Hypertension : les IEC associés à un sur-risque de cancer du poumon?

Aude Lecrubier

29 octobre 2018

Montréal, Canada— Les antihypertenseurs inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IEC) seraient associés à une augmentation de 14 % du risque de cancer du poumon comparés aux sartans, selon une vaste étude de cohorte menée au Royaume-Uni et publiée dans le BMJ [1].

En raison de la forte utilisation des IEC, cette association relativement modeste pourrait concerner un nombre important de patients, alertent les chercheurs, le Pr Laurent Azoulay (épidémiologiste, Université McGill, Montréal, Quebec, Canada) et coll.

Plus de 70 millions d’antihypertenseurs sont dispensés chaque année au Royaume-Uni et dans le lot, 32 % sont des IEC, précisent-ils.

Jusqu’ici, des études observationnelles avaient rapporté des résultats similaires avec les IEC, mais aucune n’avait été conçue spécifiquement pour évaluer le risque de cancer du poumon, notent le Pr Azoulay et coll.

Un effet dose-réponse

Dans cette étude, l’analyse des dossiers de soins primaires de près d’un million de patients au Royaume-Uni suggère que le risque de cancer du poumon augmente avec la durée d’utilisation. Chez les patients qui ont pris les IEC pendant 5 ans, le risque de cancer du poumon serait augmenté de 22 % comparé aux ARA2 et le sur-risque passerait à 31 % pour les patients qui ont reçu les IEC pendant au moins 10 ans.

En revanche, des analyses secondaires ont montré que la prise d’IEC pendant moins de 5 ans n’était pas associée à un risque accru de cancer du poumon (RR=1,1).

« Il s’agit de nouvelles données qui suggèrent qu’il existe un effet latent de l’exposition sur ce cancer », a souligné le Pr Azoulay.

Des résultats qui doivent être confirmés

« Etant donné la portée potentielle de nos résultats, ils doivent être répliqués dans d’autres contextes, en particulier chez les patients exposés plus longtemps », commentent les chercheurs qui ajoutent que « bien que les médecins doivent être informés de cette association, il serait prématuré à ce stade de ne pas donner ce traitement à des patients qui en tirent profit. D’autres études sur le long terme sont nécessaires pour corroborer nos résultats ».

Un point de vue partagé par le Pr Deirdre Cronin Fenton (épidémiologiste, Université Aarhus, Danemark), dans un éditorial accompagnant l’article[2].

En parallèle, l’éditorialiste juge l’hypothèse d’un lien entre IEC et cancer du poumon plausible.Elle précise que ces médicaments ciblent le système rénine-angiotensine-aldostérone qui pourrait jouer un rôle dans le développement du cancer.

Toutefois, elle souligne que des biais ont pu influencer les résultats. Notamment, le fait que les IEC soient disponibles depuis 1995 mais que les ARA2 ne le soient que depuis 2010. Les changements socioéconomiques survenus pendant cette période pourraient avoir influencé les modes de prescription. Aussi, l’exposition environnementale au radon ou à l’amiante pourrait avoir eu un impact sur le risque de cancer du poumon.

Les détails d’une vaste étude de population

L’étude s’est appuyée sur les dossiers de 992 061 patients traités par des antihypertenseurs entre janvier 1995 et décembre 2015 et suivis jusqu’à décembre 2016.

Les données ont été recueillies auprès d’un réseau de médecins généralistes du Royaume-Uni (Clinical Practice Research Datalink).

Au total, 335 135 patients ont été traités par des IECs : le ramipril (Altace, Pfizer) a été prescrit à 26 % des patients, le lisinopril à 12 % et le périndopril à 7 % d’entre eux. En parallèle, 29 008 patients ont reçu des ARA2 et 101 637 à la fois des IEC et des ARA2.

Aucun des participants n’avait d’antécédents de cancer à l’entrée dans l’étude. Les patients qui recevaient des IEC étaient plus fréquemment des hommes, avaient plus souvent des problèmes d’alcool, de tabagisme et un IMC supérieur aux patients traités par ARA2.

Les patients qui recevaient des IEC avaient souvent reçu des antihypertenseurs sur une plus courte période, et avaient reçus plus fréquemment des statines et d’autres traitements.

Aucune différence significative n’était à noter sur les antécédents de pneumonie, de tuberculose et de BPCO.

Sur la durée médiane de suivi de 6,4 ans, 7952 cas de cancer du poumon ont été observés (1,3 pour 1000 personnes-année). Après ajustement pour l’âge, le sexe, l’IMC et les antécédents de tabagisme, l’utilisation des IEC était associée à 1,6 cas de cancer du poumon pour 1000 personnes-année et celle des ARA2 à 1,2 pour 1000 personnes-année (RR=1,14). Après 5 ans, le risque relatif associé au IEC était de 1,22 et après 10 ans de 1,31.

 

L'étude a été financée par les Canadian Institutes of Health Research. Les Drs Azoulay et Fentin n'ont pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec le sujet. Le Dr Jacob A. Udell, MD, co-auteur de l'étude a des liens d'intérêt avec AstraZeneca, Janssen, Novartis, Sanofi, Amgen, Boehringer-Ingelheim, Merck, et Novartis.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....