La nouvelle tique qui inquiète les autorités sanitaires américaines

Marine Cygler

12 décembre 2018

Etats-Unis – Originaire d'Asie, une nouvelle espèce de tique se répand sur le territoire américain. Découverte accrochée à la peau d'un mouton en 2017 dans l'Etat du New-Jersey, elle a été détectée depuis dans neuf Etats sur des animaux domestiques, des animaux sauvages et même deux êtres humains. Porteuse de nombreux pathogènes à l’origine de maladies potentiellement mortelles, Haemaphysalis longicornis inquiète de plus en plus les autorités américaines. Les Centers for Disease Control and Prevention/centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) viennent d’ailleurs de lui consacrer un rapport [1].

Une tique asiatique potentiellement mortelle…

Tique indigène d'Asie, présente dans l'Est de la Chine, au Japon, en Corée et dans l'Est de la Russie, Haemaphysalis longicornis s'est établie aussi en Australie, en Nouvelle Zélande et dans plusieurs îles du Pacifique.

Si, à ce jour, il n’y a aucune preuve d’une transmission de pathogènes à l’homme ou à l’animal aux Etats-Unis, indique le rapport du CDC, elle constitue néanmoins un vecteur important pour différents pathogènes de pathologies potentiellement mortelles. Ainsi, en Chine et au Japon, elle est responsable de la transmission du virus du syndrome de thrombocytopénie (SFTSV) qui provoque une fièvre hémorragique chez l'homme, et de celle de Rickettsia japonica, responsable de la fièvre jaune japonaise. Grâce à différentes études menées en Asie, d'autres pathogènes infectant la tique ont été identifiés : Anaplasma, Babesia, Borrelia, Ehrlichia et Rickettsia. Dans certaines régions d'Australie et de Nouvelle-Zélande, la tique Haemaphysalis longicornis a ingéré tellement de sang du cheptel laitier qu’elle a entrainé une diminution allant jusqu'à 25 % de la production de lait, rapporte le Washington Post.

« Nous ne savons vraiment pas si cette tique va transmettre des maladies sur le sol américain, et si c’était le cas, dans quelle mesure. Mais il est très important que nous nous en rendions compte très vite » a affirmé Lyle Petersen, directeur du département des maladies vectorielles au CDC. Une urgence d’autant plus compréhensible qu’une femelle de cette espèce peut pondre 2000 œufs en une fois par parthénogénèse – qui permet à une femelle d’engendre une descendance sans accouplement avec un mâle – entrainant des infestations massives.

… en train de s'établir aux Etats-Unis

Les autorités ne savent pas véritablement depuis quand les tiques ont débarqué sur le sol américain. Toujours est-il qu’avant 2017, H. longicornis avaient été interceptées au moins à quinze reprises par les services vétérinaires sur des animaux importés ou des tissus.

Août 2017 marque l'identification d'une tique H. longicornis sur un mouton, une première hors quarantaine. A l'été 2018, elle a été de nouveau repérée au même endroit, puis dans d'autres comtés du New Jersey et dans sept autres Etats de l'est (Connecticut, Maryland, New Jersey, New York, North Carolina, Pennsylvania, Virginia, and West Virginia) et même dans l'Arkansas. Elles sont à chaque fois identifiées soit d'après leurs caractéristiques morphologiques par les services vétérinaires du Département de l'Agriculture américain (USDA) soit par l'analyse de leur ADN.

Animaux hôtes : une liste à la Prévert

Les animaux hôtes sur lesquels la tique s’implante sont, soit des animaux domestiques – 1 chat, 4 vaches, 12 chiens, 2 chèvres, 2 chevaux, 2 moutons –, soit des animaux sauvages – 1 coyote, 7 daims, 1 renard argenté, 2 opossums, 1 marmotte et 1 raton-laveur.

Interrogé par Medscape édition française sur cette migration de cet insecte, le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches, n’est pas surpris : « c'est un mode de circulation classique : les tiques sont déplacées d'un continent à l'autre par les troupeaux d'animaux importés. Le problème devient sérieux, et c'est le cas ici, quand les tiques infestent la faune sauvage. Il est alors très difficile d'enrayer leur progression ».

Une menace émergente

Comment évaluer la menace ? « Les auteurs de ce rapport [celui du CDC] sont connus pour leur prudence. Donc leur article témoigne quand même d'une certaine inquiétude » considère le Pr Christian Perronne. « Cela dit, il ne semble pas qu'il s'agisse pour l'instant d'une catastrophe de santé publique » ajoute-t-il.

Néanmoins, le nombre important de pathogènes portés par H. longicornis (Anaplasma, Babesia, Borrelia, Ehrlichia, Rickettsia mais aussi les virus Heartland et Powassan) fait de cette nouvelle tique une « menace sérieuse », d'après le spécialiste français.

Selon ce rapport officiel, H. longicornis représente en effet « une menace nouvelle et émergente » nécessitant des études complémentaires pour caractériser la biologie et l'écologie de la tique ainsi que des efforts de surveillance notamment des pathogènes exotiques transportés. Un système de surveillance a été mis en place pour détecter la progression de cette espèce invasive sur le territoire américain et la mettre en relation avec l'émergence de maladies.

« En Asie, il n'existe pas à ma connaissance de test pour affirmer qu'une maladie est liée à une morsure de cette tique, ni de système de surveillance rigoureux et encore moins de moyens de lutte mis en œuvre » indique Christian Perronne. 

Pour l'instant, aux Etats-Unis, aucune maladie humaine n'aurait été attribuée à la transmission d'un pathogène par une morsure de ces nouvelles tiques.

Une information que le Pr Perrone reçoit avec prudence : « Il faut garder en mémoire que de nombreux patients présentent des syndromes chroniques, avec des douleurs généralisées, des troubles cardiaques, neurologiques et articulaires, sans qu'on puisse en expliquer l'étiologie. Il est possible que ce soit lié à des pathogènes des tiques ».

 

 

 

 

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