Urgences : 5 astuces à la MacGyver

Dr Amy Faith Ho, Dr Robert D. Glatter

Auteurs et déclarations

11 janvier 2019

Le propre des urgentistes est de prendre en charge tous les patients, quelles que soient leurs pathologies, avec les moyens du bord. Or, aux urgences et en préhospitalier, le panel de situations est très large, et parfois les outils adaptés manquent. Heureusement, toute une génération d’urgentistes a été biberonnée à la série télé MacGyver du nom de l’agent secret qui n’avait pas son pareil pour détourner de manière ingénieuse l’usage des objets quotidiens. Le Dr Amy Ho (Forth Worth, États-Unis) propose 5 « trucs et astuces » à utiliser aux urgences. N’hésitez pas à nous faire part de vos « détournements » personnels pour enrichir cette série.

1. L’acide tranéxamique du sachet de thé noir

Dans tous les services d’urgence hospitaliers, on trouve des sachets de thé destinés aux soignants, aux patients ou aux familles. Or, le thé – à condition qu’il soit noir – contient de l’acide tannique dont les propriétés vasoconstrictrices permettent un effet similaire à celles de l’acide tranéxamique, un hémostatique antifibronolytique utilisé localement dans certains saignements tels que ceux qui suivent une extraction dentaire ou les saignements hémorroïdaires.[1,2,3]

Comment utiliser le thé pour faire cesser une gingivorragie? Simplement en trempant le sachet dans de l’eau chaude ou froide et en le plaçant au niveau de l’hémorragie. Le patient le tient en place entre ses dents pendant 20 minutes.

Si cette technique est un succès, il est possible de répéter le geste jusqu’à cicatrisation au domicile. Le Dr Ho propose même la « technique du sachet de thé » aux patients sous anticoagulants qui ont subi une extraction dentaire.

Seul le thé noir contient de l’acide tannique, donc aucun effet possible avec les thés verts, rouges, blancs, bleus ou aromatiques…

2. Le spéculum gynécologique pour le drainage des phlegmons amygdaliens

Qui a déjà essayé d’inciser un phlegmon amygdalien aux urgences avec un simple abaisse-langue ? C’est l’échec à coup sûr. Non seulement c’est peu confortable pour le patient (c’est le moins que l’on puisse dire) mais les conditions de visualisation ne sont pas optimales pour l’urgentiste. Alors que faire quand les urgences ne sont pas équipées de speculum ORL et que récupérer un laryngoscope nécessite d’ouvrir le chariot d’urgence ?

Toutes les urgences disposent de spéculums gynécologiques. Certains sont même équipés d’une source de lumière LED qui permet de mieux visualiser les zones à examiner.

Source image : Dr Ho

Désinsérer la partie supérieure du spéculum vaginal jetable permet d’un faire un spéculum ORL immédiatement utilisable comme dépresseur de la langue.

Il est même possible de faire participer le patient en geste en lui laissant la responsabilité de le mettre en place dans la bouche, ce qui permet d’éviter d’induire des réflexes nauséeux. Si en plus le spéculum est équipé d’une lumière LED, alors le geste de ponction ou d’incision du phlegmon peut être réalisé par l’urgentiste en collaboration avec le patient et avec un minimum d’aide paramédicale.

Cette technique est réservée aux situations où le patient peut participer activement aux soins et elle n’est donc pas indiquée chez les plus jeunes et en préadolescence.

3. Les lunettes à oxygène pour le lavage oculaire bilatéral

Comment laver avec du sérum physiologique les deux yeux en même temps en cas d’exposition à un toxique irritant (gaz lacrymogène, substance acide ou basique…) ? En utilisant deux équipements toujours disponibles aux urgences : des lunettes à oxygène et une tubulure de perfusion.

Source image : Dr Ho

La tubulure des lunettes coupée avant la bifurcation peut être adaptée à une tubulure de perfusion et être reliée à un flacon de sérum physiologique. Les lunettes sont placées à la racine du nez de façon à ce que le liquide qui en sort irrigue les deux yeux en même temps. Pour que le débit de sérum soit le plus important possible, on peut placer la poche de sérum physiologique dans un manchon gonflable qui accélère nettement le débit. L’irrigation oculaire à grand débit est ainsi facilitée dans le but d’éliminer les produits toxiques.

Réaliser le geste de fabrication du dispositif dans le box de consultation permet d’impliquer le patient qui comprendra alors la nécessité de tenir les lunettes sur la base de son nez.

4. Du fil de suture ou fil dentaire pour enlever les bagues

Les bagues sont les ennemis de l’urgentiste en cas de lésion manuelle. Et le premier geste qu’il réalise, c’est l’ablation de ces bijoux. Mais il faut qu’elle soit possible, c’est à dire que les articulations ne soient pas un point de blocage. Si c’est le cas, d’autres solutions doivent être employées.

Le coupe-bague est bien souvent présent aux urgences mais il est généralement très peu aisé d’utilisation. En outre, depuis quelques années les métaux utilisés pour les bijoux - en particulier masculins - sont de plus en plus résistants.

Il est possible de tenter une ablation aidée par un fil de suture ou un fil dentaire (pour les urgentistes qui ne se déplacent jamais sans leur fil dentaire).

Source image : Dr Ho

Une extrémité du fil est passée sous la bague et le fil est enroulé autour de l’articulation ou des zones oedématiées. Il suffit ensuite de dérouler l’extrémité du fil passée sous la bague pour la faire remonter. Ce geste peut être réalisé même en cas d’infection locale. S’il est trop douloureux d’enrouler le fil autour de l’articulation, il est aussi possible de proposer une anesthésie en bloc du doigt.

Il n’y a que dans les cas de fracture ouverte distale que l’ablation de la bague est contre-indiquée aux urgences.

5. Du lait contre les lacrymogènes

Les manifestations de gilets jaunes ont remis au gout du jour les irritations oculaires par gaz lacrymogène aux urgences. Le lavage oculaire au sérum physiologique est la prise en charge la plus habituelle des irritations oculaires. Pour autant, elle n’est souvent pas suffisante pour éviter la persistance de la douleur.

Il est aussi possible de procéder à une anesthésie locale par le chlorhydrate d’oxybuprocaïne et de laver au sérum physiologique. Mais une partie du produit irritant reste au niveau de la cornée car son constituant, la capsaïcine, est un hydrocarboné hydrophobique qui n’est soluble que dans les graisses.[4] 

Source image : Dr Ho

C’est pour cette raison que le Dr Ho propose d’utiliser en lavage oculaire du lait entier qui contient de la caséine, une substance lipophilique qui va agir comme un détergent dans ce cas. En cas d’irritation cutanée, elle propose la mise en place locale de mayonnaise qui permet un soulagement immédiat des brulures cutanées.

Ces petites astuces peuvent même être utilisées en dehors des urgences. Va-t-on voir fleurir les bouteilles de laits et les tubes de mayonnaise lors des prochaines manifestations ?

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