Aux Urgences, l’acupuncture peut soulager douleur, anxiété, stress et nausées

Pauline Anderson,Marine Cygler

Auteurs et déclarations

27 novembre 2018

Boston, Etats-Unis – Pratiquer l'acupuncture aux urgences permet de soulager la douleur, de diminuer le stress et l'anxiété tandis que la pratique est acceptée par la majorité des patients. Voici les résultats d'une étude présentée oralement lors d'une rencontre de l'Academy of Integrative Pain Management [1] .

« C'est un résultat important » a commenté John Burns (Departement of Integrative Medicine, Aurora Health Care, Milaukee, Etats-Unis), kinésithérapeute qui pratique l'acupuncture, la médecine traditionnelle chinoise et les thérapies de pleine conscience, auprès de Medscape Medical News.

« Nous sommes dans une crise des opioïdes et de gestion de la douleur, les médecins ainsi que leurs patients sont à la recherche de solutions non pharmacologiques » a-t-il poursuivi.

Convaincre les médecins des urgences

Une visite aux urgences est souvent associée à la première exposition à un opioïde, a a indiqué John Burns.
Un individu sans antécédent de douleur ni d'abus d'opioïde peut avoir un accident, se casser une jambe et être pris en charge aux urgences où on lui prescrit un opioïde pour calmer la douleur.

Johns Burns, ses collègues et bien d'autres professionnels de santé essayent de freiner les prescriptions galopantes d'opioïdes. Ils considèrent que l'acupuncture fait partie des options à envisager.

Pratique issue de la médecine chinoise, l'acupuncture repose sur l'insertion d'aiguilles dans la peau ou dans des tissus à des points bien particuliers du corps.

D'autres équipes ont montré que l'acupuncture était efficace entre autres pour des problèmes musculo-squelettiques et digestifs ainsi que les neuropathies [2,3].

Avant de débuter leur étude, les chercheurs ont dû obtenir l'adhésion des équipes soignantes des urgences.

« Un de nos objectifs était de savoir si les gens l'acceptaient, pas seulement de savoir si c'était faisable » a expliqué John Burns.

« Au début, les médecins étaient très sceptiques. J'ai dû rencontrer les médecins des urgences pour leur expliquer pourquoi nous voulions réaliser cette étude pilote » a rappelé John Burns qui a fini par les convaincre.

Une visite aux urgences est souvent associée à la première exposition à un opioïde John Burns

La douleur réduite de moitié

Le protocole était ainsi mené : quand un patient se présentait aux urgences, un membre de l’équipe jugeait si c'était un bon candidat pour l’acupuncture. Quand c'était le cas, et si le médecin de service était d’accord, il lui demandait s'il souhaitait participer à l'étude [c’est-à-dire recevoir une séance avant tout autre traitement anti-douleur]. Presque 54 % des patients ont répondu favorablement. Les raisons de refus étaient : la peur des aiguilles, la crainte d'avoir mal ou encore le scepticisme sur l'efficacité antidouleur.

La séance d'acupuncture était délivrée gratuitement aux participants.

L'étude a inclus 279 adultes qui se sont présentés aux urgences pour différents motifs (mal de tête, mal au dos et douleurs abdominales).

L'âge moyen des participants était de 47,5 ans et l'indice de poids corporel (IMC) de 30,8. Les participants étaient plutôt des participantes (68,1%) et d'origine caucasienne non-hispanique (77 %).

Les chercheurs ont évalué les patients selon le degré d'urgence de leur situation avec l'Emergency Severity Index (ESI), compris entre 1, degré le plus haut de sévérité et 5, degré le plus faible. Les patients de l'étude avaient un score de l'ESI de 3 (68,9%) ou de 4 (24, 8%).

La douleur a, quant à elle, été évaluée par les patients sur un échelle visuelle analogique allant de 1 à 10.

Pour la plupart des patients, la séance d'acupuncture a durée 20 ou 30 minutes, sachant que le standard est de 20 minutes minimum. Chez la majorité de patients (86%), huit à quinze aiguilles ont été placées sur leur corps.

Les niveaux de douleur, de stress, d’anxiété et de nausées ont été évalué avant et après la séance d’acupuncture.

Les résultats montrent que le score de douleur moyen est passé de 6,5 avant l'acupuncture à 3,4 après (P<0,001).

« Ce qui veut dire que l’acupuncture réduit la douleur d’environ 50%, commente John Burns. C’est mieux que ce que l’on obtient d’habitude avec les anti-douleurs à base d’opioïdes.»

