je n’ai quasiment pas eu de consultation de patients de plus de 65 ans il s’agissait le plus souvent de patients entre 20 et 45 ans et dans une moindre mesure de pédiatrie. Ce sont des patients qui ont souvent un besoin immédiat.

Est-ce que vous avez l’impression que le gouvernement promeut la téléconsultation ?

Dr Caruana : On ne ressent pas d’incitation à cette pratique de la médecine, il y a une médiatisation autour de la valence numérique, et j’ai été sensibilité par ce biais. Mais, je n’ai pas l’impression qu’il y a des incitations particulières de la part du gouvernement. L’incitation auprès du grand public s’est accentuée avec le remboursement de certaines consultations depuis le mois de septembre 2018.

Sur le plan de la santé publique, d’après vous la téléconsultation est-elle l’avenir ?

Dr Caruana : Il s’agit d’un outil puissant pour répondre à des problèmes de soins, et du seul vrai nouvel outil innovant de ces dernières années en médecine générale. C’est un moment où on fait un premier bilan. J’ai beaucoup de patients qui me disent que leur médecin n’est pas disponible. Il y a un nombre de patients non négligeable qui n’a pas d’autre solution. C’est parfois la seule alternative. Le point négatif est peut-être qu’un mauvais consommateur de soins aura peut-être un peu plus de facilité à l’être, avec l’absence de déplacement physique, tout en sachant que toute utilisation non appropriée est signalée par les médecins.  

Il y a un nombre de patients non négligeable qui n’a pas d’autre solution.

Quel conseil donneriez-vous à un collègue souhaitant se lancer dans la téléconsultation ?

Dr Caruana : Il faut savoir que la téléconsultation va surement se généraliser comme panel de soins disponible pour le médecin généraliste. Libre au praticien de franchir le pas ou non. Mais, à un moment où on essaie de remobiliser les médecins sur la permanence de soins, cela peut être une alternative efficace, qui peut être particulièrement intéressante pour les plus jeunes d’entre nous. La télémédecine est facilement absorbable pour les jeunes médecins. Il faudra cependant former les médecins dès leur internat à la téléconsultation, et ensuite, leur laisser le choix de la pratique.

A un moment où on essaie de remobiliser les médecins sur la permanence de soins, cela peut être une alternative efficace.

 

 

 

 

 

 

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