Soins de support et palliatifs en cancérologie à l’ESMO 2018

Dr Florian Scotté

Auteurs et déclarations

26 octobre 2018

Enregistré le 21 octobre 2018, à Munich, Allemagne

Plusieurs études sur les soins de support et palliatifs ont été discutées à l’ESMO 2018, notamment le défaut de prescription des thérapies prophylactiques antiémétiques dans les chimiothérapies, le bénéfice de l’accompagnement nutritionnel et physique, ou l’intervention précoce.

Le Dr Florian Scotté, oncologue médical à l’hôpital Foch, vice-président de l’Association francophone pour les soins oncologiques de support (AFSOS) et membre du Faculty de l’ESMO et de l’Association internationale de soins de support (MASCC), résume brièvement les points marquants et rappelle les développements en France.

TRANCRIPTION

Soins de support : les nouveautés ESMO 2018

Durant cet ESMO 2018, des informations très importantes sur les nausées et vomissements chimio-induits sont présentées : on apprend notamment dans une étude observationnelle européenne [1] que :

  • 55 % des patients sous chimiothérapie hautement émétisante ne reçoivent pas d’inhibiteurs de neurokinine type 1 — la famille des pitants

  • 12 % des patients ne reçoivent aucune thérapie prophylactique antiémétique dans les chimiothérapies hautement ou modérément émétisantes. C’est un chiffre qui est vraiment très important et relativement inadmissible, puisqu’on sait qu’il s’agit d’une des plaintes et craintes premières de nos patients.

Il y a d’autres données sur les toxicités digestives et les diarrhées avec les probiotiques [2], et également sur la nutrition et l’accompagnement physique des patients avec une étude [3] intéressante dans les cancers du pancréas : on voit que jusqu’à trois mois il y a un bénéfice d’accompagner les patients d’un point de vue nutritionnel et activité physique. En revanche, l’intérêt se retrouve moins à six mois, probablement en raison du pronostic de ces patients, qui reste encore relativement difficile.

Des données également sur l’accès aux soins palliatifs, avec une poster-discussion animée par Florian Strasser, de Suisse, qui nous montre qu’il y a une évolution dans les pratiques avec des patients qui sont adressés de plus en plus précocement vers les équipes d’accompagnement palliatif, mais encore trop tardivement par rapport au décès. Il faudrait que les patients soient adressés bien avant les six mois avant le décès, de façon à ce que l’accompagnement puisse se faire correctement.

Les soins de support en France

En France il y a un véritable développement de l’accompagnement des patients à travers des programmes d’éducation thérapeutique, de formation, de mise en place d’équipes de soins de support et des départements entiers qui avaient historiquement été mis en place surtout dans les centres de lutte contre le cancer. Mais d’après l’étude Baromètre soins de support réalisée en 2014, on sait que 8 établissements sur 10 ont des équipes de soins de support et on voit très bien, dans l’évolution du temps, qu’aujourd’hui la plupart des établissements français ont des équipes de soins oncologiques et de support qui regroupent souvent les équipes de lutte contre la douleur, les équipes de soins palliatifs et les personnes investies dans l’accompagnement du patient, même très précocement dans la maladie, qu’elle soit avancée au qu’elle soit, également, localisée.

L’Association francophone pour les soins oncologiques de support (AFSOS) permet ce soutien aux patients et aux équipes afin de permettre d’optimiser les chances de nos patients d’optimiser leur confort, leur qualité de vie, mais également d’optimiser les traitements anticancéreux, puisque l’objectif des soins de support, on le rappelle, est de permettre avant tout une meilleure efficacité des traitements de lutte contre le cancer —  j’entends par là les hormonothérapies, les chimiothérapies, la chirurgie, la radiothérapie, mais également les thérapies innovantes avec les immunothérapies, les thérapies ciblées, tout ce qu’on appelle la médecine de précision qui, même si elle est probablement un peu mieux tolérée que la chimiothérapie, demeure néanmoins des traitements qui ont un impact réel sur les patients — une vigilance toute particulière à leur apporter.

D’où ces programmes de suivi des patients (patient reported outcomes) à distance, dont une grande majorité des centres sont en train de se doter, mais qui nécessitent une réflexion sur l’organisation au sein de nos équipes, le lien entre la ville et l’hôpital, véritable fil conducteur qui doit se nouer autour du patient pour l’accompagner ainsi que ses proches de façon à ce que l’échange des pratiques, des connaissances, des informations sur le suivi du patient puissent être réellement partagées et utilisées par les uns et les autres.

Cela nécessite également la mise en place de référentiels et une aide à la prescription avec les différents traitements de support qui sont à disposition, mais aussi sur les prises de décision, et l’AFSOS met en place des référentiels lors des Journées de référentiels, qui sont interrégionaux et permettent (sur une application relativement simple, ONCOLOGIK) d’avoir des arbres décisionnels pour orienter les décisions, par exemple sur les nausées et les vomissements, sur la nutrition, sur l’activité physique, mais également sur la limitation et l’arrêt des traitements.

 

Il y a donc un réel effort de développement d’accompagnement des patients en France. Notre pays est dans les premiers à avoir ce développement et cet investissement auprès des patients et il est reconnu aujourd’hui d’un point de vue international dans les trois sociétés savantes que j’ai citées précédemment — l’AFSOS, évidemment l’ESMO, et la MASCC — et je vous invite à rejoindre cet effort pour accompagner au mieux nos malades et nos familles.

 

Voir Supportive care makes excellent cancer care possible . Merci beaucoup.

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