Des effets notables sur l'anxiété et le stress

Sur des échelles similaires à 10 graduations, les niveaux de stress moyens ont chuté de 5,7 points à 1,9 points, et d'anxiété de 4,8 à 1,6. Ces réductions étaient significatives (P<0,001).

« Que le stress et l'anxiété diminuent, cela ne m'a pas vraiment surpris » parce que la plupart de ceux qui ont une séance d'acupuncture se sentent « très relaxés ».

L'acupuncture a aussi permis de diminuer la sensation de nausée chez presque les deux tiers d'entre eux.

Les résultats ont montré que plus les participants étaient âgés, meilleure était la réduction des scores de douleur (P<0,001).

Au cours de l'admission aux urgences, 46,4%, 27,4% et 1,6% des patients ont reçu respectivement un opioïde, un anti-inflammatoire non stéroidien (AINS) et/ou du tramadol.

Sur l’ensemble des patients admis aux urgences, 10,6% ont été hospitalisés.

En conclusion, les patients admis aux urgences ont expérimenté une baisse de la douleur, du stress, de l’anxiété et de nausées avec l’acupuncture. Pour les auteurs, au final, si ces résultats sont confirmés par d’autres études, l’acupuncture pourrait s’avérer être un traitement alternatif aux opoïdes chez des patients sélectionnés au cours de l’admission aux urgences.

Les chercheurs n'ont pas poursuivi l’étude en suivant les patients reçus aux urgences. John Burns a expliqué que cela aurait été un autre sujet, et que leur objectif ici était de déterminer si l'acupuncture était susceptible d’être acceptée par les patients et les équipes des urgences.

« Nous espérons mettre en place l'année prochaine une étude plus rigoureuse avec un suivi plus détaillé des patients pris en charge aux urgences. »

Un des médecins d'abord sceptique a confié d’ailleurs plus tard être devenu un adepte convaincu des bienfaits de l'acupuncture.

« Une étude formidable »

Invité à commenter l'étude pour Medscape Medical News, le Dr Clayton Jackson, président de l'Academy of Integrative Pain Management, professeur assistant en médecine et psychiatrie (University of Tennessee, Memphis) a évoqué une « étude formidable ».

« Quoi qu'on fasse pour réduire la prescription initiale d'opioïdes va dans le bon sens » a expliqué le Dr Jackson, spécialiste de la douleur et de médecine palliative.

« Si nous pouvons réduire l'utilisation globale des opioïdes, si nous pouvons gérer la douleur autrement, c'est une bonne chose ».

Le Dr Jackson a toutefois souligné que seuls 1% des patients traités avec des opioïdes deviennent des utilisateurs sur le long-terme.

« C'est un mythe d'imaginer que quelqu'un traité avec des opioïdes va y rester toute la vie. Et c'est un autre mythe que d'imaginer que si vous êtes consommateur chronique d'opioïdes pour des douleurs chroniques, vous allez automatiquement dériver vers un comportement abusif ou devenir consommateur de drogues illicites. »

L'étude est importante non seulement parce qu'elle a montré que l'acupuncture réduisait la douleur et le recours aux opioïdes mais aussi parce qu'elle a été réalisée dans un service d'urgences médicales.

« Cela montre que des thérapies non conventionnelles peuvent être délivrées même dans un contexte de va-et-vient des urgences » explique-t-il.

La plupart des services d'urgences veulent « faire le tour de leurs patients » en une heure si possible. « Le fait que l'acupuncture puisse s'y faire une place et apporte des résultats positifs est une découverte remarquable » s'enthousiasme-t-il.

Alors que les opioïdes, les anti-inflammatoires non stéroidiens ou les médicaments contre les douleurs neuropathiques sont déjà disponibles, les thérapies non conventionnelles sont perçues comme complexes et difficiles d'accès, a indiqué le Dr Jackson.

 

Efficacité de l’acupuncture

Dans un rapport d'expertise publié en 2014 réalisé à partir d'une vaste revue de la littérature concernant l'efficacité et la sécurité de l'acupuncture, l'Inserm concluait que « pour bon nombre de douleurs chroniques, pour traiter des nausées et vomissements, on peut affirmer avec suffisamment de certitude que l’acupuncture a une efficacité supérieure à une absence de soin » [4]. Le groupe pluridisciplinaire d'experts souligne aussi que « les risques d'effet indésirables graves semblent extrêmement limités du moins dans le contexte occidental d'un exercice bien contrôlé ».

 

John Burns et Clayton Jackson n'ont pas indiqué de liens d'intérêt financiers.

 

 

 

 

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