Pénurie de médecins et fermeture temporaire de la maternité : le début de la fin du CH de Mayenne?

Philippe Anaton

7 janvier 2019

Mayenne, France -- Au centre hospitalier de Mayenne, la pénurie de médecins anesthésistes-réanimateurs a entrainé une lourde décision : la fermeture temporaire de la maternité et le report des actes de chirurgie en période de fêtes. L'association de défense du centre hospitalier (CH) de Mayenne, Audace 53, a appris la nouvelle via un mail adressé entre noël et le réveillon, par la direction du CH : le 27 décembre à 17H44, la direction annonçait en effet la suspension des accouchements du 30 décembre au 21 janvier inclus, mais aussi l'arrêt des prises en charge des chirurgies d'urgence et programmées (sauf endoscopie) jusqu'au 14 janvier, et le transfert des patients nécessitant une prise en charge en soins intensifs, vers le centre hospitalier de Laval.

Une trentaine de parturientes mises en difficulté

Possédant une maternité de niveau 1 pour 750 accouchements par an, le CH de Mayenne a mis en difficulté une trentaine de parturientes, du fait de cette fermeture inopinée de la maternité, a confié la directrice de cet hôpital, Catherine Creuset, à la presse locale. Ces femmes ont été redirigées vers le CH de Laval principalement, mais aussi vers d'autres structures plus proches de leur domicile dans la Manche, l'Orne ou la Sarthe voisine. Pour l'association Audace 53, la suspension provisoire de la maternité de Mayenne signe le début de la fin pour le centre hospitalier. « Depuis plus de 2 ans qu'Audace 53 existe, nous ne cessons de dire qu'il y a danger quant à la pérennité de notre hôpital. Y compris pour la maternité malgré ses plus de 700 naissances par an », a notamment publié Audace 53 sur sa page Facebook. L'association s'interroge sur le fond mais aussi sur la forme prise par cette décision, totalement impromptue : « Lors du dernier CHSCT, les délégués du personnel ont posé la question d'une éventuelle suspension d'activité de la maternité. La direction a balayé la question. Même pendant le conseil de surveillance de la semaine dernière, la direction n'a pas évoqué la situation. C'est inadmissible ». Résultat, Audace 53 appelle à une mobilisation des Mayennais, le 12 janvier prochain, pour sauver maternité et service d'urgences, menacés selon Audace 53, de fermeture définitive.

Depuis plus de 2 ans qu'Audace 53 existe, nous ne cessons de dire qu'il y a danger quant à la pérennité de notre hôpital Audace 53

Départ de deux anesthésistes-réanimateurs

Côté direction, on met en avant la pénurie de médecins, en particulier d'anesthésistes-réanimateurs, qui va de pair avec le recours quasi permanent aux intérimaires. Lesquels pèsent sur le budget de l'hôpital, en déficit de 4 à 5 millions d'euros l'an dernier. La situation est devenue critique depuis un an, selon la direction du CHNM : sur quatre médecins-anesthésistes, deux ont quitté l'établissement. Les deux autres médecins, qui avaient dans un premier temps réclamé des statuts de médecins cliniciens, ont finalement démissionné pour être réembauchés comme intérimaires, un statut plus rémunérateur. Mais en cette période de fin d'année, ces anesthésistes étaient présents le jour, mais pas la nuit. « Or il faut un anesthésiste 24 heures sur 24. Avec une présence seulement de jour, nous pouvons maintenir les explorations, les interruptions volontaires de grossesse, mais nous ne pouvons accueillir les femmes qui viennent accoucher », a expliqué la direction du centre hospitalier à l'Agence de Presse Médicale.

Les deux autres médecins ont finalement démissionné pour être réembauchés comme intérimaires, un statut plus rémunérateur.

Plafonnement de la rémunération des intérimaires

La pénurie de médecins anesthésistes ne devrait pas se résoudre du jour au lendemain. Car si le CHNM arrivait à recruter jusqu'à présent des intérimaires en dérogeant au décret limitant leur rémunération, il devrait en être autrement à partir depuis le 1er janvier de cette année : en effet, le CH de Mayenne, dans le cadre du groupement hospitalier de territoire de Mayenne, devra se soumettre à la loi plafonnant les rémunérations quotidiennes des médecins intérimaires à 1071 euros – contre les 1300 euros proposés jusqu’à présent par le CH. Tandis que les agences d'intérim, du fait de la pénurie observée, proposait des intérimaires en ce début d'année à 1700 euros la journée...

Les fermetures de maternité se poursuivent

La situation à Mayenne est représentative d'une situation plus générale. Selon une enquête du quotidien LeMonde[1], les deux tiers des maternités ont fermé en France en 40 ans avec plus d'une dizaine de fermetures entre 2016 et début 2018. Aujourd'hui, non loin de Mayenne, en Normandie, la maternité de Bernay dans l'Eure devrait fermer en février prochain, même si des opposants ont empêché, en décembre dernier, le lancement des travaux de transformation de cette maternité en centre périnatal. Deux recours devant la justice ont été déposés par des élus ainsi que FO santé.

Dans l'Oise, l'agence régionale de santé a annoncé début décembre la fermeture de la maternité de Creil, transféré vers Senlis.

Enfin, toujours en décembre, le tribunal administratif de Pau a confirmé la fermeture de la maternité d'Oléron, décidée par l'agence régionale de santé de nouvelle-Aquitaine... 
 

 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....