POINT DE VUE

Les 3 thématiques qui ont marqué la diabétologie en 2018, selon Boris Hansel

Dr Boris Hansel

Auteurs et déclarations

24 décembre 2018

Le blog du Dr Boris Hansel - Diabétologue et nutritionniste

TRANSCRIPTION

Voici le moment de faire le point sur l’année 2018 en diabétologie. J’ai sélectionné trois thématiques qui ont attiré mon attention :

1. L’impact cardiovasculaire des gliflozines et les agonistes de GLP-1

Nous savions déjà que ces deux classes thérapeutiques avaient un effet significatif pour le cœur, mais les données se sont précisées et renforcées en 2018. D’abord, avec l’étude DECLARE, on peut dire aujourd’hui que la réduction de l’incidence des hospitalisations pour insuffisance cardiaque dans une population qui n’a pas forcément d’athérosclérose, se confirme, et il semble bien que ce soit un effet classe. En revanche, l’étude qui a testé ici la dapagliflozine, n’a pas retrouvé de bénéfice en termes de réduction des événements coronaires, comme on a pu le voir avec deux autres gliflozines, l’empagliflozine et la canagliflozine. Il y a donc encore des choses à comprendre et à préciser, même s’il y a pas mal d’hypothèses pour expliquer les différences. Malgré les effets indésirables de ces molécules, nous sommes quand même, nous Français, un peu frustrés de ne pas les avoir à notre disposition, toujours faute de remboursement. On espère que les choses changeront, d’autant plus qu’en Europe et aux États-Unis, cette classe thérapeutique est utilisée et parfois assez tôt dans le schéma thérapeutique.

Toujours dans cette thématique sur l’impact cardiovasculaire des antidiabétiques, il y a l’étude PIONEER 6, dont les résultats ont été révélés récemment fin novembre par le laboratoire — ce n’est pas encore publié dans un journal scientifique. Il s’agit du semaglutide, un agoniste du GLP-1 qui est connu sous forme de traitement injectable, mais il a été ici testé sous sa forme orale et non injectable, comme on a pu le faire auparavant. Le critère principal de jugement n’a pas été significativement diminué — c’était un critère composite cardiovasculaire, avec une baisse de 21 % des événements cardiovasculaires majeurs. En revanche, on note une réduction significative de 51 % des décès cardiovasculaires et une réduction de 49 % de la mortalité toute cause. Si ces données étaient isolées, on pourrait se poser des questions, mais elles confirment, là encore, ce qu’on savait déjà avec le liraglutide et avec le semaglutide sous sa forme injectable.

2. L’impact des oméga-3 sur le risque cardiovasculaire

Nous avons été déçus, ces dernières années, avec les résultats des grandes études randomisées qui ont testé des supplémentations d’oméga-3 ; elles ont montré un effet nul ou faible, donc avec absence de réduction significative des événements cardiovasculaires. On n’avait toutefois pas d’études spécialement réalisées chez les patients diabétiques. Ce manque est comblé aujourd’hui avec l’étude ASCEND qui a comparé par rapport au placebo, 1 g d’oméga-3 à longue chaîne d’origine marine. L’étude montre que cela ne réduit pas l’incidence des maladies cardiovasculaires.

On pourrait être encore déçu, mais il y a une petite lueur d’espoir tout de même avec les oméga-3, puisqu’au même moment, dans le même New England Journal of Medicine, une étude [REDUCE-IT] réalisée chez des patients hypertriglycéridémiques, mais dont la majorité est diabétique, a conclu différemment. La spécificité ici est que la molécule utilisée est l’icosapent éthyle, un dérivé de l’EPA, qui est un peu différente des molécules qui sont habituellement testées. En outre, la dose administrée était particulièrement élevée : 4 g par jour. Les résultats ont été positifs, cette supplémentation ayant permis, chez les diabétiques, de réduire les événements cardiovasculaires. Est-ce que cela signifie qu’il faut en prescrire chez les diabétiques ? Probablement pas, il y a encore pas mal de choses à analyser et de questions qui se posent, notamment celle d’un possible effet délétère du placebo, puisque les chercheurs ont ici utilisé comme placebo une huile minérale et certains ont dit que cela aurait pu gêner l’absorption de certains médicaments de la prévention cardiovasculaire. L’impact des oméga-3 chez les patients diabétiques et/ou hyper-triglycéridémiques est donc une affaire à suivre…

3. La télémédecine dans le soin courant des patients diabétiques

Pour terminer sur une note 100 % positive – en tout cas pour ma part – il y a l’arrivée en France de la télémédecine dans le soin courant, en particulier pour les patients diabétiques, dans le cadre du programme de télésurveillance ETAPES. Je vous invite à consulter les articles et les vidéos qui se réfèrent à ce programme de télésurveillance, il y a pas mal de choses qui ont été diffusées sur Medscape et qui vous expliqueront, si vous ne savez pas encore, ce qu’est le programme ETAPES et comment on peut proposer à certains diabétiques qui en ont besoin de la télésurveillance remboursée.

Je vous souhaite une excellente année 2019 et je vous dis à très bientôt sur Medscape !

 

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