Sérologie VIH gratuite et sans ordonnance dans les laboratoires parisiens en 2019 : on fait le test ?

Stéphanie Lavaud

30 novembre 2018

Paris, France — Amener à zéro les nouvelles infections par le VIH à Paris en 2030, c’est l’objectif de Vers Paris sans Sida qui a choisi, pour y parvenir, de démultiplier les opportunités de dépistage en impliquant tous les acteurs du système de santé [1]. A ce titre et c’est une première, il sera possible à tous, courant 2019, de réaliser une sérologie VIH dans un laboratoire d’analyses médicales parisien, gratuitement et sans prescription préalable. Outre cette expérimentation, des outils seront mis à la disposition des médecins généralistes parisiens pour promouvoir la prévention et le dépistage répété auprès de leurs patients. Il est aussi envisagé que des infirmier.e.s puissent proposer et réaliser des tests dans les services d’urgence des hôpitaux de l’AP-HP.

Chaque jour, en moyenne, 3 Parisien.ne.s sont nouvellement infecté.e.s par le VIH.

La moitié des personnes qui apprennent leur séropositivité à Paris la découvrent plus de deux ans et demi après leur contamination, parfois à l’occasion d’un tout premier test.

Réaliser 300 000 tests supplémentaires par an d’ici 2020

Enrayer l’épidémie et arriver à 0 contaminations à Paris en 2030 implique de réduire de façon drastique le nombre de personnes séropositives ignorant leur statut, ce qui veut dire atteindre les 3% des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et les 2% d’hommes et femmes nées dans un pays d’Afrique subsaharienne non encore diagnostiqués, soit environ 3600 personnes sur Paris. Seule solution : augmenter la couverture en dépistage des populations-clés en réalisant près de 300 000 tests supplémentaires par an d’ici 2020. Sachant que 300 000 tests (chiffre qui tient compte des recommandations de fréquence du dépistage), c’est bien plus que ne peuvent accueillir les 11 CeGIDD (Centre Gratuit d'Information, de Dépistage et de Diagnostic) et associations de la capitale – dont l’activité est déjà totalement saturée –, et très au-delà de l’utilisation actuelle des autotests – seuls 6000 vendus dans les officines parisiennes à ce jour (voir encadré ci-après).

Mobiliser tout le système de santé

Devant cette situation qualifiée de « non satisfaisante » par Anne Souyris, adjointe à la Maire de Paris chargée de toutes les questions relatives à la Santé et aux relations avec l'AP-HP, la Mairie de Paris et Vers Paris sans Sida mettent en œuvre de nouvelles mesures, en partenariat avec l’Assurance Maladie. L’idée : faire en sorte que toute occasion de dépistage puisse être saisie, un impératif qui se traduira en 2019 par deux expérimentations phares mobilisant les acteurs du système de santé :

  • La possibilité de réaliser une sérologie VIH gratuitement (sans avance de frais) dans un laboratoire d’analyse et de biologie médicale de proximité, à la demande, sans prescription médicale, pour toute personne qui le souhaite (y compris sans carte vitale, sans AME, et sans papiers). La mesure a été qualifiée de « révolutionnaire » par le Dr Jean-Claude Azoulay, Directeur du Conseil de Biologie Médicale, « c’est la première fois que la Caisse Primaire d'Assurance Maladie accepte de prendre en charge un test demandé par un patient de sa propre initiative ». Laquelle CPAM a confirmé par la voix de son directeur général Pierre Albertini vouloir être dans une « démarche constructive », et prendra donc en charge le financement de l’opération et en évaluera l’efficacité. « Une très bonne initiative » selon Nicolas Péju, directeur régional adjoint l’Agence régionale de Santé (ARS), qui souhaite, elle aussi, « mettre le paquet sur le dépistage ». La mesure sera effective avant l’été 2019, probablement au deuxième trimestre, le temps de gérer les dernières modalités et de garantir une orientation efficace en cas de test positif permettant d’inscrire immédiatement la personne dans un parcours de soins coordonné, et de la conseiller de façon adéquate, le cas échéant ;

  • La possibilité pour les médecins généralistes parisiens volontaires de réaliser des dépistages par test rapide ou de délivrer des autotests de dépistage du VIH à leurs patient.e.s. Les tests seront financés et l’impact mesuré dans le cadre d’une étude. Mais dès à présent, Vers Paris sans Sida multiplie les initiatives pour que les médecins généralistes, mobilisés de longue date dans la capitale et les grandes villes, a rappelé sa directrice générale Eve Plenel, disposent de solutions d’accompagnement pour ouvrir la discussion avec les patients. Les médecins qui le souhaitent pourront ainsi, grâce à l’association, se procurer des affiches « VIH indétectable = zéro transmission », proposer des préservatifs, renouveler une prescription de PreP dans de bonnes conditions et obtenir une information à jour sur le VIH (voir aussi Personnes vivant avec le VIH : un guide pour faciliter la prise en charge en médecine de ville).

Ces deux initiatives s’inscrivent dans une mobilisation large du système de santé parisien pour augmenter l’offre de dépistage initiée par Vers Paris sans Sida depuis sa création en 2016, allant même jusqu’à faire du passage aux urgences l’occasion de réaliser un dépistage ciblé. C’est l’expérimentation qui a été menée l’an passé dans le cadre de l’étude DICI-VIH, soutenue par l’AP-HP et l’ANRS. Près de 140 000 patients de 8 services d’urgences, identifiés comme particulièrement exposés à l’infection par le VIH à partir d’un auto-questionnaire, se sont vus proposer un dépistage à cette occasion [2]. En permettant d’identifier à un coût modéré des patients ignorant leur séropositivité, le dépistage infirmier ciblé aux urgences s’est révélé efficace et son déploiement est à l'étude.

L’autotest : une solution facile mais qui reste peu utilisée

Disponible en pharmacie depuis trois ans mais à un prix encore élevé, l'autotest est probablement la réponse la plus simple pour faire un test tous les trois mois, en relais d’un dépistage annuel ou semestriel plus complet incluant les autres infections sexuellement transmissibles et un entretien avec un médecin. Néanmoins, son utilisation reste limitée. Au début de l’année 2017, 5,0% des HSH interrogés par les chercheurs de Santé Publique France, avaient utilisé un autotest lors de leur dernier dépistage du VIH [3]. Les auteurs de l’étude signalent cependant que sa mise à disposition a permis de « toucher des HSH aux profils très différents : jeunes jamais dépistés mais intéressés par les outils démédicalisés, hommes rapportant une activité sexuelle importante et ayant déjà une familiarité avec le dépistage, HSH réticents à l’idée de se rendre dans des centres de santé ». Un outil intéressant donc et à démocratiser.

 

 

 

 

 

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