Appendicectomie et moindre risque de maladie de Parkinson

7 novembre 2018

Grand rapids, Etats-Unis -- Deux nouvelles études épidémiologiques suggèrent un rôle important de l’appendice vermiculaire dans l’origine de la maladie de Parkinson [1].

Une vaste étude – impliquant l’ensemble de la population suédoise et avec un suivi de 50 ans – a révélé que les individus dont l'appendice avait été retiré plus tôt dans la vie avaient un risque réduit de 20% de développer une maladie de Parkinson.

Une deuxième étude, menée, elle, aux États-Unis, a révélé que chez les patients atteints de la maladie de Parkinson dont l'appendice avait été retiré plus tôt dans la vie, l'âge du début de la maladie intervenait plus tardivement que chez ceux qui n'avaient pas subi d'appendicectomie.

Les deux études ont été publiées en ligne le 31 octobre dans un article de Science Translational Medicine [1].

« Globalement, nos recherches montrent que l’appendice correspond à une zone de tissu qui joue un rôle clé dans l'initiation de la maladie de Parkinson et ne fait qu’augmenter l’intérêt pour le rôle potentiel de thérapies gastro-intestinales dans le traitement et la prévention de la maladie de Parkinson » a déclaré Viviane Labrie, PhD et auteure principale (Institut de recherche Van Andel, Grand Rapids, Michigan) lors d'une conférence de presse organisée par American Association for the Advancement of Science, éditeur de Science Translational Medicine.

Des amas d’alpha-synucléine dans l’appendice et dans le cerveau

Les chercheurs ont également découvert un taux élevé d’agglutination des formes pathogènes d’alpha-synucléine dans le tissu appendiculaire des patients atteints de la maladie de Parkinson, sachant que la pathogénèse de cette maladie pourrait être due à la transmission au sein du cerveau de cellule à cellule de fibrilles préformées (PFF) mal repliées d'α-synucléine (α-syn).

« Nous ne préconisons pas la suppression de l'appendice en tant que traitement préventif de la maladie de Parkinson, et nous ne prétendons pas que si vous avez eu une appendicectomie, vous ne contracterez pas la maladie de Parkinson », a précisé la chercheuse. « Mais ce que nous pouvons dire, c’est que l’appendice est un réservoir potentiel d’alpha-synucléine sous forme compactée, laquelle est associée au développement de la maladie de Parkinson dans le cerveau. Alors qu’elle semble être normale dans l’appendice, cette alpha-synucléine agrégée est pathogène dans le cerveau, donc la localisation est importante ».

« Ces amas d'alpha-synucléine sont présents dans l'appendice chez presque tout le monde, mais nous pensons que, chez les patients atteints de la maladie de Parkinson, ces amas se propagent via le nerf vague vers le cerveau », a-t-elle déclaré. Une autre possibilité est que, l'inflammation du tractus gastro-intestinal incluant donc l’appendice joue un rôle », a-t-elle ajouté.

« Nos résultats suggèrent que l'appendice est un site d'initiation possible pour la maladie de Parkinson. Mais le fait de supprimer l'appendice n’évite pas complètement la survenue de la maladie, il est donc probable qu'il existe également d'autres sites d'origine », a déclaré Viviane Labrie. « Plutôt que de préconiser une appendicectomie universelle, il serait donc préférable d'essayer de contrôler la formation excessive d'agrégats d'alpha-synucléine dans le tractus gastro-intestinal (GI) et d'empêcher leur fuite du tractus GI vers le cerveau. »

Nos résultats suggèrent que l'appendice est un site d'initiation possible pour la maladie de Parkinson Viviane Labrie

Symptômes non moteurs

La chercheuse a rappelé que la maladie de Parkinson est considérée comme un trouble de la motricité provoqué par la perte de neurones dopaminergiques dans la région de la substance noire du cerveau. Néanmoins, au cours des dix dernières années, il est devenu évident que la maladie n'était pas simplement un trouble moteur, mais englobait également toute une gamme de symptômes non moteurs, y compris des symptômes gastro-intestinaux qui se manifestent souvent des années, voire des décennies, avant même l'apparition des symptômes moteurs.

« On porte désormais une attention clinique sur le tractus gastro-intestinal, non seulement en termes de symptômes, mais également en tant que site potentiel à l’origine du développement de la maladie de Parkinson », a-t-elle ajouté.

Le marqueur caractéristique de la maladie de Parkinson est l'apparition de corps de Lewy – nom donné aux agrégats d'alpha-synucléine – dans le cerveau. Il existe des preuves que, chez les patients atteints de la maladie de Parkinson, des amas d'alpha-synucléine sont également présents dans le tractus gastro-intestinal, parfois de nombreuses années avant l'apparition des symptômes moteurs, a noté Viviane Labrie.

« En outre, il semble que l'alpha-synucléine n'aime pas rester en place », a-t-elle déclaré. « Elle peut se déplacer de neurone en neurone et remonter le long des nerfs reliant l'intestin au cerveau, où elle a des effets neurotoxiques. L'une des premières zones du cerveau dans laquelle ces masses d'alpha-synucléine sont observées chez les patients atteints de Parkinson est la terminaison du nerf vague, lequel relie l’intestin au cerveau, le lieu où la maladie progresse ».

