Cannabis : la cigarette électronique accentue l’absorption de THC

Vincent Richeux

17 décembre 2018

Baltimore, Etats-Unis A dose de tétrahydrocannabinol (THC) égale, le cannabis entraine des effets plus prononcés quand il est vapoté à l’aide d’une cigarette électronique que lorsqu’il est fumé (joint). C’est ce qui ressort d’une petite étude comparative américaine, qui préconise de renforcer la prévention concernant ce mode de consommation de plus en plus prisé aux Etats-Unis [1].

Selon les résultats de ces travaux, publiés dans le JAMA Network Open, la quantité de THC passant dans le sang est plus élevée avec le vapotage, ce qui provoque davantage d’anxiété et un sentiment de paranoïa renforcé, du moins chez les consommateurs occasionnels. La perte de mémoire et le niveau de distraction sont également accentués.

Vigilance chez les plus jeunes

Interrogée par Medscape édition française, le Dr Brigitte Métadieu, addictologue à l’association Charonne (Paris), estime qu’il convient de s’interroger sur le risque d’addiction lié au vapotage de THC, encore peu répandu en France. « L’arrivée massive et brutale de substances psychoactives dans le cerveau pourrait favoriser la dépendance. Cela reste à prouver, mais c’est le cas notamment pour la nicotine. »

Elle rappelle néanmoins que le cannabis provoque moins de dépendance que la nicotine et la cigarette électronique reste moins nocive que la combustion. « Il faudrait toutefois adapter les messages de prévention, en insistant sur la nécessité de réduire les doses en THC. Et, surtout, rappeler les effets délétères sur les capacités cognitives d’un usage répété chez les plus jeunes ».

Alors qu’on s’interroge en France sur l’interdiction des dérivés de cannabis sans THC, contenant du cannabidiol (CBD), une substance non euphorisante disponible depuis peu pour la cigarette électronique, c’est le vapotage de cannabis avec THC qui attire l’attention Outre-Atlantique, où la pratique est devenue très tendance.

Aux Etats-Unis, plus de la moitié des Etats (30 Etats sur 50) autorisent désormais la consommation de cannabis à des fins thérapeutiques, tandis que 9 d’entre eux ont légalisé son usage récréatif, ce qui a conduit à une multiplication des modes de consommation. La cigarette électronique est essentiellement utilisée dans un cadre récréatif.

Mieux perçue qu’un joint

L'engouement pour le vapotage de THC s’explique par le fait que ce mode de consommation est perçu comme moins nocif, comparativement à une combustion. Il est aussi plus fréquemment adopté par les non fumeurs. Toutefois, ses effets n’ont pas encore été clairement caractérisés, notamment chez les consommateurs occasionnels.

Dans cette petite étude contrôle, le Dr Tory Spindle et son équipe (Johns Hopkins University School of Medicine, Baltimore, Etats-Unis) ont inclus 17 volontaires adultes en bonne santé, âgés en moyenne de 27 ans. Ils ne devaient pas avoir consommé de cannabis depuis au moins un mois. La plupart d’entre eux n’en avaient pas fumé depuis plus d’un an.

Les participants ont été invités à consommer du cannabis au cours de sessions hebdomadaires organisées pendant six semaines. Ils ont été répartis en deux groupes pour vapoter d’un côté, à l’aide du dispositif Volcano Medic®, conçu pour un usage thérapeutique, ou fumer de l’autre avec une petite pipe. Les modes de consommation étaient inversés après trois sessions.

A chaque session, les participants ont été randomisés en double aveugle pour consommer, avec l’un ou l’autre des dispositifs, du cannabis contenant 0 mg (groupe placebo), 10 mg ou 20 mg de THC. Ils devaient avoir inhalé l’intégralité du produit avant de se soumettre à plusieurs tests cognitifs et à des analyses sanguines.

