SEP agressive : remarquable efficacité de la greffe de cellules souches en première ligne

Sue Hughes, Marine Cygler

26 novembre 2018

Berlin, Allemagne – De nouvelles données concernant la greffe de cellules souches autologues dans la sclérose en plaque (SEP) agressive viennent d'être présentées à Berlin, en Allemagne, à l'occasion du congrès de l'European Committee for Treatment and Research in Multiple Sclerosis (ECTRIMS)[1].

Une série de vingt patients a été présentée par Joyutpal Das, interne en médecine au Royal Hallamshire Hospital (Sheffield, Royaume-Uni), qui avait déjà publié un article sur sept de ces patients en avril[2] .

« Ce qui est particulièrement nouveau et intéressant, c'est que ces patients n'avaient pas reçu de traitement avant la greffe de cellules souches », a expliqué Joyutpal Das à Medscape Medical News. « Nous avons utilisé cette stratégie thérapeutique en première ligne chez des patients qui présentaient une forme très agressive de SEP, avec un handicap progressant très rapidement, et nécessitant donc quelque chose d'extrêmement efficace ».

« Le suivi médian était de deux ans et demi. Il n'y a eu pas de rechute post-greffe, pas de reprise d'activité visualisée par IRM. On a vu une amélioration des scores de handicap de 95% et pas de progression du handicap chez les patients greffés », a-t-il résumé.

Il s’agit, à sa connaissance, de la plus grande série de patients naïfs de tout traitement ayant reçu une greffe de cellules souches à ce jour. « Habituellement, ce traitement est réservé aux patients en échec avec les traitements modificateurs de la maladie. Nos résultats suggèrent que la greffe de cellules souches est maintenant efficace et sûre pour les patients avec une SEP très active » a détaillé Joyutpal Das.

Invité à commenter les résultats pour Medscape, le Dr Mark Freedman (Ottawa Hospital, Canada), impliqué lui aussi dans cette stratégie thérapeutique, a qualifié les données présentées « d'extrêmement encourageantes ».

« C'est une cohorte différente de celles généralement étudiées pour la greffe de cellules souches dans la SEP », a-t-il indiqué, tout en poursuivant : « ils sont naïfs de tout traitement et ont une maladie extrêmement agressive. Ils sont comme des trains fous lancés à pleine vitesse. Mais leur maladie est arrêtée grâce à la greffe ».

Le Dr Freedman a indiqué que les nouveaux résultats présentés à l'ECTRIMS étaient « dans la même ligne » que les siens.

Interrogé par Medscape édition française, le Dr Michel Dib (neurologue, hôpital de la Pitié salpêtrière), a souligné que les cellules souches avaient récemment reçu une AMM de l’agence européenne du médicament dans la maladie de Crohn et que grâce aux progrès scientifiques « on pourrait espérer les utiliser dans les années à venir dans la SEP. »

Nous avons utilisé cette stratégie en première ligne chez des patients qui présentaient une forme très agressive de SEP Joyutpal Das

Détails de l'étude

La série de cas présentée par Joyutpal Das comprenait 20 patients issus de cinq centres de cinq pays (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, Suède et Italie).

L'âge moyen au diagnostic était de 28 ans, pour un panel allant de 17 à 47 ans. Pour tous les participants, la greffe de cellules souches a été réalisée dans l'année du diagnostic avec un intervalle moyen entre le diagnostic et la greffe de cinq mois. Avant la transplantation, les patients avaient connu des rechutes fréquentes, des rétablissements partiels après chacune de leurs rechutes et présentaient de multiples lésions réhaussées par le gadolinium. De plus, pour plusieurs patients, on observait des atteintes du tronc cérébral, du cervelet et de la moelle épinière.

Après la greffe, seul un patient présentait une activité de la maladie révélée par IRM à six mois. Par la suite, ce n’était plus le cas chez aucun patient.

Les scores EDSS (Expanded Disability Status Scale) ont été améliorés pour 95% des participants. Le score EDSS médian était de 6,5 (1,5-9,5) avant le traitement, et de 2,0 (0-6,5) à la fin du suivi.

