Fibromylagie: la piste de l'inflammation cérébrale confirmée par l'imagerie

Vincent Richeux

3 décembre 2018

Boston, Etats-Unis, Stockholm, Suède Impliquée dans la défense immunitaire du système nerveux central, la microglie est davantage activée et de manière généralisée dans le cerveau des patients atteints de fibromyalgie. C’est ce qu’ont découvert des chercheurs suédois et américains, grâce à une technique d’imagerie basée sur le marquage spécifique de ces cellules [1].

En montrant que cette maladie, mal comprise, est liée à un état inflammatoire persistant dans le cerveau, les chercheurs suggèrent une nouvelle piste thérapeutique, qui passerait par une modulation des cellules gliales. Selon eux, la découverte devrait aussi contribuer à une meilleure reconnaissance de la fibromyalgie.

La fibromyalgie est un syndrome douloureux chronique. Elle se caractérise par des douleurs diffuses persistantes, qui peuvent débuter dans le dos et le cou avant de s’étendre dans le reste du corps, et s’accompagne d’une fatigue chronique, d’une perturbation du sommeil ou encore de troubles de la mémoire et de l’attention.

Prévalence de 1,6%

En France, selon une récente enquête épidémiologique, la fibromyalgie touche 1,6% de la population, en grande majorité des femmes. La maladie, difficile à diagnostiquer, a longtemps été négligée. La prise en charge est inégale et s’appuie essentiellement sur des traitements symptomatiques, à défaut d’avoir identifié l’origine des troubles.

Plusieurs études ont suggéré le rôle éventuel de l’inflammation du système nerveux central dans l’apparition des troubles. Des travaux menés par Eva Kosek et son équipe (Karolinska University Hospital, Stockholm, Suède) ont ainsi révélé des taux anormalement élevés de protéines inflammatoires dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) de patients atteints de fibromyalgie.

En collaboration avec des chercheurs américains dirigés par Marco loggia (Massachusetts General Hospital, Harvard Medical School, Boston, Etats-Unis), la même équipe a pu, cette fois, confirmer la présence d’une inflammation dans le cerveau de ces patients, grâce à une technique d’imagerie combinant l’IRM à la tomographie par émission de positons (TEP).

Les astrocytes également scrutés

Les deux équipes ont utilisé un produit radioactif ayant la capacité de se lier de manière spécifique à la protéine de translocateur (TSPO), un biomarqueur associé à la neuro-inflammation qui est surexprimé dans les microglies activées. Les chercheurs peuvent alors visualiser par imagerie le niveau d’activité des cellules microgliales.

Pour rappel, les microglies sont des cellules immunitaires apparentées au macrophages évoluant dans le système nerveux central. Elles représentent 5 à 10% des cellules gliales, les autres étant majoritairement des astrocytes, qui ont davantage un rôle fonctionnel dans le réseau neuronal.

Au total, 31 patients atteints de fibromyalgie, en majorité des femmes, ont participé à l’étude multicentrique. La moyenne d’âge était de 50 ans. Un examen par imagerie IRM/TEP a été effectué, après injection du marqueur. L’équipe suédoise a, en plus, utilisé un autre marqueur pour visualiser l’activité des astrocytes.

Les résultats d’imagerie ont été comparés à ceux de 27 volontaires en bonne santé. Les deux équipes, qui ont opéré de manière indépendante chacune de leur côté, montrent que les cellules microgliales des patients atteints de fibromyalgie sont plus actives dans plusieurs régions du cerveau, comparativement à celles des volontaires sains.

Sensibilisation des voies de la douleur

En revanche, l’activité des astrocytes est apparue similaire, ce qui suggère que les symptômes de la fibromyalgie sont liés à l’activité de la microglie. « D’autres études avec de plus larges cohortes sont toutefois nécessaires pour confirmer que les astrocytes n’ont pas un rôle clé dans la physiopathologie ». 

De précédents travaux avaient rapporté une plus forte activité de la microglie dans certaines régions du cerveau, chez des patients souffrant de douleurs dorsales chroniques. Dans le cas des patients atteints de fibromyalgie, la suractivation des cellules microgliales apparait encore plus généralisée, précisent les auteurs.

« L’activation des cellules gliales observée dans notre étude libère des médiateurs de l’inflammation qui seraient impliqués dans la sensibilisation des voies de la douleur et pourraient jouer un rôle dans l’apparition de symptômes comme la fatigue », a souligné Marco Loggia.

Les recherches doivent désormais se poursuivre pour savoir si la modulation de l’activité de la microglie peut être envisagée comme une stratégie thérapeutique viable contre la fibromyalgie, ont conclu les auteurs.

 

 

 

 

 

 

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