Les e-cigarettes à haute puissance inductrices d’hypoxémie artérielle chez des fumeurs coronariens

Aude Lecrubier

15 janvier 2019

Paris, France—Chez les gros fumeurs coronariens ou atteints d’une maladie pulmonaire, certaines cigarettes électroniques « devraient être utilisées avec prudence », indiquent le Dr Martin Chaumont (doctorant à la Fondation Erasme, hôpital Erasme, Belgique) et coll. suite aux résultats d’une petite étude pilote présentée aux Journées de l’hypertension artérielle (JHTA) 2018 [1].

D’après les chercheurs belges, l’utilisation d’e-cigarettes à haute puissance est associée à une hypoxémie artérielle et une hypoxie tissulaire chez les patients fumeurs coronariens. Ces résultats sont préoccupants alors que ce type de cigarettes électroniques est de plus en plus populaire.

Lire aussi : E-cigarettes à haute puissance : attention danger ? Questions au Dr Chaumont

Une petite étude pilote

Pour arriver à ces résultats, l’équipe a réalisé une étude randomisée, en ouvert, avec un design en parallèle, incluant  20 patients fumeurs coronariens.

A la sortie d’une coronarographie, ils ont profité du cathéter placé dans l’artère radiale pour faire des gazométries artérielles sériées avant et après un vapotage (e-cigarette : 1 g de propylène glycol/glycérol, 60 watts) ou après un placebo (cigarette électronique éteinte).

Concernant les participants, les chercheurs précisent que 80 % étaient hypertendus, 45 % avaient une FEVG<50%, 65 % étaient diagnostiqués coronariens, et 62 % avaient eu un stenting au cours de l’angiogramme.

Impact du vapotage à haute puissance sur les échanges gazeux

Il ressort des gazométries que l'utilisation d'e-cigarette à haute puissance induit une hypoxémie artérielle et une hypoxie tissulaire chez ces patients fumeurs coronariens.

Par comparaison au placebo, après 5 minutes, le vapotage a induit la baisse de 5 paramètres :

- pression partielle artérielle en oxygène (+5,4 ± 3,3mmHg vs. -5,4 ± 1,9mmHg, p=0,012) (différence entre les groupes : 10,8mmHg ; IC95 % : 8,4-13,2) ;

- saturation artérielle en oxygène (+0,9 ± 0,6% vs. -0,8 ± 0,3%, p=0,023) ;

- fraction d’hémoglobine combinée à l’oxygène (+1 ± 0,5% vs.-0,6 ± 0,3%, p=0,028) ;

- saturation périphérique en oxygène (+1,3 ± 0,4% vs. -1,3 ± 0,5%, p<0,0001) ;

- pression partielle transcutanée en oxygène (+6 ± 3,4mmHg vs. -1,2 ± 2,1mmHg, p=0,041).

La baisse en saturation périphérique en oxygène persistait jusqu’à 20 minutes après le vapotage.

 «L’ensemble de ces données de gazométrie et les autres études actuellement disponibles suggèrent que ce vapotage va perturber transitoirement les échanges gazeux et qu’il va engendrer un collapsus au niveau des petites voies aériennes », a commenté le Dr Chaumont pour Medscape édition française.

Cependant, le chercheur pointe plusieurs limites de l’étude.

« Il faut donc interpréter ces données avec prudence. Il ne s’agit pas des conditions de vie réelle. Aussi, nous avons utilisé un vapotage à haute puissance (60 watts), ce qui correspond aux cigarettes électroniques de dernière génération, alors qu’en général, les gens utilisent plutôt un vapotage autour de 10 à 20 watts. Enfin, les participants ont vapoté autour de 1 ml (1g) de liquide sur 17 bouffées de 4 secondes, soit une grosse charge de vapotage sur un temps assez court. Il faudra tester ces effets sur différentes populations, peut-être plus chroniquement et avec des expositions moins massives. Il faut voir si ces effets ne sont pas liés à une exposition de premier contact ou à une exposition trop importante », a précisé le Dr Chaumont.

Le chercheur appelle donc à réaliser de nouveaux travaux.

« Aujourd’hui, excepté des études sur l’efficacité de la cigarette électronique en tant que moyen de sevrage, sur tous les autres critères pulmonaires ou cardiovasculaires, il n’existe pas d’études de grande ampleur », regrette-t-il.

Il faudra tester ces effets sur différentes populations, peut-être plus chroniquement et avec des expositions moins massives Dr Martin Chaumont

 

Lire aussi : E-cigarettes à haute puissance : attention danger ? Questions au Dr Chaumont

 

 

Le Dr Martin Chaumont n’a pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

 

 

 

 

 

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