Sécurité : de gros progrès mais toujours un obstacle majeur

Joyutpal Das a souligné que la sécurité de la greffe de cellules souches a progressé ces dernières années.
« Le taux de mortalité associé à la greffe de cellules souches a significativement diminué avec les années. Historiquement, il était de 3 à 4 % mais d'après la Société européenne de moelle et de thérapie cellulaire (EBMT), un seul décès a été répertorié entre 2012 et 2016 », a-t-il rappelé. Il l'explique par un choix plus rigoureux des patients et par l'utilisation de traitements de conditionnement moins lourds.

« Je dirais que le traitement avec des cellules souches est aujourd'hui une vraie option pour une petite population de patients, les jeunes avec une maladie très active ».

Soixante patients ont reçu ce traitement dans l'hôpital où le Dr Freedman exerce. « Les premières greffes ont commencé en 2000 pour notre cohorte initiale de 24 patients. Les résultats les plus récents obtenus avec cette cohorte ont été publiés dans le Lancet en 2016[3]. Nous avons traité 30 ou 40 patients supplémentaires qui vont bien ».

L'état de santé de six patients de la cohorte initiale a empiré juste après la greffe, a-t-il ajouté, « mais nous pensons que c'est dû à la forme de la maladie précédant la greffe. Il peut y avoir une phase dégénérative précoce mais, elle se calme assez rapidement ».

Le taux de mortalité associé à la greffe de cellules souches a significativement diminué avec les années Joyutpal Das

Retour d'expérience

Le Dr Howard L.Weiner (Harvard Medical School, Boston, Etats-Unis) qui présidait la session au cours de laquelle la série de cas a été présentée, a confirmé « qu'il n'y a absolument pas de doute concernant l'efficacité de la greffe de cellules souches, que ces nouveaux résultats renforcent ».

« La grande question est de savoir ce qui se passe après, au bout de 10 ou 15 ans », a-t-il ajouté. « Est-ce que ces patients finissent par progresser ou pas ? Ils ont seulement un suivi de 2,5 ans dans cette étude, ce qui n'est pas suffisant. Nous avons besoin d'un suivi minimum de dix ans ».

Il a indiqué que son groupe a maintenant un recul de vingt ans pour certains de leurs patients greffés, et que ces derniers n'ont pas de reprise d'activité de la maladie.

« Certains patients ont progressé au début, mais pour ceux qui présentaient une forme rémittente-récurrente, aucun n'a développé une maladie progressive ».

Le Dr Freedman considère que ce traitement n'est pas opportun pour la plupart des patients atteints de SEP.

« C'est une procédure d'ampleur qui peut être éprouvante. Les patients les plus jeunes la supportent mieux, mais au prix d'une stérilité, ce qui est problématique. Cependant, trois de nos patientes ont pu avoir des enfants grâce à des ovules congelés ou issus d'une donneuse. Cette procédure doit être réservée aux patients ayant une maladie très agressive ».

Il ajoute : « Il est très difficile d'identifier qui pourrait bénéficier de cette thérapie. Comme nous l'avons dit, la maladie doit être précoce, agressive, active et dégénérative. Ces patients sont généralement jeunes ».

La sécurité constitue « aussi une restriction évidente ». « De la même façon qu'on ne se fait pas opérer de l'appendicite au magasin du coin, les patients dont nous parlons sont traités dans des centres experts qui ont fait des centaines voire des milliers de greffes de cellules souches. Les équipes soignantes dédiées savent prendre en charge le post-traitement, ce qui est presque aussi important que la greffe elle-même. »

Les patients dont nous parlons sont traités dans des centres experts qui ont fait des centaines voire des milliers de greffes de cellules souches Dr Mark Freedman

« Parce que nous avons de bonnes statistiques de morbidité sur les greffes que nous réalisons dans notre centre, nous pourrions proposer cette technique comme une alternative pour les patients les plus jeunes avec une SEP la plus agressive » conclut-il. « Je dirais que moins de 10 % des patients atteints de SEP sont éligibles. Mais, heureusement, la majorité des patients répondent aux médicaments ».

 

Les différents intervenants de cet article n'ont pas déclaré de liens financiers d'intérêt.

 

 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....