Deux fois plus de THC dans le sang

Les résultats montrent que le vapotage de cannabis induit un niveau plus élevé de THC dans le sang et davantage d’effets psychoactifs qu’en le fumant. Avec du cannabis à 10 mg de THC, le taux sanguin observé après une inhalation à l’aide du dispositif électronique est doublé comparativement à celui associé à une combustion.

Plus précisément, dans les dix minutes qui suivent l’absorption, le niveau de THC dans le sang atteint 14,4 ng/mL après avoir vapoté du cannabis à 25 mg de THC, contre 10,2 ng/mL après l’avoir fumé. En vapotant 10 mg de THC, le taux sanguin est de 7,5 ng/mL. Il est de 3,8 ng/mL avec une combustion du cannabis.

Les chercheurs rappellent que les doses utilisées dans l’étude sont plus faibles que celles couramment proposées en vente libre aux Etats-Unis. Pour doser 25 mg de THC, ils ont utilisé 0,19 g de cannabis à 13,4% de THC, alors qu’il est fréquent de trouver à la vente des joints contenant 1g de cannabis à plus de 18% de THC, soit une dose de180 mg de THC.

Pour évaluer les effets, les participants ont été invités à répondre à un questionnaire portant  sur le niveau d’appétit, de motivation, l’état de bien-être ou au contraire de mal-être, la perception d’une paranoïa, d’une anxiété, d’une fatigue accentuée ou encore la sensation de bouche sèche.

Les résultats montrent que le vapotage de cannabis induit un niveau plus élevé de THC dans le sang et davantage d’effets psychoactifs qu’en le fumant.

Performances cognitives altérées

L’étude révèle que les participants ayant consommé 25 mg de THC par vapotage attribuent un score moyen 77,5 pour évaluer l’intensité globale des effets, alors qu’il atteint 66,4 pour ceux qui ont fumé la même dose. De même, le score moyen est plus élevé avec le vapotage en ce qui concerne le niveau d’anxiété ou de paranoïa.

Des tests sur écran ont également été mené pour évaluer la capacité d’attention, la mémoire et la réactivité des participants. Que ce soit avec 10 mg ou 25 mg de THC, les performances cognitives étaient plus faibles après le vapotage de cannabis, comparativement à la combustion.

« Notre étude suggère que les personnes peu habituées à consommer du cannabis doivent être vigilantes sur la quantité à mettre dans un vaporisateur et elles ne doivent pas conduire dans un délai de plusieurs heures », a commenté le Pr Ryana Vandrey (Johns Hopkins University School of Medicine, Baltimore, Etats-Unis), qui a supervisé l’étude.

Selon les auteurs, les autorités devraient prendre en considération ces résultats pour adapter les recommandations concernant l’utilisation de la cigarette électronique pour consommer du cannabis et le dosage des produits en THC.

Les personnes peu habituées à consommer du cannabis doivent être vigilantes sur la quantité à mettre dans un vaporisateur Pr Ryana Vandrey

L’huile de cannabis à éviter

Pour le Dr Métadieu, les plus jeunes, plus à risque de dépendance et de troubles cognitifs, doivent être visés en priorité par les messages de prévention. « Il faut veiller à ne pas les encourager à acquérir ce type de matériel, en présentant notamment le vapotage comme moins nocif, le risque étant de favoriser une consommation plus fréquente. »

« Pour l’instant, en France, les jeunes consommateurs de cannabis ne considèrent pas si mal la combustion. » Mais, la cigarette électronique pourrait rapidement être perçue comme un meilleur mode de consommation, surtout parce qu’elle permet d’avoir l’effet recherché avec moins de produit.

En plus de sensibiliser sur la qualité et le dosage en THC du cannabis, l’addictologue a rappelé que la prévention devra également porter sur les dangers de l’utilisation d’huile de cannabis avec ce type de dispositif. « Ce produit n’est pas du tout adapté. La vaporisation peut faire passer des gouttelettes d’huile dans les poumons et provoquer une pneumopathie lipidique ».

 

 

 

 

 

 

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