Edulcorants : majoration de la glycémie via une modification du microbiome

Dr Isabelle Catala

11 octobre 2018

Berlin, Allemagne--Consommer pendant 2 semaines un régime alimentaire supplémenté en édulcorants majore de 20 % l’absorption de glucose, de 24 % la glycémie et diminue de 34 % la sécrétion de GLP-1 en réponse à une charge en glucose, selon les résultats d’une étude australienne présentée à l’occasion de l’EASD 2017. Un an plus tard, à l’EASD 2018, l’auteur principal de ce travail, le Dr Richard Young (Adelaïde, Australie) présente des éléments d’explications. « Cet effet pourrait être lié, en partie, à une modification du microbiome avec une surreprésentation des pathogènes opportunistes et une diminution des bactéries à métabolisme fermentaire ce qui pourraient entrainer une modification des voies métaboliques de l’absorption du glucose », a-t-il expliqué.

Cet effet pourrait être lié, en partie, à une modification du microbiome Dr Richard Young

Effet à long terme

Ce n’est pas la première fois qu’un lien entre dysglycémie et consommation d’édulcorants est évoqué. En effet, la consommation chronique de « faux sucres » est associée à un mauvais contrôle glycémique et une majoration de l’HbA1c (0,4 % pour 1 à 29 canettes par mois et 0,8 % pour 30 à 59 canettes). « Jusqu’à présent, l’effet subaigu de la consommation d’édulcorants n’a jamais été étudié. C’est pour cette raison que nous avons choisi de mettre en place, sur une population de volontaires sains de poids normal et sans intolérance au glucose, une étude sur l’impact d’une consommation quotidienne « usuelle » pendant 2 semaines d’édulcorants : 92 mg de sucralose et 52 mg d’acésulfame-K, correspondant à 1,2 l de boisson édulcorée quotidiennement ou une canette par repas », explique le Dr Young.

Absorption du glucose et glycémie

Des volontaires, âgés en moyenne de 33 ans, des deux sexes, caucasiens en majorité, de BMI et de glycémie normale à jeun, ont été randomisés pour recevoir un placebo (n=16) ou une capsule d’édulcorants trois fois par jour, soit l’équivalent d’1, 2 à 1,5 L de boisson light (n=17). La capsule « active » renfermait 92 mg de sucralose et 52 mg d’acésulfame K. Le traitement a été poursuivi durant 15 jours.  A l’issue des deux semaines de supplémentation, les investigateurs ont introduit dans la partie haute du duodénum des volontaires, par le biais d’une sonde gastrique, une quantité de 30 g de glucose marqué et ils ont analysé pendant 120 minutes la glycémie, les hormones plasmatiques (insulinémie, GLP-1) et la composition du microbiome intestinal.

« L’analyse de la glycémie post-charge en glucose a montré une divergence des courbes entre les témoins et les volontaires sous édulcorants dès la première heure après administration avec une différence s’établissant à 24 % à 120 minutes. La sécrétion de GLP-1 a pour sa part été minorée de 34 % chez les personnes supplémentées par rapport aux témoins », analyse le Dr Young.

Equilibre bactéries à fermentation et pathogènes

L’une des pistes qu’ont suivie les investigateurs australiens pour expliquer cette différence est en lien avec la composition du microbiome, un axe de recherche qui a déjà montré des premiers résultats en 2014 dans la revue Nature. Dans cette nouvelle étude, la composition du microbiome a aussi été modifiée en fonction de la prise ou non d’édulcorants. Parmi les bactéries dont la concentration a baissé chez les personnes sous édulcorants, le Dr Young a cité Eubacterium rectale, Eubacterium cylindroides, deux bactéries considérées comme non pathogènes. Les échantillons de selles sous édulcorants étaient par ailleurs moins riches en bactéries à fermentation (Bifidobacterium, Lactobacillis et Bacteroides) et en Butyrivibrio (dont la concentration est liée à la production de GLP-1). A l’inverse, le taux de 11 pathogènes opportunistes a augmenté (dont Klebsiella, Porphyromonas et Finegoldia), or les protéines produites par ces pathogènes pourraient interférer avec voies d’absorption de glucose.  

A l’occasion d’une discussion sur l’étude, le Dr Ellen Blaak (Maastricht, Pays-Bas) a souligné « qu’il aurait été instructif de choisir aussi un placebo sucré pour mieux apprécier la différence de réponse à la charge en glucose ». Et, le Dr Young a ajouté qu’une « telle étude chez des patients diabétiques particulièrement consommateurs de boissons édulcorées pourrait être très informative ».

Les échantillons de selles sous édulcorants étaient moins riches en bactéries à fermentation. A l’inverse, le taux de 11 pathogènes opportunistes a augmenté Dr Richard Young

 

 

 

 

 

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