Ebola au Congo : l’épidémie ne faiblit pas

Stéphanie Lavaud

13 décembre 2018

Genève, Kinshasa — Près de cinq mois après la déclaration de la flambée de maladie à virus Ebola (MVE), l’épidémie continue à sévir au Congo, touchant femmes et enfants en grande proportion. Malgré les moyens mis en place par le gouvernement congolais en lien avec l’Organisation Mondiale de Santé (OMS) et d’autres partenaires, la riposte – dans une zone de conflits armés – demeure difficile [1]. Dans ce contexte troublé, un essai clinique portant sur 3 molécules expérimentales vient d’être lancé (voir encadré en fin d’article).

271 décès depuis le début de l’épidémie

 « Depuis le début de l'épidémie, le cumul des cas est de 458, dont 410 confirmés et 48 probables. Au total, il y a eu 271 décès (223 confirmés et 48 probables) et 146 personnes guéries. En outre, 94 cas suspects sont toujours en cours d'investigation » a déclaré le Ministre congolais de la Santé, le Dr Oly Ilunga Kalenga, qui s’est exprimé le 6 décembre dernier (voir infographie publiée sur Twitter ci-dessous). Malgré les moyens engagés, l'épidémie « va encore durer quelques mois » car « chaque fois qu'il y a un cas déclaré, […], vous devez vous dire que l'épidémie va encore durer 60 jours ».

 

Pour autant, le gouvernement de la République du Congo et ses partenaires sont très engagés sur le terrain. « Tous les efforts sont faits pour continuer à casser la chaîne de transmission de la maladie et à limiter sa propagation » a confirmé le ministre. Rien que pour l’OMS, ce ne sont pas moins de 300 spécialistes qui sont déployés dans le pays avec des priorités tout azimut, depuis la surveillance jusqu’à la prise en charge médicale, en passant par le dépistage via l’installation de laboratoires et la prévention avec la vaccination. Mais l’institution onusienne, forte de l’enseignement des précédentes épidémies, n’oublie pas de tenir des spécificités culturelles du pays. La communication sur les risques et la participation des communautés sont de mise pour contrer la méfiance des populations, à travers notamment l’aide aux enterrements – à la fois dignes et sécurisés – et en offrant un soutien psychosocial.

Une région qui cumule les difficultés 

Toutes ces mesures ne sont pas de trop si l’on considère que l'épidémie dans la région de Beni est « la plus complexe de l'histoire du monde » selon les dires du ministre Oly Ilunga Kalenga. « Sans la longue expérience de nos experts congolais, sans la disponibilité des médicaments thérapeutiques (voir encadré ci-après), nous serions probablement dans la trajectoire de l'épidémie de l'Afrique de l'ouest » a-t-il ajouté, laquelle a fait plus de 11 000 morts en 2014.

S’il est si difficile d’organiser la « riposte », c’est que la région cumule les difficultés : une zone de conflit actif – une centaine de groupes armés recensés – doublée d’une crise humanitaire prolongée. Sans oublier que le pays est confronté à d’autres épidémies (cholera, poliomyélite dérivée de souches vaccinales, paludisme). Malgré un risque élevé de voir s’étendre l’épidémie à d’autres provinces du Congo de même qu’aux pays limitrophes (Ouganda et sud Soudan), l’OMS, considérant que le risque global, lui, reste faible, continue de déconseiller l’application de restrictions aux voyages et au commerce avec la République démocratique du Congo,

 

Ebola : 3 molécules à l’essai

Le Ministère de la santé de la République démocratique du Congo (RDC) a annoncé fin novembre le lancement d’un un essai contrôlé randomisé visant à évaluer l’efficacité et l’innocuité des médicaments utilisés dans le traitement des patients infectés par le virus Ebola, sachant qu’il n’existe, à ce jour, aucune thérapeutique validée contre cette maladie. «Jusqu’à présent, les patients (plus de 160) ont été traités dans le cadre de protocoles thérapeutiques à titre compassionnel, avec des médicaments semblant prometteurs et ayant un bon profil d’innocuité dans les conditions du laboratoire » a affirmé le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. Ces molécules étaient données dans un cadre éthique élaboré par l’OMS, en consultation avec des experts sur le terrain et la RDC, appelé Utilisation contrôlée en situation d’urgence d’interventions non homologuées (MEURI), mais sans qu’il soit prévu de les évaluer. C'est désormais chose faite. Trois molécules expérimentales ou médicaments sont concernées par cet essai, il s’agit du ZMAP, du MAB114 et du REMDESIR. « Chaque molécule sera administrée sur 336 malades, en raison de 112 malades par groupe », a annoncé le Dr Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB) à Kinshasa [2]. Pour atteindre la puissance statistique requise, « cette étude peut durer 5 ans et peut s’étendre à d’autres pays que la RDC », a indiqué le directeur de l’INRB.

L’essai est coordonné par l’OMS, dirigé et parrainé par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de la RDC, en partenariat avec le Ministère de la santé de la RDC, le NIAID (National Institute of Allergy and Infectious Diseases), qui fait partie des National Institutes of Health des États-Unis d’Amérique, l’alliance ALIMA (Alliance for International Medical Action) et d’autres organisations [3].

 

Illustrations empruntées au compte Twitter du Ministère de la Santé RDC @MinSanteRDC

 

 

 

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