Après l’accord avec les mutuelles, Agnès Buzyn tente d'éteindre la colère dans le secteur sanitaire et social

Philippe Anaton

2 janvier 2019

France -- Le secteur de la santé et de la protection sociale n'est pas à l'abri de la crise mise en lumière par le mouvement des « gilets jaunes ». C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Président de la République, Emmanuel Macron, a reçu ,le 18 décembre dernier, les assurances et les mutuelles en présence de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour leur demander, comme il l’avait fait précédemment avec les banques, de modérer leurs tarifs. Quelques jours après, le voeu du gouvernement était exaucé, un geste d’apaisement qui intervient, rapellons-le, dans le contexte de la réforme du reste à charge zéro – un engagement de campagne d’Emmanuel Macron, qui prévoit de mettre à disposition, entre 2019 et 2022, des soins dentaires, ophtalmologiques et audiologiques pour un reste à charge nul.

Accélérer la réforme du « reste à charge zéro » : surenchère des mutuelles

Face à des « circonstances exceptionnelles », les complémentaires santé adhérentes à la Fédération Française de l’Assurance ont, en effet, décidé de « marquer leur solidarité envers leurs assurés dans le contexte d’urgence économique et sociale », a annoncé la fédération dans un communiqué. « Il ne sera procédé à aucune augmentation de tarif liée à la réforme du « 100 % santé » pour l’année 2019. Les acteurs qui auraient anticipé une telle évolution s’engagent à la corriger » est-il précisé.
Outre la neutralisation des hausses des tarifs prévue en 2019 pour les contrats de base dits contrats au ticket modérateur, la Mutualité Française va plus loin, en proposant de mettre en place le reste à charge zéro dès le second semestre 2019, et non plus d'ici 2021. Pour ne pas être en reste, les assureurs ont fait savoir qu’ils voulaient engager une réflexion sur l'amélioration de l'offre de soins, en accélérant, à l'instar de la Mutualité Française, la mise en œuvre de la réforme 100% santé.

Efforts salués par le gouvernement

Au lendemain de ces prises de position, le ministère de la Santé a salué, dans un communiqué, l’effort consenti en 2019 par les organismes complémentaires pour les contrats de base dits « contrats au ticket modérateur » « Ces contrats sont généralement souscrits par des personnes aux revenus modestes. Au-delà des 7 millions de personnes couvertes par les aides publiques existantes (couverture maladie universelle complémentaire, aide à la complémentaire santé), plus de 5 millions de personnes vont ainsi bénéficier de ce remboursement », s’est félicité le ministère de la Santé. Rappelons qu’Agnès Buzyn avait vu rouge, quelques jours auparavant, évoquant un « sabotage politique » des mutuelles, les accusant de ne pas tenir leurs engagements et d’utiliser la réforme du « reste à charge zéro » pour justifier des hausses de prix sur d’autres types de contrats.

415 millions d'euros pour les hôpitaux

Tout ce mois de décembre, la ministre de la santé est montée au front pour éteindre le feu qui couve – en dégelant 415 millions d'euros pour les établissements de santé – ou en tentant de défendre la politique du gouvernement. Lors d'une récente interview sur Europe 1, la ministre de la santé s'est dite attristée par la situation actuelle. « Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir avec le sentiment d’une fracture sociale, d’un pays malade. Et c’est très douloureux de se rendre compte que l’on n’a pas réussi à l’apaiser, que les violences verbales et physiques se sont au contraire répandues », a-t-elle notamment déclaré. Elle a par ailleurs rappelé que le gouvernement avait décidé d'investir dans 600 hôpitaux de proximité « pour éviter qu’ils ne dépérissent et pour qu’ils deviennent des établissements attractifs et ouverts sur la ville ».

Pas de trêve pour la grève

Pour autant, la ministre de la santé a exclu une augmentation des salaires dans la fonction publique hospitalière (FPH). Pas de prime exceptionnelle, comme cela a pu être le cas pour les salariés du privé, ni de dégel du point d'indice, et ce, pour l'ensemble des fonctionnaires. Alors que la crise des gilets jaunes est loin d'être terminée, le secteur de la santé et du médico-social, mécontent des mesures prises par les pouvoirs publics, menacent de lancer de nouvelles actions dès janvier 2019. Ainsi, l'intersyndicale du secteur des personnes âgées (CFDT, CFTC, CGT, FO, Unsa, CFE-CGC, FA-FP, FSU, SUD et Ufas), soutenue par l'association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) prévoit un nouveau mouvement social en janvier 2019, constatant qu'aucune mesure efficace n'avait été prise depuis un an, date à laquelle une grève nationale historique avait été déclenchée dans le secteur du troisième âge.

Les ambulanciers se sont aussi manifestés en déclenchant, pour leur part, une manifestation surprise à Paris le 3 décembre dernier, contre la réforme de la prise en charge des patients : désormais ce sont les hôpitaux, et non plus les patients, qui choisissent les compagnies d'ambulance qui transporteront les malades, après passage d'un appel d'offre.

Enfin, en cette veille de noël, le Samu de Seine-Saint-Denis, a lancé un appel à la grève pour alerter sur le manque d'effectifs. « C'est catastrophique. À certains moments, ça peut être 10 à 15% des appels qui ne trouvent pas de réponse et pour certains d'entre eux quand on décroche, c'est au bout de 5, 6, 7 et 8 minutes », regrette Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et délégué CGT au Samu 93, interrogé par France Info. Si un protocole d’accord a été signé avec l’AP-HP, avec notamment une enveloppe exceptionnelle de soutien de 300 000 euros de l’Agence régionale de santé (ARS) pour chacun des SAMU d’Ile-de-France, il y a fort à parrier que l’on va continuer de voir en 2019, Agnès Buzyn, tenter d'éteindre le feu de la contestation sociale un peu partout en  France...
 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....