Pollution de l’air : un excès d’arrêts de travail encore 20 ans après l’exposition

Maureen Salamon, Aude Lecrubier

28 septembre 2018

Paris, France — Alors qu’une commission d'enquête du Sénat indiquait déjà en 2015, que près de 650 000 journées d'arrêts de travail seraient liées, chaque année, à la pollution, une étude scandinave va plus loin en montrant que l’exposition, même à de faibles niveaux de pollution de l’air, aurait encore un impact sur l’absentéisme 20 ans plus tard.

Ces résultats, présentés lors du congrès annuel de l’ European Respiratory Society (ERS)[] 1] sont d’autant plus frappants que, dans cette région du monde, la pollution de l’air est particulièrement faible, indique l’auteur principal de l’étude, Ane Johannessen (Université de Bergen, Norvège).

« Ce que cela montre, c’est que même les régions du monde que nous avons considérées comme les plus sûres sont sujettes aux effets délétères de la pollution de l’air », souligne-t-elle.

« Si vous vivez dans une zone où l’exposition est élevée, vous pourrez voir des effets aigus après quelques années. Mais dans les zones faiblement exposées, il peut s’écouler une longue période avant que les dommages ne soient visibles. Mais ils sont néanmoins bien présents », ajoute-t-elle.

Dans les zones faiblement exposées, il peut s’écouler une longue période avant que les dommages ne soient visibles Ane Johannessen

Arrêts : quel impact de l’exposition à la pollution de l’air 10 et 20 ans avant ?

L’étude réalisée en Norvège et en Suède a enrôlé 7500 adultes, d’âge moyen 52 ans, participants à l’étude RHINE (Respiratory Health in Northern Europe (RHINE) study).

Tous ont complété un questionnaire sur les arrêts de travail liés à des problèmes respiratoires ou d’autres causes au cours des 12 derniers mois (entre 2010 et 2012).

L’adresse du domicile des participants a été géocodée et associée à 3 mesures de niveaux de pollution annuelle moyenne : particules de moins de 2,5 micromètres, de moins de 10 micromètres et dioxyde d’azote, 10 ans et 20 ans auparavant.

Les résultats ont été ajustés, entre autres, pour le sexe, le tabagisme, le niveau d’éducation.

Pollution et arrêts de travail : un effet dose-réponse

Sur l’ensemble des répondeurs, 34 % ont répondu avoir été en arrêt de travail au cours des 12 derniers mois, dont 4 % pour des problèmes respiratoires.

Il n’a pas été demandé aux participants des quels symptômes respiratoires ils souffraient mais, interrogée sur ce point, Ane Johannessen a précisé : « Je suspecte que la BPCO fasse partie du tableau, parce qu’il s’agit typiquement d’une maladie provoquée par des causes insidieuses sur le long terme ».

Concernant les trois mesures de pollution atmosphérique estimées 10 et 20 ans auparavant, l’exposition était bien inférieure aux limites recommandées par l’Union Européenne.

Mais, malgré cela, les chercheurs ont observé un effet dose-réponse statistiquement significatif entre le niveau d’exposition aux particules fines il y a 20 ans (divisés en quartiles) et les arrêts de travail au cours des 12 derniers mois.

Quelques données surprenantes

De façon surprenante, il n’y a, toutefois, pas de corrélation entre les niveaux de dioxyde d’azote et les arrêts respiratoire, mais selon le Pr Johannessen « il pourrait y avoir des facteurs confondants que nous devons rechercher ».

Aussi, alors que la relation entre les arrêts de travail et l’exposition à la pollution de l’air 20 ans auparavant est très claire, celles entre les arrêts et l’exposition il y 10 ans ou l’exposition actuelle ne sont pas significatives.

Interrogé sur ce point, par notre consœur de Medscape Medical News, le Dr David Mannino, expert de la BPCO (GlaxoSmithKline, Caroline du Nord), souligne que « ne pas voir d’effet lié à l’exposition récente est curieux mais que cela ne remet pas en question les effets sur le long terme parce que les gens sont clairement soumis aux deux expositions ».

En conclusion, pour le Pr Johannessen, puisque les faibles niveaux de pollution atmosphérique ont visiblement des effets sur le long terme, il est possible que les limites actuelles soient encore trop élevées.

« Ces données sont un peu déprimantes parce que vous ne pouvez rien faire sur des faits qui datent d’il y a 20 ans mais, elles peuvent être utiles en termes de santé publique « pour le future, la conception des villes et les politiques », souligne-t-elle.

 

Le Pr Johannessen n’a pas de liens d’intérêt en lien avec le sujet. Le Dr est employé par GlaxoSmithKline mais n’a pas de liens d’intérêt avec le sujet.

 

 

 

 

 

 

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