Moins de naissances prématurées grâce à une supplémentation ou une alimentation riche en acides gras oméga-3

Valérie Devillaine

11 décembre 2018

Adelaïde, Australie – Consommés pendant la grossesse, en suppléments ou en apports alimentaires, les acides gras polyinsaturés à chaîne longue (AGPICL) oméga-3 réduisent le risque de naissance prématurée (avant 37 semaines) et très prématurée (avant 34 semaines). Telles sont les conclusions d’une méta-analyse de 70 études, rapportée en novembre par la Cochrane Library[1] .

70 essais contrôlés randomisés, incluant près de 20 000 femmes

Les auteurs ont passé en revue 70 essais contrôlés randomisés, incluant près de 20 000 femmes. La plupart de ces études comparaient des groupes de femmes enceintes recevant des acides gras poly-insaturés à chaîne longue AGPICL oméga-3 (en suppléments ou sous forme alimentaire) à des groupes recevant un placebo ou rien. À noter que la majorité de ces études ont été menées dans des pays à revenus intermédiaires ou élevés et près de la moitié incluaient des femmes présentant une grossesse à risque. L’exclusion des 11 essais sur 70 ayant reçu des financements industriels ne change pas significativement les résultats, mentionnent encore les auteurs.

Baisse des naissances prématurées et très prématurées

De cette méta-analyse, Philippa Middleton et ses collègues du South Australian Health and Medical Research Institute concluent ainsi que le taux de naissances prématurées (avant 37 semaines) passe de 13,4 % à 11,9 % (RR=0,89, IC 95 % : 0,81 - 0,97, sur 26 études incluant 10 304 participantes ; données probantes de haute qualité). Le taux de naissances très prématurées (avant 34 semaines) chute quant à lui de 4,6 % à 2,7 % (RR=0,58, IC 95 % : 0,44 - 0,77 sur 9 ECR, 5 204 participantes ; données probantes de haute qualité).

Des données de qualité jugée moyenne par les auteurs laissent à penser que les dépassements de terme (au-delà de 42 semaines) seraient plus nombreux chez les femmes ayant pris des oméga-3 (RR 1,61, IC à 95 % de 1,11 à 2,33 ; 5 141 participantes ; 6 ECR). D’autres données suggèrent également une réduction du risque de décès périnatal, de faible poids de naissance et d’admission en services de soins néonataux, mais sans permettre de conclure. Aucune différence entre les groupes n’a été observée quant aux événements indésirables graves concernant les mères ou à la dépression post-natale.

« Les naissances prématurées (bébés nés avant 37 semaines de grossesse (gestation) sont l’une des principales causes d’invalidité ou de décès au cours des cinq premières années de la vie », pointent encore les auteurs de la revue de Cochrane. Et de conclure qu’ « une supplémentation en AGPICL oméga-3 pendant la grossesse est une stratégie efficace pour réduire l’incidence des naissances prématurées ».

Supplémentation en oméga-3 versus alimentation équilibrée et variée

Medscape édition française a interrogé le Pr Olivier Picone, gynécologue-obstétricien à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes (AP-HP), qui s’était déjà intéressé aux effets d’une supplémentation en oméga-3 pendant la grossesse, en 2009. Ses travaux concluaient alors qu’une telle supplémentation, « notamment en DHA et EPA, permettrait d’allonger la durée de la gestation et donc de diminuer la morbimortalité liée à la prématurité. Le mécanisme, supposé depuis déjà 20 ans, serait la diminution de la synthèse des prostaglandines E et F ».

Aujourd’hui, le médecin-chercheur note néanmoins que « le Collège national de gynécologie-obstétrique, dans ses recommandations de 2017, n’a trouvé aucun argument en faveur d’une supplémentation en oméga-3 pour diminuer le risque de naissance prématurée. » Le Pr Picone préfère donc recommander aux femmes enceintes « une alimentation équilibrée et variée, avec un poisson gras (saumon, maquereau, hareng…) deux fois par semaine. Mais sans excès pour ne pas s’exposer trop aux métaux lourds souvent présents dans ces poissons en bout de chaîne alimentaire ». En cas de régime particulier (véganisme, chirurgie gastrique de l’obésité, maladie digestive…), il propose également des alternatives : « l’huile de lin est également très riche en oméga-3, de même que les fruits à coque et la viande et les œufs d’animaux nourris aux graines de lin. »

Les auteurs de la revue Cochrane en appellent de leur côté à prolonger le suivi des essais inachevés afin d’évaluer les résultats à long terme pour la mère et l’enfant.

 

 

 

Philippa Middleton et Judith C. Gomersall n’ont pas déclaré de liens d’intérêt. Maria Makrides a signalé avoir reçu des financements du National Health and Medical Research Council australien pour une étude sur les oméga-3 et déclare être la présidente élue de l’International Society for the Study of Fatty Acids and Lipids (ISSFAL).

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