Viviane Labrie a déclaré qu'elle et ses collègues souhaitaient étudier des zones spécifiques de l'intestin susceptibles d'être impliquées dans la maladie de Parkinson en focalisant sur l'appendice, en raison de son rôle immunomodulateur.

« Il est responsable de l'échantillonnage et de la modulation des agents pathogènes et de la stimulation de la réponse immunitaire », a-t-elle noté. « En outre, il existe un lien entre le microbiome intestinal et la maladie de Parkinson et l'appendice étant une zone de stockage des bactéries intestinales, il est susceptible d’affecter la régulation des bactéries dans le tractus gastro-intestinal. Nous avons donc des études en cours sur les effets de son retrait sur risque de maladie de Parkinson. »

Un risque diminué de 20%

Dans leurs travaux de recherche, les chercheurs ont d'abord analysé les données du registre national suédois des patients, qui comprend toutes les hospitalisations et les interventions chirurgicales de l'ensemble de la population suédoise [1].

Ils ont identifié tous les sujets suédois ayant subi une appendicectomie depuis 1964. Chacun de ces patients était apparié à deux sujets contrôle de la population générale n'ayant pas subi cette opération. Les chercheurs ont ensuite analysé les données d’un total de 1,7 million de personnes. Les données de suivi étaient disponibles pour une période allant jusqu'à 52 ans.

Les résultats ont montré que le risque de développer la maladie de Parkinson était réduit de près de 20% chez les personnes dont l'appendice avait été retiré.

L'incidence de la maladie de Parkinson était de 1,60 pour 100 000 années-personnes chez les sujets ayant subi une appendicectomie, contre 1,98 pour les sujets témoins, soit une réduction du risque de 19,3% (IC 95% : 10,4% à 27,2%).

La réduction des risques était encore plus importante (environ 25%) chez les personnes vivant dans les zones rurales, ce qui indique que des facteurs environnementaux peuvent également être impliqués.

Dans l'étude suédoise, parmi ceux qui ont développé la maladie de Parkinson, l'âge du diagnostic était en moyenne de 1,6 ans plus tard chez les sujets ayant subi une appendicectomie 20 ans plus tôt ou plus par rapport à ceux n'ayant pas subi cette intervention.

Retard dans l'apparition de la maladie

A partir d’une autre série de données — issues de la banque américaines dite Parkinson's Progression Markers Initiative — les chercheurs ont analysé les données de 849 patients atteints de la maladie de Parkinson et ont découvert que 6,5% avaient subi une appendicectomie plus tôt dans la vie[1].

Chez les patients ayant subi une appendicectomie, l'âge d'apparition de la maladie de Parkinson était en moyenne 3,6 ans plus tard que chez les patients dont l'appendice n'avait pas été enlevé.

Les chercheurs ont, par ailleurs, examiné des échantillons d'appendice provenant de 48 individus en bonne santé et ont trouvé une "abondance notable" d'alpha-synucléine sous forme agrégée dans 46 échantillons sur 48.

« Ceci est important, car nous pensions auparavant que ces amas d'alpha-synucléine ne survenaient que chez les patients atteints de la maladie de Parkinson. Mais nos résultats montrent que dans l’appendice, ils sont tout aussi abondants chez les individus en bonne santé », a déclaré le co-auteur Patrik Brundin, PhD. « Les niveaux étaient similaires dans les tissus appendiculaires des sujets normaux et gravement atteints et entre les personnes plus jeunes et plus âgées.

« Il semble que la présence d'agrégats d'alpha-synucléine dans les cellules nerveuses de l'appendice ne soit pas une caractéristique propre à la maladie de Parkinson, car on la trouve chez presque tous les individus. Elle n'est pas non plus associée au vieillissement », a ajouté PatrikBrundin.

Forme tronquée d'alpha-synucléine

Cependant, en procédant à une analyse biochimique plus poussée, les chercheurs ont découvert que certaines formes d’alpha-synucléine étaient plus courantes chez les patients atteints de la maladie de Parkinson. En particulier, la quantité d'alpha-synucléine tronquée est multipliée par un facteur 4,5, cette forme est sujette à une agglutination extrêmement rapide, a déclaré le premier signataire de l'article, Bryan Killinger, PhD.

« Nos données suggèrent qu'il existe un raccourcissement unique de l'alpha-synucléine dans l'appendice, ce qui accélère sa capacité à former des amas et constitue un facteur de risque pour la maladie de Parkinson », a-t-il déclaré. « Les recherches futures pourraient se concentrer sur cette forme tronquée de la protéine. »

Commentant l'étude, Orla Smith, PhD, rédactrice en chef de Science Translational Medicine, a considéré: « Cet article présente des preuves claires que des événements pathogènes se produisent dans le tractus gastro-intestinal et le système nerveux entérique.

« Les auteurs montrent que l'appendice humain peut constituer un réservoir pour les formes pathogènes d'alpha-synucléine connues pour provoquer la maladie de Parkinson lorsqu'elles sont mutées dans le cerveau », a-t-elle déclaré.

« Science Translational Medicine est enthousiaste à l'idée de publier cette étude soigneusement réalisée, qui étend notre compréhension des premières étapes de l'une des maladies neurologiques les plus courantes et les plus handicapantes. »

 

 

L’article original Appendix Removal Linked to Lower Future Parkinson's Risk est paru sur l’édition international de Medscape le 1er novembre 2018 et a été traduit par la rédaction de l’édition française de Medscape.

 

 

 

 

 

 

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